Homélies

13.10.2019 / 28e dimanche ordinaire

« La joyeuse et immense responsabilité d’annoncer Dieu aux hommes » : l’appel du premier dimanche missionnaire

En ce deuxième dimanche du mois extraordinaire de la Mission, le chanoine Antoine Salina nous invite à redécouvrir la grâce de notre baptême faisant de chacun un « moi » missionnaire. Vigilants de nos lèpres individuelles et collectives, mais guéris par le Christ Jésus, nous avons « la joyeuse et l’immense responsabilité de porter Dieu aux hommes ».

Frères et sœurs,
La lèpre est, dans notre imaginaire collectif, certainement une des pires maladies qui soit. Tout le monde la tenait en horreur. Elle signifiait, dès qu’on voyait les premières taches roses, l’exclusion définitive avec pour sortie la mort.
Deux catégories de lépreux dans ces lectures, si j’ose dire : Naaman, le puissant général, ennemi d’Israël, puissant, envoyé par son roi car ce dernier a entendu qu’en Israël il y aurait un prophète. De l’autre côté, 10 lépreux qui ne forment qu’un seul groupe et qui ont entendu, eux, les miracles que Jésus a déjà accomplis. Nous sommes aux franges, entre la Galilée et Samarie. Jésus monte vers Jérusalem, vers ce destin qu’il sait inéluctable, celui de la croix. Ainsi le deuxième récit est aussi à lire dans le sillage du salut par la croix.
Naaman le Syrien est envoyé en Israël, se présente devant le roi qui l’envoie à Elysée, pensant que, au regard de son importance, au moins Elysée serait sortie sur le pas de sa porte. C’est son serviteur qu’il envoie avec cette injonction tellement simple : « Va et baigne-toi par 7 fois dans le Jourdain ». Tellement simple que Naaman, vous vous en souvenez, avait voulu s’en retourner sur ses pas. Mais c’est le serviteur d’Elysée qui a envoyé Naaman au Jourdain, et c’est la servante de Naaman qui lui a dit : « Mais enfin, s’il t’avait demandé quelque chose de plus compliquer, ne l’aurais-tu pas accompli ? » Naaman cherchait un signe éclatant. Et c’est dans l’humilité de cette parole venue d’un homme de rien, un serviteur que finalement, il fut guéri. Tellement guéri que voulant offrir des présents, refusés eux-mêmes par Elysée, puisque la grâce que Elysée a reçue, a été gratuite : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement ». Eh bien ! Elysée n’a fait que transmettre, il n’est en aucun cas la vedette de cette guérison. C’est le Seigneur, qui, au travers de son serviteur, a agi. Conversion et reconnaissance de Naaman le Syrien, qui emporte de la terre d’Israël, pour, d’une certaine manière, exporter le culte envers le Très Haut.
Les juifs et les samaritains qui se présentent devant le Christ, sont d’une condition plus humble. Mais ils ont foi en celui qui a pu marquer, en de multiples occasions, la puissance de la guérison. Même chose, d’une certaine manière, le Christ ne les touche pas, n’accomplit sur eux aucun rituel. Une seule parole : « Allez vous montrer aux prêtres ». Ce sont eux, en effet, qui démontraient, qui exprimaient la guérison. Tout simplement parce que, vous l’avez aussi compris : la lèpre n’était pas une maladie anodine comme la grippe ou un gros rhume. C’était le signe aussi de notre condition pécheresse. Ainsi, pour être déclaré guéri, il fallait que les prêtres puissent dire : « Tu es désormais, à nouveau pur. » Autant dire qu’ils ne devaient pas avoir grand monde et qu’ils ne devaient pas en renvoyer beaucoup de guéris.
Mais c’est là qu’il y a quelque chose d’intéressant dans ce texte (tout est intéressant naturellement), c’est qu’ils étaient 10. Une fois guéris, ils sont 9+1 : 9 juifs et 1 samaritain. Les 9 juifs sont, non pas prisonniers de la loi, mais sont légalistes. Car, ils continuent leur chemin suivant l’injonction du Christ : « Allez vous montrer aux prêtres. Ce sont eux qui démontreront votre guérison ». Le samaritain sait qu’il n’a rien à faire aussi face à un prêtre des juifs puisqu’ils étaient peuple paria, comme vous le savez. Le samaritain plutôt que de continuer sur l’injonction première du Christ, s’en retourne vers lui et se prosterne devant lui en reconnaissant aussi qui il est. Il rend grâce. Jésus, de s’étonner : « Où sont les 9 autres ? Il n’y a donc que toi ! » Et c’est là qu’il dit : « Lève-toi et va, parce que ta foi t’a sauvé ».
Frères et sœurs, derrière cet épisode, nous pourrions penser qu’il y a une situation qui ne relève que d’un passé lointain. Mais n’oublions pas que chaque épisode est ciselé de telle manière que nous puissions nous y reconnaître non seulement dans ce que nous sommes, mais aussi dans ce que nous allons aussi vers les autres pour leur proclamer le salut comme Paul enchaîné – chaînes réelles – pour la foi dans le Christ ressuscité, dans le Christ libérateur.
Cette lèpre, c’est aussi nos différentes morts, celles qui nous envahissent petit à petit. Il n’y a pas un moment où j’étais en santé et de l’autre où j’étais à la dernière extrémité de la maladie. Il y a aussi une réflexion par rapport au mal qui nous gagne petit à petit dans tous nos membres, et qu’il fait de nous aussi, non seulement des morts en sursis, mais des morts, d’une certaine manière, très réelle.
Cette lèpre, cette maladie horrible, règne encore pire aussi peut-être dans nos âmes et nous enjoint aussi à une véritable vigilance. Celui-là seul qui peut nous sauver, c’est le Christ. Mais naturellement, avec notre premier assentiment. Il nous faut aussi nous tourner vers lui en disant : « Jésus, Maître, prends pitié de nous ».
Frères et sœurs, nous disons toujours que le salut vient par les juifs et d’une certaine manière, le nouvel Israël, et d’une manière certaine, c’est le peuple des chrétiens. Nous n’avons pas à considérer que nous sommes au-dessus et surtout nous ne devons pas prendre comme argent comptant que, une fois sauvés par la grâce du baptême, nous sommes définitivement sauvés comme s’il n’y avait de notre part aucun exercice de la volonté. De la maladie nous pouvons guérir par la vigilance. Mais néanmoins, la première des choses à reconnaître, c’est que seul, Jésus qui peut nous guérir.
Et c’est fort de cette guérison que nous pouvons expérimenter dans le fond de notre cœur que peut-être aussi nous pourrons être missionnaires. Vous l’avez compris, un mois missionnaire, ça peut être aussi un moi (sans « s ») missionnaire. Missionnaires, nous sommes dans ce monde. Nous devons nous préoccuper, des quatre coins du monde, bien évidemment. Mais nous devons aussi montrer au monde que nous sommes un peuple de guéris, un peuple de sauvés. Nous devons être vigilants pour nos lèpres, mais nous devons faire connaître aussi aux autres le Christ sauveur. Celui qui se tourne vers l’autre, dit aussi, à l’instar de ce que le Christ dit au samaritain : « Lève-toi et va, ta foi t’a sauvé ».
Des textes donc profondément forts qui nous accompagnent en ce dimanche qui nous rappelle la joie d’être un peuple sauvé par la foi au Christ mais qui nous rappelle toujours cette vigilance et ce lien premier qui existe entre nous et Dieu, et entre Dieu et nous. Nous donnant par-là même l’immense responsabilité de le porter aux hommes. Amen !

Antoine Salina