Homélies

21.11.2019 / Présentation de la Vierge Marie

Profession temporaire de Marie-Christine Begey dans la Fraternité des Oblates de l’Abbaye de Saint-Maurice

En cette fête de la présentation de la Bienheureuse Vierge Marie, Mgr Jean Scarcella a reçu la profession temporaire de Marie-Christine Begey dans la Fraternité des Oblates de l’Abbaye de Saint-Maurice. Voulant partager le charisme de l’Abbaye et participer au culte des martyrs de Maurice et ses Compagnons, Marie-Christine fait promesse de chasteté et s’engage ainsi pour une durée de trois ans dans ce nouvel état de vie. Nous publions l’homélie que Mgr Jean a prononcée à cette occasion. Référence des textes liturgiques : Za 2, 14-17 / Magnificat / Mt 12, 46-50

Chère Marie-Christine, mes sœurs, mes frères,
Le visage de Marie est certainement le plus beau visage que compte l’Écriture Sainte et assurément le plus beau de toute l’Histoire, parce que ce visage porte les traits de celui que Marie a enfanté. Choisie par Dieu pour devenir la mère de son Fils, Marie porte déjà sur elle les marques éclatantes de sa gloire : parce qu’elle est la choisie, la toute remplie de grâce, la toute pure conçue sans péché, afin d’enfanter le vainqueur du péché et de la mort. En cela, à l’image d’Ève, Marie, la nouvelle Ève, est la vivante par excellence, celle qui engendra la vie au monde, pour que l’homme vive de la vie même de Dieu.
Quand cette histoire a-t-elle commencé ? En tout cas, une chose est sûre, elle existait de toute éternité dans le cœur de Dieu. Une autre nous paraîtra nettement vraisemblable, à savoir que le cœur de la petite Marie était parfaitement accordé à celui du Seigneur ; elle se préparait, avec ou sans conscience attestée – peu importe – elle se préparait à être cette « Demeure sainte » d’où le Seigneur sortira, selon les mots du prophète Zacharie, qui annonce encore : « Chante et réjouis-toi, fille de Sion ; voici que je viens habiter au milieu de toi ». Oui, la fille de Sion est là, prête, dans un dialogue de solide foi juive avec son Dieu, dans le silence. Ce silence d’où germera la vie, comme toute vie se prépare au sein de la terre, comme au sein de la femme. Je crois que le silence devant Dieu est le dialogue le plus amoureux qui soit, parce que Dieu en fait à chaque fois un lieu de naissance.
Marie, que l’on pourra peut-être qualifier de silencieuse dans les Évangiles, est précisément présente par ce silence, et dans ce silence ; un silence qui n’est pas le sien, mais qui est la voix du Père lui-même. Que ce soit à Cana, au milieu des foules ou au Calvaire, le silence de Marie révèle la voix du Père en son Fils, Parole faite chair.
Ainsi, c’est dans ce même silence qu’à douze ans, selon ce que prescrit la loi juive, Marie se rend au temple avec ses parents, Anne et Joachim, pour être présentée au Seigneur. Bien que ce récit n’apparaisse pas en tant que tel dans les Saintes Écritures, nombre de textes anciens de la Tradition comme des Pères de l’Église ont vu, dans cette démarche de Marie, l’offrande d’elle-même au Seigneur. Marie au temple, cette enfant, se présente elle-même au Seigneur ; elle est en quelque sorte déjà mère par ce geste qui traduit, avant l’heure, son « oui » à l’ange Gabriel. Marie se donne à Dieu en offrande mystique, Marie vit entièrement – n’ayons pas peur des mots – ses noces mystiques avec le Père. Elle les vit par ce geste de consécration d’elle-même au Seigneur, s’avançant, seule, devant Lui, s’avançant humble et innocente, chaste et pure vers Celui qui l’appelle à sa future maternité virginale.
Quel mystère ! Quelle merveille ! à la fois cachée et silencieuse et à la fois présente et efficiente. Le silence de Marie parle au travers de ses gestes forts et explicites. Ce silence appelle le silence et engendre au silence : ce silence d’où jaillit la Parole de Dieu.
