Homélies

01.11.2019 / La Toussaint

La force du bonheur en la Solennité de la Toussaint

L’expression du bonheur qui illumine les visages des fidèles chrétiens en la Solennité de la Toussaint et qui exalte leur cœur a certainement été la force spirituelle qui a jailli au cours de cette célébration. Mgr Jean Scarcella en présidant cette célébration s’en aperçoit : « Oui aujourd’hui, nous sommes impressionnés par la force du bonheur ! ». Et ici à la basilique de Saint-Maurice, ce bonheur est partagé avec l’accueil de la relique du manteau de Saint Louis dans le Trésor de l’Abbaye. L’union des martyrs thébains avec Saint Louis symbolise dès lors le reflet de la communion des fidèles de la terre avec toute la cohorte des saints qui « contemplent déjà la face de Dieu ».
Référence des textes liturgiques : Ap 7,2-4.9-14 / Ps 23 / 1Jn 3,1-3 / Mt 5,1-12a

Mes sœurs, mes frères,

Impressionnant ! Oui aujourd’hui, nous sommes impressionnés par la force du bonheur ! Aujourd’hui nous est révélé avec force par Jean le visionnaire de Patmos que demain sera comme le Seigneur l’avait annoncé ; Jean a vu et il le clame : « Voici une foule immense que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues ». Demain se révélera pour chacun d’entre nous le bonheur total.

Jean a « vu un ange qui montait du côté d’où le soleil se lève », certainement éclatant de splendeur, certainement rayonnant de bonheur. Mais, lui qui se lève à l’Orient, ne serait-il pas le soleil levant, Jésus, « Soleil levant qui vient nous visiter » ? Jésus qui revient pour nous ouvrir le chemin de l’éternité, Jésus de l’incarnation, Jésus de la révélation du Père, Jésus l’Agneau ? Jésus de la terre, de la mer et de l’arbre… « Ne faites pas de mal à la terre, ni à la mer, ni aux arbres, avant que nous ayons marqué du sceau le front des serviteurs de notre Dieu », dit l’ange de l’Apocalypse.

Aujourd’hui nous fêtons tous les saints, ceux du ciel et ceux de la terre. Tous les saints, tous ceux marqués du sceau, dans le baptême de l’eau comme dans celui de la vie éternelle. C’est pourquoi nous sommes appelés, frères et sœurs, à regarder vers le Christ et à le suivre de plus près dans son humanité, comme le fait depuis plus de 2000 ans la foule des pauvres ! Jésus en est le cœur, lui le Sacré-Cœur, le cœur de la terre, de la mer et de l’arbre…

Immense foule des saints, dès ici-bas déjà nous suivons Jésus sur le chemin de la sanctification. Notre Église, que nous aimons, est pécheresse, certes, mais en voie de purification. Nous sommes un peuple en marche. Dans sa traduction de la Bible, Chouraqui a traduit le mot « Heureux » des Béatitudes par « En marche ». Oui, les saints sont en marche, déjà ici sur terre, comme au ciel pour ceux qui l’ont déjà quittée.

Jésus de la terre… La création ! Oui, Dieu nous a créés à partir de la terre, et Jésus a pris notre nature de terrestres. Il s’est fait homme et, Homme parmi les hommes il a mis le peuple en marche, nous tournant tous dans la même direction, celle de l’amour du Père ; il nous aide à nous laisser regarder par le Père et espère que celui-ci pourra se reconnaître en nous… ne sommes-nous pas créés à son image ? Oui, frères et sœurs, nous serons de plus en plus semblables au Père au fur et à mesure que nous grandirons sur le chemin de Jésus, le Saint de Dieu ; et nous lui serons semblables vraiment quand « nous le verrons tel qu’il est », nous dit saint Jean dans sa 1ère Lettre, faisant ici comme une allusion à la vie relationnelle. Chacun de nous devient semblable à la personne qu’il se plaît à regarder, ainsi la similitude sera d’autant plus parfaite que le regard se fera contemplation. En fait, ici-bas, nous ne voyons pas vraiment Dieu « tel qu’il est », mais nous pouvons contempler dans la foi, la prière et l’adoration le visage du Dieu invisible. Ainsi les Béatitudes ne sont pas un catalogue de vertus, mais un portrait du chrétien qui nous livre, en filigrane, le visage de Jésus, le visage de Dieu.

Jésus de la mer… Ne voyez pas dans cette expression que de la poésie ! Oui, Jésus a marché sur les eaux, mais ce n’était peut-être pas si innocent que cela… Jésus, l’homme de la grâce parfaite, sans tache, a pu marcher sur les eaux ; Pierre, avec son poids de péché propre à tout homme a, lui, coulé, prêt à ailler rejoindre les profondeurs du Mal, le lieu de résidence du péché. Mais Jésus l’a relevé en lui demandant d’avoir la foi. Jésus ne fait pas seulement que nous montrer le chemin, il nous épaule tout au long du parcours, ce qui veut dire que nous ne pouvons pas faire seuls pour devenir des saints ; nous ne sommes pas si caïds qu’on le croit ! Ainsi l’Évangile des Béatitudes nous conduit aussi à rectifier une image faussement traditionnelle de la sainteté : non pas perfection héroïque, mais fidélité inventive et rayonnante – dans le quotidien du chemin et du vécu –, fidélité à la Parole et à l’Esprit de Dieu.

Jésus arbre… L’image, ici, peut rappeler celle de l’Arbre de la croix. Cette foule innombrable : « ceux-là – qu’essaie de décompter le visionnaire de l’Apocalypse – viennent de la « grande épreuve ; ils ont lavé leurs robes, ils les ont blanchies par le sang de l’Agneau ». Sur le chemin du Calvaire Jésus portait une robe blanche qui, petit à petit, se tacha de sang. Ce sang versé qui a servi à la Rédemption de l’homme, tandis que la robe de l’homme, noircie par le péché, est purifiée par ce sang de délivrance éternelle. Le sang qui coula du haut de l’Arbre de la croix s’est répandu pour habiller chacun de nous à l’heure de la sainteté définitive. À l’heure de la mort, le sang se fige dans notre corps, et c’est dès lors de l’unique amour du Seigneur que notre cœur bat. Le sang de l’Agneau authentifie l’Esprit de Dieu dont nous avons été marqués par le sceau de l’Amour.

Alors, frères et sœurs, vivons en marche avec notre pauvreté, en marche malgré les larmes, en marche avec douceur, en marche aux côtés des assoiffés de la justice, en marche dans la lumière de la miséricorde, en marche pour la paix. Car c’est aux côtés de Jésus que nous marcherons sur le chemin de notre Bonheur. Oui, la fête de la Toussaint se nourrit de la joie de Dieu offerte aux hommes en marche avec Jésus. Tel est le secret de la transformation du monde à laquelle nous sommes attelés. Ainsi le chemin du bonheur de ce temps, ici et maintenant. Ainsi le chemin du bonheur de l’autre temps, celui de l’au-delà du temps.

Ainsi soit-il !

Mgr Jean Scarcella