Actualité

07.01.2023
Hommage de notre Abbé Jean Scarcella au pape Benoît XVI
A l'occasion de la Messe de Requiem pour le pape Benoît XVI célébrée à l'Abbaye le samedi 7 janvier 2023

Mes sœurs, mes frères, fils et filles de l’Église,

Avec la mort du pape émérite Benoît XVI, l’Église a perdu celui qui en a été le chef, la tête, à l’image du Christ, dont il fut le vicaire sur terre à la suite de saint Pierre, de 2005 à 2013.

Rendre hommage à un pape émérite est tout à fait inédit, et délicat à la fois ; d’une part on ne peut pas oublier ce qu’il fut et ce qu‘il a fait, d’autre part il ne faudrait pas que cela induise des comparaisons avec celui qui est aujourd’hui le pape, et le seul pape, l’évêque de Rome, François. Cependant il convient de nous arrêter sur la grande figure que fut celle de Benoît XVI.

J’aimerais retenir de lui trois choses : son visage, son érudition et sa foi. Pour moi, ce sont trois choses qui vont ensemble : savoir regarder les autres et le monde et épouser leur vie, connaître les fondements de tout enseignement que la charge attribuée réclame, et témoigner de tout cela en partageant les convictions qui sont à la base de tout ce processus.

Souvenez-vous de l’apparition de Joseph Ratzinger au balcon de la basilique Saint Pierre à l’heure de son élection. Je revois son visage très clairement : calme, serein, habillé d’un sourire timide, et brillant d’un regard éclatant. Et il eut comme une hésitation avant de dire, entre autres – je cite de mémoire – : « Je serai un serviteur dans la vigne du Seigneur ». Et, presque maladroitement, il fit signe des deux mains, comme pour caresser délicatement ceux qui l’ovationnaient. C’était Benoît XVI, celui qui prit le nom d’un des patrons de l’Europe, saint Benoît, à l’heure où l’Europe était déjà en phase de construction. Certainement pas par hasard ! Ainsi fut-il donc le grand pape qui s’apprêtait à “aller travailler” à la vigne du Maître, comme le rappelle une parabole de Jésus.

Que ce soit dans ses rencontres de toutes sortes, avec les chefs d’État, ses confrères de la Curie, les gardes suisses, ses frères dans la foi, les petits et les pauvres, les victimes d’abus, il avait toujours ce même visage où se manifestait douceur et attention. Sa grande capacité d’écoute et sa naturelle empathie offrait à chacun d’être reconnu pour lui-même. Très vite on avait compris que le Seigneur donnait à son Église un homme doué d’un grand sens de la paternité.

Et un père doit éduquer, partager, provoquer, aimer ; eh bien tout cela, Benoît XVI a été capable de le vivre grâce à sa recherche philosophique et théologique, sa force à scruter les Écritures, à vivre en plénitude du mystère de l’Église, avec ce désir de faire d’elle le lieu de la présence privilégiée du Christ dans le monde. Il nous a montré quelque chose du visage de Jésus de Nazareth, il a osé placer le salut au cœur de la catholicité de l’Église, il a choisi d’essayer rechercher “la brebis perdue”, il a mis la primauté du Christ au centre de son apostolat pétrinien. Avec vigueur et délicatesse, avec volonté et compréhension, avec rigueur et compassion il a su ouvrir les cœurs au message d’amour de Jésus, alliant raison et foi, afin de donner à la sphère humaine où l’homme évolue, sa dimension spirituelle née de la sphère du sacré qui se manifeste à l’aide de la foi.

Totalement adonné à la charge qu’il avait acceptée, il l’a immergée dans sa foi. Une foi qui s’est manifestée dans son être de chrétien, chrétien parmi ses frères, dans son respect des autres, frère de Jésus avec ses frères et sœurs, dans son souci de l’œcuménisme, ouvert au dialogue, avec une vision novatrice pour une vraie fraternité entre les religions. En cela il fut un homme de paix, paisible dans son cœur et intransigeant dans sa réflexion, sage dans son action et ferme dans ses décisions, doux dans sa prière et fort dans ses enseignements.

Il aura marqué l’Église par sa pensée pour aujourd’hui, jeune et prometteuse, et par un esprit d’ouverture qui, dans la discrétion de son action, a généré une œuvre féconde. Il a été un pape pour son temps et restera un pape pour demain. Certes, son corps repose désormais dans les grottes vaticanes, mais son esprit, pénétré par sa pensée et sa rigueur ecclésiologique, théologique et liturgique habitera la conscience et l’âme de l’Église au-delà des bibliothèques, c’est-à-dire au cœur du mystère que l’homme n’aura jamais fini de sonder. À ce titre, l’Église trouvera-t-elle certainement en lui un nouveau Docteur aux côtés des saints Augustin et Bonaventure.