Homélies

02.01.2019 / Messe des voeux

« Vivons vrai nos vocations » : Vœux du Père Abbé à la Communauté canoniale
Ce mercredi 2 Janvier 2019, la Communauté canoniale de l’Abbaye de Saint-Maurice s’est réunie pour célébrer l’Eucharistie et fêter d’un seul cœur et d’une seule âme le Nouvel-An. A cette occasion, Mgr Jean a présenté les vœux à ses confrères et les a encouragés à vivre l’engagement canonial et pastoral dans la vérité : « Vivons vrai nos vocations », leur dit-il dans son homélie : « Et comment sinon en faisant la vérité dans nos vies, en « vivant vrai », et vraiment à l’écoute et dans la fidélité à nos vocations ». On a porté dans cette Eucharistie les confrères anciens ou malades qui n’ont pas pu se déplacer. La belle fête des vœux s’est achevée avec un repas fraternel partagé dans la joie de vivre ensemble et d’être unis (Ps 132,1).
Référence des textes liturgiques : 1Jn 2,22-28 / Ps 97 / Jn 1,19-28

Il n'y a malheureusement pas d'enregistrement de cette homélie.

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Chers confrères, mes sœurs, mes frères,

S’il y a bien une réalité première à nos vies, une qualité qui permet de vivre, c’est la vérité. La vérité n’a pas besoin de son contraire pour exister ; ce n’est pas le mensonge qui éclaire ce qui est vrai, mais au contraire c’est la vérité qui détruit le mensonge, ne lui laissant aucune possibilité ni d’être, ni d’agir. La vérité est lumière, le mensonge, absence de lumière… Dans la vérité s’installent le bonheur, la paix, l’enthousiasme d’une vie joyeuse et constructive, dans le mensonge est enfermée la liberté. Le mensonge lie la vie de l’homme à l’imaginaire qui, en lui, cherche des réalités autres, nouvelles, qui ne sont basées sur rien, puisqu’elles n’existent pas. Le mensonge, c’est prêcher l’inexistant en essayant de détruire ce qui existe.
Saint Jean a été très sensible à la matérialité de la vérité comme une part nécessaire et objective dans la vie du croyant, du disciple du Christ. Comment écouter quelqu’un, se laisser enseigner par lui, décider de le suivre, s’il y a du déni par rapport à lui ? La vérité engage toujours par rapport à quelqu’un, un fait, un discours ; elle permet de prendre position, d’adhérer voire de critiquer, mais gardant toujours les yeux ouverts sur le bien, ce qui fait sens, et qui conduit à un but.
Dès que l’on fait allusion à la vérité en rapport avec l’Écriture Sainte, je pense – et c’est peut-être le cas maintenant – que l’on aura tous sur les lèvres la fameuse réponse en forme de question de Pilate à Jésus : « Qu’est-ce que la vérité ? ». Evidemment, et tant mieux, parce que cela nous permet de mieux préciser les choses par rapport à ce que nous méditons ce matin en donnant du coup une définition qui pourrait être : la vérité c’est la « conformité de ce que l’on dit avec ce qui est », comme l’a dit un auteur. Donc l’importance à voir ici, c’est que la vérité est parole.
Quand Jean accuse de menteur « celui qui refuse que Jésus soit le Christ », il met en évidence le fait que le menteur refuse l’essence propre du Christ que nous rappelons tous les jours, à savoir que Jésus est le Verbe fait chair, il est la Parole. Donc Jésus est vérité, il l’a dit lui-même : « Je suis le chemin, la vérité et la vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi » (Jn 14,6). Et Jésus rajoutera, dans son dialogue avec Pilate : « Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix » (Jn 18,37). La voix, comme celle « de celui qui crie dans le désert », la voix de Jean le Baptiste, le précurseur qui n’est « ni le Christ, ni Elie, ni le prophète », mais qui prépare le monde à l’écoute de la Parole, la vérité de Dieu.
