Homélies

22.01.2023 / 3e Dimanche ordinaire (Dimanche de la Parole & Unité des Chrétiens)

Mes sœurs, mes frères,

Aujourd’hui c’est le merveilleux psaume 26 que nous venons de chanter qui sera comme le fil rouge de notre méditation ; 3 strophes et trois sentiments différents, décrivant trois aspects de notre vie chrétienne : l’orientation, l’attente et l’espérance. Ainsi pourrons-nous lire ces strophes du psaume à la lumière des trois textes que la liturgie nous offre à son côté.

Le Seigneur est ma lumière et mon salut ;
de qui aurais-je crainte ?
Le Seigneur est le rempart de ma vie ;
devant qui tremblerais-je ?

Nous nous trouvons aujourd’hui au moment où Jésus, en Galilée, va au monde, et il commence sa prédication en rappelant l’image de la lumière. Il se réfère alors au texte d’Isaïe que la liturgie nous offrait précisément au soir de Noël, quand Jésus vient au monde. Car, nous le savons, cette lumière qui s’est levée et qui a resplendi sur les “habitants du pays de l’ombre“, cette lumière, c’est lui. Et la lumière, combattant les ténèbres, délivre l’homme de ses nuits ; nuits d’incompréhensions, de doutes, de malheurs, de violences, de guerres, de fuites, de rejets, et j’en passe… autant de nuits pour exprimer le péché de l’homme qui, seul, ne peut pas voir où il va, ne connaissant pas le chemin et errant dans le noir. L’orientation alors, la voici : c’est Jésus qui est “le chemin, la vérité et la vie“, portant l’homme son frère sur les routes de sa vie, dans sa lumière et jusque vers la lumière qui ne finira pas. Oui, “le Seigneur est ma lumière et mon salut”, notre lumière et notre salut à chacun !

La lumière comporte en elle un autre angle, celui de la délivrance, une délivrance qui s’exprime par la joie et l’allégresse. Quand les yeux s’ouvrent sur la beauté du monde et de la vie, la tristesse et les pleurs de la nuit sont transformés, parce qu’ils perdent ce qui pourrait sembler leur donner sens, telles les ténèbres du péché qui, comme un joug pèse sur l’homme, comme une barre meurtrit ses épaules, comme un bâton frappe son cœur ; mais, tout cela étant un non-sens en fait, car oui, la lumière donne à voir la vie, elle est la raison de nos existences, la force de notre présence ici sur terre ; et cette lumière c’est le Christ dans et par son Évangile, sa Parole. Une parole autour de laquelle tous les hommes peuvent se rassembler, une parole qui permet de travailler à l’unité, puisqu’elle est le Verbe de Dieu, et que Jésus nous a enseigné que lui et le Père ne font qu’un.

J’ai demandé une chose au Seigneur,
la seule que je cherche :
habiter la maison du Seigneur
tous les jours de ma vie.

Mais tout cela n’est pas pour tout de suite, bien que grandisse et se forge la vie de tout chrétien au long de son parcours, se modelant petit à petit sur celle de Jésus. De cela, et de par sa foi en Dieu vivant dans le Christ, il en est sûr ; effectivement nous nous préparons, nous croissons vers ce que sera l’heure de notre délivrance au temps final de la fulgurance éternelle. Voilà pourquoi nous sommes en phase d’attente ; et là va se manifester alors notre vie de prière, celle demandant au Seigneur, prioritairement, une “chose” : habiter sa maison, car en fait cette ‘chose’ que notre âme cherche, c’est bien vouloir habiter sa maison, oui, cependant “tous les jours de ma vie”, c’est-à-dire non plus seulement cette vie ici sur terre, mais celle qui nous attend dans son paradis.

Ainsi il est bon d’écouter saint Paul qui a maille à partir avec ses frères et sœurs de Corinthe, et qui veut remettre de l’ordre d’une manière évangélique dans leur esprit. Dès lors comment vivre dans l’harmonie, sinon avec cette discipline qui pousse tout le monde à regarder dans la même direction ? Et la manière la plus essentielle, voire efficace pour y parvenir, c’est la prière. Jésus en a montré l’exemple le premier, comme saint Jean le rapporte au chapitre 17 de son Évangile, quand il prie son Père : « Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé,

Jésus Christ » (v. 3). […] « Ils étaient à toi, tu me les as donnés, et ils ont gardé ta parole » (v. 6b). Ceci afin que tous, selon ce que dit saint Paul ce matin, aient un même langage, une même parole fondatrice. Et ce langage c’est la Parole de Dieu, en Jésus fait homme ; la parole qui abolit toutes les divisions de pensées ou d’opinions, la parole qui, intrinsèquement parce qu’elle peut être vécue pleinement, nous agrège totalement au Christ et en cela, comme le dit encore saint Paul, l’homme appartient au Christ, et non plus à Paul, Apollos, à quelque idole, secte ou gourou à la mode. Ce qui permet encore de faire dire à saint Jean : « Qu’ils deviennent ainsi parfaitement un, afin que le monde sache que tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé » (17, 23b). […] « Qu’ils soient un comme nous sommes UN » (17, 22).

Mais, j’en suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur
sur la terre des vivants.
« Espère le Seigneur, sois fort et prends courage ;
espère le Seigneur ».

Isaïe annonçait l’approche du Jour du Seigneur, devant apporter la délivrance aux déportés, ceux du pays de l’ombre rongés par le péché. Saint Paul rappelait aux chrétiens de partager les mêmes sentiments, parce que tous ont été sauvés par la Croix du Christ. Et c’est bien là que se trouve notre espérance. C’est dans la mesure où notre vie chrétienne est faite de foi, de prière et d’harmonie que fleuriront sur terre les bontés du Seigneur, lesquelles fortifient notre espérance. En effet, en vivant courageusement de l’Évangile, elle ne peut que se fortifier et croître. Et par quelle attitude se manifestera-t-elle ? Eh bien, comme nous le rappelle Jésus dans l’Évangile de Matthieu, par la conversion. Et pourquoi ? parce que “le royaume des Cieux est tout proche“. Et cette imminence du royaume, “la terre des vivants”, n’est pas un euphémisme, mais une réalité ; cette annonce est encore, et même surtout, pour maintenant et pour chaque jour ; il faut toujours le dire : le royaume est, il reste proche. Cette proximité ne nous appartient pas, elle n’entre pas dans le temps de l’homme, mais se manifeste dans la présence de Dieu au milieu des hommes.

Alors, “venez à ma suite” nous dit Jésus. Laissons-nous dès lors le temps de la rencontre, qui est déjà manifestation du royaume sur notre terre. Combien de fois Jésus ne se révèle-t-il pas à nous au détour d’une méditation, d’un contact, d’une prière contemplative, d’un retour en soi-même ? Je pense que nous connaissons tous de ces moments de délices d’une présence insubstantielle qui tout à coup disparaît. Ne nous y trompons pas, c’est le Seigneur à nos côtés et, bien que nous ne ressentions plus rien, j’allais oser dire physiquement, il continue à nous accompagner dans notre vie quotidienne. Il forge ainsi notre espérance qui prend toute sa dimension quand elle est partagée par l’annonce de l’Évangile du Royaume, guérissant “toute maladie” de rejet ou d’incompréhension entre les chrétiens, et “toute infirmité dans le peuple” par son unique Parole d’amour.

Ainsi soit-il !

Mgr Jean Scarcella