Tous, frères et sœurs, nous sommes engendrés au silence de la création, tous nous avons ressenti l’amour de Dieu couler en nos cœurs au moment de notre baptême, tous nous sommes modelés par le silence de Sa Parole. Et, nous le savons, cette Parole n’est pas silencieuse, au contraire elle est vivante et active, puisqu’elle nous porte à faire la volonté de Dieu. Et pour nous, chrétiens, faire la volonté de Dieu, c’est engendrer la terre au silence générateur de vie, c’est participer à cette œuvre de Dieu qui est de travailler à mettre ce monde en forme de Dieu, c’est-à-dire travailler à la construction du Royaume et à la préparation du Règne de Dieu.
Le prophète Zacharie l’annonçait déjà : « J’habiterai au milieu de toi », et encore : « Il choisira de nouveau Jérusalem ». « Toi », c’est chacun de nous appelés, à l’image de Marie, à préparer un lieu de vie ici-bas pour le Seigneur ; » Jérusalem », c’est nous tous, en tant qu’Église-Corps du Christ, invités à témoigner de la présence du Seigneur en ce monde. Et comment ? En faisant la volonté du Seigneur ! Voilà pourquoi Jésus s’écrie, à la foule lui annonçant la présence de sa mère et de ses frères désireux de lui parler, en répondant : « Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? » ; et, désignant alors ses disciples, il rajouta : « Voici ma mère et mes frères. Car celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère ». Et qui sont ces disciples auxquels le Seigneur Jésus s’adresse aujourd’hui, ce soir même ? – C’est nous, chacun de nous, appelés à vivre le silence qui engendre la Parole, à être mère pour donner vie à la Parole, à être frères et sœurs pour vivifier cette vie et la mettre en acte ici-bas.
Tous nous sommes appelés à ce travail de création, chacun selon ses charismes, en adéquation avec sa volonté et à la hauteur de sa foi ; tous sommes appelés, mais certains, parmi nous, sont appelés à un service plus radical pour exalter la seigneurie de Dieu en Jésus, c’est-à-dire qu’ils sont choisis pour se consacrer au Seigneur. Ainsi en va-t-il de tous les religieux, moines, moniales et chanoines, prêtres, frères et oblats ; tous ceux-là ont accepté ce choix du Seigneur sur leur vie, afin de le servir particulièrement avec la totalité exclusive de leur être. Et ils le font en se consacrant au Seigneur par le don de leur vie. C’est pourquoi, devant l’Église et sous le regard du Père ils professent engagements, vœux et promesses pour embrasser l’état de vie qui fut celui de Marie dès sa présentation au temple.
L’oblature, comme son nom l’indique, est donc aussi une offrande de soi, une consécration de sa vie au Seigneur ; ainsi en est-il de votre démarche aujourd’hui, chère Marie-Christine, vous qui avez accepté ce choix du Seigneur sur vous, et souhaitez qu’il s’épanouisse dans le style de vie proposé par le type d’oblature propre à l’Abbaye de Saint-Maurice. Par votre promesse de célibat et votre engagement à une vie simple et responsable devant Dieu, vous souhaitez vivre votre vocation, agrégée à la communauté canoniale de notre Abbaye, en participant entièrement à son charisme de louange sur le tombeau des martyrs, et de témoignage à la suite de la profession de Maurice et ses Compagnons : « Nous croyons en Dieu, Père et Créateur de toutes choses ; nous croyons en son Fils Jésus Christ, notre Dieu ». Nous le savons, ce fut un grand cri d’amour et de foi qui se conclut dans le silence du sang donné et de la mort acceptée. Mais ce silence outrepassa la mort, et la vie du sang l’emporta, puisque cette terre, ici en Agaune et bien au-delà, fut ainsi fécondée et porta, au cours des siècles, le témoignage du Dieu vivant qui a fait alliance avec son peuple en Jésus mort et ressuscité. C’est pour notre Dieu que nous vivons la louange, c’est par le témoignage que nous l’exaltons : votre louange et votre témoignage, chère Marie-Christine.
Ainsi aujourd’hui notre lien le plus fort restera toujours celui de la prière et de l’adoration, manifestées dans les paroles même de Marie chantant son action de grâce : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur ! ».
Ainsi soit-il !

