Homélies

01.11.2019 / Bénédiction du nouveau reliquaire de Saint Louis

Réception de la Relique de Saint Louis et son reliquaire

Aux deuxièmes vêpres de la Toussaint, en présence de la communauté canoniale, de l’Evêque de Sion, Mgr Jean-Marie Lovey, et de nombreux fidèles, Mgr Jean Scarcella a procédé à la bénédiction du reliquaire qui conservera le Manteau de Saint Louis dans le Trésor de l’Abbaye. Voici le texte de son discours lors de la cérémonie officielle.

Mesdames, Messieurs, chers confrères,

Le culte des reliques, qui sont les restes corporels ou matériels du Christ incarné, de la Vierge Marie et des saints, est une spécificité du christianisme. Très tôt ce culte se manifesta pour atteindre son apogée au Moyen-Âge. Ayant traversé les rejets de la Réforme, il est resté bien vivant jusqu’à nos jours, et nous en avons la preuve tangible et historique ici, à l’abbaye de Saint-Maurice, puisque nous conservons les précieuses reliques du corps des martyrs et également les reliques appelées matérielles d’un fragment de la sainte Croix du Christ (découverte par sainte Hélène, mère de l’empereur romain Constantin, vers 320) et une épine de la sainte Couronne du Christ (offerte par le roi saint Louis en 1262). Et, dès aujourd’hui, une relique du Manteau de saint Louis rejoindra, dans son reliquaire, le prestigieux Trésor de l’Abbaye.

Dès le IIe siècle, les chrétiens se rassemblaient auprès des corps des martyrs pour prier, puis y célébrer l’Eucharistie. Le culte des reliques se fonde alors sur le concept d’une identification à la passion du Christ. Au IVe siècle les Pères de l’Église évoquent des miracles qui se produisent sur les tombeaux des saints. Saint Augustin explique que si tel est le cas, c’est Dieu lui-même qui agit, opérant à travers les esprits des martyrs comme s’ils vivaient encore sur cette terre en leur vie corporelle. Enfin il convient de dire, avec la foi, que les âmes des saints se trouvent déjà au ciel auprès de Dieu, et donc qu’elles peuvent intercéder en faveur des vivants. Ainsi les endroits qui conservent des reliques sont devenus des lieux de médiation où l’on vient prier le Seigneur par l’intercession des saints. Ces lieux sont d’abord les tombeaux des martyrs, bientôt surmontés d’édifices pour célébrer le culte, lesquels se transformeront en sanctuaires de pèlerinage. C’est le cas des basiliques successives construites ici dès le IVe siècle sur le tombeau des martyrs Maurice et ses Compagnons.

Le culte de saint Maurice et de ses Compagnons a donc très vite bénéficié de la Paix constantinienne, la vénération des reliques en Occident étant largement attestée depuis le IVe siècle. Les reliques ont toujours eu une place prépondérante soit pour le maintien de la foi, soit dans la vie politique ou aussi pour écarter calamités ou épidémies, mais toujours dans cet esprit de « présence continuée » du saint dans la vie des chrétiens, avec au cœur ce fort désir d’intercession et de protection. Le culte des reliques est aujourd’hui encore très vivant.
C’est pourquoi ce soir, nous sommes très heureux, mais touchés aussi, de recevoir en don pour notre Abbaye et son Trésor, une relique matérielle de saint Louis, sous la forme d’un fragment de tissu d’un vêtement lui ayant appartenu et qu’il a porté. Ce don exceptionnel a provoqué la suite de l’histoire que vous connaissez et qui vous a tous amenés à rejoindre cette basilique ce soir : pour contenir la relique, afin de l’exposer au Trésor avec toutes les autres, il fallait un écrin particulier, qu’on appelle reliquaire. Grâce à l’engagement enthousiaste des responsables de la Haute Ecole d’Art et de Design (HEAD) de Genève, des élèves de cet établissement ont participé au concours, organisé de concert avec l’Abbaye et son Site patrimonial, dans le cadre de l’exposition temporaire « Reliquaire en chantier », ayant pour but de concevoir un reliquaire moderne, appelé à laisser une riche trace de notre siècle dans le Trésor, auprès des autres précieux reliquaires, dont les trois châsses qui contiennent les reliques de nos saints martyrs. Et nous avons sous les yeux, ce soir, ce magnifique reliquaire conçu par le lauréat du concours.

Je souhaite encore, pour terminer, adresser mes vifs et profonds remerciements de la part de notre Abbaye, au mécène – désirant rester dans la discrétion – qui a acquis cette relique pour nous en faire don, s’investissant également financièrement pour la conception du nouveau reliquaire. C’est un cadeau inestimable, totalement à la hauteur de sa valeur.

Un grand et généreux merci aussi à l’HEAD et ses responsables qui ont, avec notre conservateur du Trésor et ses collaborateurs restaurateurs, fait le pari d’entrer dans l’histoire en entrant dans la dynamique exceptionnelle de ce concours d’artistes prêts à s’investir pour cet événement inédit !

Une autre marque de reconnaissance du fond du cœur est adressée ici à Mme Regula Schorta, directrice de la Fondation Abegg, un musée et un centre de restauration de textile ancien situés à Riggisberg (BE), qui a confectionné pour nous le boîtier de protection et de conservation de la relique, comme elles l’ont déjà fait pour certains de nos manuscrits et autres fragments de tissus que l’on peut contempler dans le Trésor.

Et last but not least, un merci émerveillé à l’artiste (M. Sylvain Ferrero) qui a pensé et confectionné ce reliquaire avec délicatesse, ingéniosité et respect, œuvre dont on ne peut que saluer la parfaite syntonie entre son rôle et son aspect, sa discrète mais sensible évocation du contenu, ainsi que la ligne épurée qui confère à cet objet d’art toute sa force et sa beauté.

Mgr Jean Scarcella