Ecouter le Seigneur Jésus, chers confrères, mes sœurs, mes frères, écouter le Seigneur est notre devoir premier de chrétiens. Parce que le chrétien, le baptisé, est disciple du Christ et que par conséquent, il appartient à la vérité. Pour être vrai, il suffit d’écouter le Seigneur et de refuser tout ce qui déforme sa Parole ou nous en détourne. « Celui qui reconnaît le Fils a aussi le Père », nous rappelle saint Jean aujourd’hui. En d’autres termes : qui écoute le Fils entend la voix du Père. C’est à ce niveau que se joue notre appartenance à Dieu. Dès lors Jean peut poursuivre sa Lettre en nous exhortant à sa manière : « Si ce que vous avez entendu depuis le commencement demeure en vous, vous aussi, vous demeurerez dans le Fils et dans le Père. » Ce que vous avez entendu… donc la Parole… la Parole qui dit la vérité, c’est-à-dire sa propre réalité, son essence pure, son origine première et primordiale – à savoir Dieu –, cette vérité reçue, acceptée, honorée et vécue, qui agrège l’homme à Dieu et marque son appartenance au Christ dans son Corps qui est l’Église ; l’Église, notre lieu de vie, frères et sœurs, le lieu où nous demeurons en intimité avec le Fils et le Père, le lieu où s’épanouit la vérité qui nourrit nos vies. La Parole de vie, aimons-nous à dire, et c’est bien juste, car cette Parole, nous le savons, donne vie à nos vies, fait vivre nos vies, et les porte en croissance jusqu’à la vie éternelle, selon « La promesse que lui-même (Jésus) nous a faite », nous rappelait saint Jean. Et ce dernier est tellement sûr de ce qu’elle est, souhaite tellement que l’humanité et l’entier de la création adhèrent à cette vérité, qu’il finira par écrire dans le récit de la passion de Jésus : « Celui qui a vu rend témoignage, et son témoignage est véridique ; et celui-là sait qu’il dit vrai afin que vous aussi, vous croyiez » (Jn 19,35). Jean rend ainsi témoignage à la vérité en qualifiant ses dires de « véridiques », afin de donner au vrai de la vérité toute sa part de vérité. Il fait de la vérité un élément essentiel de notre vie et de la prédication de Celui qui nous l’apprend en se dévoilant lui-même à nous.
Et nous tous, chers confrères, mes frères, mes sœurs, sommes appelés à la vérité. Jean explique bien la chose au début de sa Lettre : « Le menteur n’est-il pas celui qui refuse que Jésus soit le Christ ? Celui-là est l’anti-Christ ». Pour mieux comprendre retournons au discours de Jésus aux Juifs qui se réclament d’Abraham : « Vous, vous êtes du diable, c’est lui votre père et vous chercher à réaliser les convoitises de votre père. Depuis le commencement […] il ne s’est pas tenu dans la vérité, parce qu’il n’y a pas en lui de vérité. Quand il dit le mensonge, il le tire de lui-même, parce qu’il est menteur et père du mensonge » (Jn 8,44). Eh bien, Jésus n’y va pas de main morte, mais c’est sûrement cela qui se cache derrière le début de la Lettre de Jean, apôtre de la Vérité. Nous voyons ainsi que la vérité ne s’oppose pas à l’erreur, mais au mensonge, qui est refus de la vérité – comme nous venons de le constater dans le discours de Jésus.
Celui qui est totalement vrai, c’est Dieu. Il est vrai, sûr et fidèle dans sa relation aux hommes. Et sa vérité, nous autres chrétiens, nous avons à l’exalter. Et comment sinon en faisant la vérité dans nos vies, en « vivant vrais », et vraiment à l’écoute et dans la fidélité à nos vocations. Car la vérité n’est pas seulement celle des choses par rapport à leur réalité, celle des événements par le fait qu’ils peuvent avoir lieu, ou des mathématiques où l’on prouve tout par A+B ; non ces types de vérités, disons de choses avérées parce qu’existant, ne sont que des émanations de la vérité de l’être. Il s’agit donc de vivre vrais, frères et sœurs, chers confrères, dans nos vocations, fidèles à elles, en recherchant le bien pour lutter contre le mal, les paroles constructives pour abolir tout chuchotement, l’amour du Seigneur afin d’aimer comme saint Jean nous le rappelle : « Petits enfants, n’aimons pas en paroles ni par des discours, mais par des actes et en vérité » (1 Jn 3,18).
Ainsi soit-il !

Mgr Jean Scarcella