Homélies

24.11.2019 / Le Christ Roi de l'Univers

« Le Royaume du Christ n’est autre que le Royaume de la charité parfaite » : Célébration du Christ, Roi de l’univers

En la solennité du Christ, Roi de l’univers, c’est Mgr Jean Scarcella qui a présidé l’Eucharistie dominicale. Dans sa méditation sur l’essence du Royaume dans lequel Dieu « nous a placés », selon la parole de l’Apôtre, le prieur Roland Jaquenoud fait comprendre que le Royaume consiste à apprendre à être de vrais disciples du Christ, Roi en croix, Roi offert, Roi aimant. Car « Le Royaume du Christ n’est autre que le Royaume de la charité parfaite ». Conformément à la tradition de l’Eglise, à la fin de la célébration eucharistique, Mgr Jean a procédé à la fermeture solennelle de l’Evangéliaire pour signifier la fin de l’Année Liturgique.

Mes frères, mes sœurs,
Nous fêtons aujourd’hui le Christ, Roi de l’univers. Cela sonne solennel, cela sonne puissant, il est le Roi de tout. Saint Paul tout à l’heure nous livrait un secret important. Il nous a dit : « Frères, rendez grâce à Dieu le Père qui vous a rendus capables d’avoir part à l’héritage des saints, dans la lumière. Nous arrachant à la puissance des ténèbres, il nous a placés dans le royaume de son Fils bien-aimé. » Saint Paul ne dit pas : « il nous placera », il ne dit pas : « il nous place ». Il dit : « Il nous a placés dans le royaume de son Fils bien-aimé ».
Mes sœurs, mes frères, si je comprends bien la parole de l’Apôtre, cela veut dire que dans le Royaume, nous y sommes déjà, du moins, nous y avons déjà été placés. Le Royaume, semble-t-il, ce n’est pas quelque chose qui nous attend à la fin d’un parcours terrestre que l’on espère le plus long et le meilleur possible. Le Royaume, c’est une réalité dans laquelle nous avons déjà tous été placés, du moment que nous avons été choisis pour avoir part à l’héritage des saints. Et nous le savons, en tout cas, depuis le jour de notre baptême, mais sans doute bien avant, peut-être même dès l’éternité, nous avons été choisis pour avoir part à l’héritage des saints.
Qu’est-ce que cela veut dire donc d’avoir été déjà placés dans ce Royaume. Pour le moment, nous ne sommes pas encore dans le face-à-face, nous n’avons pas vécu la résurrection des morts, la résurrection de la chair dont nous proclamons l’attente chaque fois que nous récitons la profession de foi. Nous sommes donc déjà dans ce Royaume bien que nous ne soyons pas encore dans la claire vision, dans le face-à-face, dans ce qu’on appelle, en langage populaire, le paradis.
Qu’est-ce que cela veut dire ? Eh bien, pour apprendre de quoi il s’agit, il va falloir que nous contemplions notre Roi. Et notre Roi aujourd’hui, on nous en a fait la lecture, il est en croix. Il est en croix entouré de deux bandits. Il est en croix exposé aux injures et aux insultes. Et le tableau, l’affiche qui est au-dessus de sa croix, qui dit : « Celui-ci est le Roi des juifs », ce n’est pas une proclamation de puissance, au contraire, c’est une dérision. On se moque de lui, on se moque de celui qui a voulu prendre une place qui n’était, semble-t-il, pas la sienne.
Ce Roi-là, ce Roi tout-puissant dont nous avons chanté la gloire dès le début de cette messe, que nous chantons chaque jour en nos cœurs, voilà qu’il semble si faible, qu’il n’est pas capable, semble-t-il, de répondre à l’injonction du peuple : « Si tu es le Roi des juifs, sauve-toi toi-même. » Il semble que là sur la croix, ce Roi n’est même plus capable de miracles, il n’est plus capable de rien. La seule chose dont il est encore capable, c’est de dire au bandit : « Aujourd’hui avec moi, tu seras dans le paradis ». C’est-à-dire une parole de miséricorde.
Mes frères, mes sœurs, nous avons été placés dans le Royaume de ce Roi-là, du Roi qui accepte tout par miséricorde, du Roi qui accepte d’abandonner sa toute-puissance pour devenir celui que l’on conduit à l’abattoir, comme un petit agneau. C’est dans le Royaume de ce Roi-là que nous sommes établis. Et il serait bien que nous y restions.
Si on lisait le texte de Saint Paul : « Il nous a placés dans le Royaume de son Fils bien-aimé », si on le lisait dans la langue dans la langue originale, le grec, on verrait que le temps du verbe est assez bizarre. Il nous y a placés, mais cela ne veut pas dire qu’on va y rester toujours. On peut sortir de ce Royaume. Et on sort de ce Royaume chaque fois que nous ne sommes pas disciples de ce Roi en croix, de ce Roi offert, de ce Roi aimant.
Mes sœurs, mes frères, être placés dans le Royaume du Fils bien-aimé, c’est un immense appel à être vraiment les disciples de ce Roi-là. La vraie puissance du Christ, c’est la puissance du don, c’est la puissance de l’offrande, c’est la puissance de l’amour jusqu’au bout, jusqu’au bout de soi-même. Et c’est de ce Roi-là dont nous sommes les sujets, c’est dans ce Royaume-là que nous avons été établis.
Le face-à-face avec Jésus n’aura pas de sens, peut-être même qu’il n’existera pas, si ici-bas nous n’apprenons pas de ce Roi quelle est l’essence de son Royaume. Il s’agit de convertir le mot. Il s’agit d’abandonner toute volonté de puissance. Il s’agit de refuser tout acte contraire à la charité, parce que chaque fois que nous faisons ainsi, nous nous posons hors du Royaume, nous ne sommes plus les citoyens du Royaume de notre Christ.
Que le Seigneur nous aide, mes frères, mes sœurs, à être vraiment les citoyens de ce Royaume. Il nous y a établis, il nous accompagne dans les chemins difficiles et compliqués de vie afin que le jour où nous arriverons devant lui, dans le face-à-face, nous ne connaissions pas un changement radical. Mais que ce ne soit que l’aboutissement de ce Royaume dans lequel nous sommes déjà établis et dans lequel il nous apprend à vivre et à exister. Cet apprentissage se fait ici et maintenant dans nos relations d’amour avec Dieu qui ne sont en rien différentes de nos relations d’amour avec nos frères et sœurs.
Alors apprenons de plus en plus de ce Roi parce que le Royaume dans lequel nous avons été établis n’est autre que le Royaume de la charité parfaite.
Amen !

Roland Jaquenoud