Pourquoi la Fraternité des Oblates à l’Abbaye de Saint-Maurice
Au cours du dîner festif qui a réuni autour d’une même table les chanoines, les parents et amis de Marie-Christine et de nombreux invités, Mgr Jean Scarcella a salué et félicité la nouvelle oblate. On trouve dans son discours, l’heureuse inspiration qui a conduit à l’instauration de l’oblature à l’Abbaye de Saint-Maurice. En voici le texte :

Chère Marie-Christine, chers amis, chers confrères,
La vie est faite de surprises, dit-on. On pourrait donc logiquement se dire que, recevoir pour la première fois une oblate à l’Abbaye de Saint-Maurice, en est une. Il est vrai que, dans l’histoire moderne de notre vénérable Abbaye, la mise en place d’une fraternité d’oblates est quelque chose de nouveau ; mais je ne pense pas que l’on puisse parler ici de surprise ! En effet, une surprise reste de l’ordre de l’humain, elle se manifeste par une volonté d’homme, alors que la naissance d’une oblature pour l’Abbaye est un don du Seigneur. Et le don n’est pas quelque chose qui nous surprend, à la manière d’une surprise, mais plutôt quelque chose que l’on obtient comme en cadeau, que l’on reçoit en don.
Une nouvelle fois, depuis l’année jubilaire de notre Abbaye, le Seigneur nous fait un signe nouveau ; parce que cette oblature qu’étreint ce soir Marie-Christine est un signe, un signe de l’amour et de la tendresse de Dieu pour son peuple. En effet, Marie-Christine ne devient pas oblate pour elle-même, mais pour Dieu et pour les autres. Dans le mot « oblature » il y a cette notion d’offrande, et c’est certainement l’attitude qui prévaut pour celle qui embrasse cet état de vie. Ainsi, sous une nouvelle forme, le Seigneur prend place au cœur de la vie de son Église, et montre ainsi à notre Abbaye qu’il compte sur elle pour travailler à l’édification de son Royaume.
Il y a encore une autre dimension que j’aimerais relever et qui touche de près notre communauté, c’est la désormais présence féminine au cœur de notre prière liturgique, au cœur de notre louange. Je ne veux pas ici faire dans le féminisme ou l’égalité des genres, mais il est vrai que cette situation offre un visage d’Église qui ouvre à la diversité dans l’unité. Ensemble nous ne sommes qu’un peuple pour une louange unanime, et nous manifestons ainsi le visage aux mille facettes du Christ, dans lequel tous nous pouvons nous reconnaître, soi-même d’abord, comme les uns les autres aussi.
Chère Marie-Christine, chers amis, nous vivons de beaux moments, certes surpris cette fois-ci, mais par l’Esprit Saint, nous vivons des moments que nous pouvons toutefois accorder à la bienveillance de Dieu qui nous comble de ses dons en comblant nos besoins et nos attentes. Nous sommes gâtés par le Seigneur, alors sachons lire ces signes, les signes des temps dont parlait le Concile dans sa Constitution Gaudium et Spes (n° 4.1), des signes qui non seulement attestent de sa présence au cœur de notre humanité, mais aussi des signes qui seront des vecteurs d’enthousiasme, de bonheur et de foi pour tous ceux qui sauront les lire.
Et s’il fallait percevoir un signe clair ce soir, indépendamment de la liturgie de tout à l’heure, mais plutôt dans son accomplissement de maintenant, c’est notre rassemblement dans la joie et la fraternité de ce repas; un signe qui traduit le bonheur qui habite le cœur du Seigneur quand il voit les siens heureux et fraternisants. Cela pourrait paraître futile parce que très habituel, mais je crois que c’est dans ces petits gestes de tous les jours, dans la simplicité et l’humilité, que se manifestent la présence et la grandeur de Dieu. Ainsi un petit signe va révéler la magnificence du Seigneur ; alors faisons-nous petits pour qu’il grandisse ! Et rendons-lui grâce de pouvoir vivre dans une joie toute simple les merveilles qu’il fait pour nous.
Mille bons vœux de bonheur et de satisfaction à Marie-Christine pour son nouveau chemin à la suite du Christ et belle continuation de fête à chacun. Avec mon merci pour votre présence à notre communauté, je lève mon verre à cette amitié !

Mgr Jean Scarcella