Homélies

01.01.2019 / Sainte Marie, Mère de Dieu

Messe des vœux aux autorités politiques d’Agaune : Une année sous des signes lumineux et immaculés
En ce premier jour de l’An 2019, la Basilique de Saint-Maurice accueille les autorités politiques de la cité agaunoise pour les traditionnels vœux. Mgr Jean Scarcella présidant la célébration eucharistique à cette occasion, les a félicitées pour leur dévouement et leur sacrifice, afin que leurs concitoyens se portent de mieux en mieux et que l’aura de la commune gagne en admiration et en brillance. Lisez son discours de vœux et son homélie en ce premier jour du Nouvel An.
Nous reproduisons ici son adresse aux autorités et son homélie.

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Permettez encore à l’Abbé de ce monastère, comme le veut la tradition, d’adresser quelques mots en forme de vœux aux Autorités politiques de notre Cité.

Monsieur le Président, chers membres de nos édiles communaux,
Marquer ce début d’année d’une pierre blanche en échangeant des vœux, c’est bien souhaiter que ce cadeau de Dieu pour notre temps reste le plus immaculé possible au long des jours qui vont se succéder durant cette nouvelle année.
Blancheur, candeur, brillance, lumière, flash et autres signes d’éléments immaculés sont donc à préserver du mieux que l’on pourra. La blancheur des décisions, la candeur des relations, la brillance des réalisations, la lumière des fêtes ou encore le flash des événements seront autant de motifs à faire de la vie de notre Cité un havre de paix, reflétant l’idéal chrétien qui veut que l’homme vive en paix et participe à la croissance du Corps du Christ.
La confiance dont la population agaunoise investit son Corps politique est une marque d’estime, mais d’espérance aussi. S’engager pour la chose politique, c’est – comme le dit le pape François dans son message pour ce jour – : « une des plus hautes expressions de la charité qui porte la préoccupation pour l’avenir de la vie et de la planète, des plus jeunes et des plus petits, dans leur soif d’accomplissement. Lorsque l’homme est respecté dans ses droits, ajoute encore le pape, germe en lui le sens du devoir de respecter les droits des autres ».
En cela nous nous sommes favorisés ici, et le fait de présenter nos vœux les meilleurs à chacun d’entre vous, vos familles, nos institutions communales et avec elles notre population agaunoise, est bien une marque d’appui et de reconnaissance envers tout ce que vous faites, Mesdames et Messieurs, tout au long de l’année pour votre Commune de Saint-Maurice d’Agaune. Soyez-en sincèrement remerciés, et l’Abbaye, qui n’est pas en reste en matière de soutien de la part de la Commune vous en sait gré dans sa prière quotidienne.
Au nom de notre Communauté canoniale et de nous tous ici présents, recevez nos meilleurs vœux de bonne, immaculée et sainte année !

Sainte Marie, Mère de Dieu – Basilique – 1er janvier 2019
Nb 6,22-27 / Ps 66 / Ga 4,4-7 / Lc 2,16-21

Mes sœurs, mes frères,
Nous vivons tous ces jours de fête comme un temps de joie. Et notre prière est joyeuse, à commencer par celle des psaumes de nos liturgies qui portent notre louange au Seigneur. Nous l’avons chanté à l’instant : « Que Dieu nous prenne en grâce et qu’il nous bénisse ! » C’est précisément ce que nous vivons ces jours de la Nativité du Seigneur ; cette invocation est en fait une affirmation qui découle de notre foi en l’œuvre de Dieu pour nous : nous vivons désormais sous le régime de la grâce venue sur terre en cette nuit de Noël, et nous sommes les bénis de Dieu, nous qui accueillons, dans la foi, cette naissance divine en notre humanité. Dieu fait homme : quelle bénédiction pour notre terre !
Les premiers, les bergers de la nuit de Noël ont reçu la grâce de l’annonce et, y répondant, en ont reçu une grande bénédiction, celle d’avoir pu voir l’Enfant et entendre le chant venu du ciel pour la terre. Eux aussi ont glorifié et loué Dieu pour tout cela. Et nous aussi pouvons le faire – et nous le faisons – en cette fête de Marie, Mère de Dieu. Nous le pouvons parce que c’est en elle et par elle que nous le faisons. « Visage… chemin… salut… fruit… » autant de mots qui animent, par le chant du psaume, notre prière en ce premier jour de l’an nouveau, journée mondiale de la paix. La paix est à la fois visage, chemin, salut et fruit.
Un visage est capable d’exprimer la paix de mille manières ; cette paix qui vient de l’intime de soi-même, qui est fondement de notre être donné au Seigneur de la Vie, cette paix se reflète dans la bonté, l’écoute, l’obéissance, la douceur du regard sur les gens nos frères, sur des événements, des choses à estimer, à recevoir. Être en paix intérieurement et avec soi, frères et sœurs, fera briller la paix sur nos visages et nous amènera à la ressemblance avec Celui que le prophète Isaïe nomma du beau nom de « Prince-de-la-paix ». Vous l’aurez compris, ce visage de paix, c’est Jésus lui-même et nous devons travailler à lui ressembler avec foi et persévérance. Un beau défi à l’aube de cette année nouvelle avec Marie, visage de paix.
Et puis, il y a aussi cette manière de concevoir la paix comme un chemin. Un chemin c’est quelque chose qui part d’un point pour arriver à un autre. Un chemin conduit du primordial à l’aboutissement, de soi à l’autre, de l’homme à Dieu. Et chaque arrivée, bien que comprise comme but atteint, n’est jamais définitive, mais devient un nouveau moment essentiel de nos vies, et donc un nouveau point de départ. C’est ainsi que l’on comprend la paix comme quelque chose qui se réalise petit à petit, qui fait, chaque fois qu’elle se manifeste, un bout de chemin. La paix n’est pas une réalité fixe et stéréotypée, non, elle est un chemin au long duquel elle se génère. Et Jésus nous l’a dit lui-même : « Je suis le chemin… » (Jn 6,14) « si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive » (Mt 16,24). La paix est donc un chemin qui se construit en chacun de nous quand nous donnons la première place à Dieu. Renoncer à soi-même n’est pas se renier ou s’auto-fustiger, renoncer à soi-même c’est prendre sa croix qui n’est autre que la croix de Jésus, lui qui restera toujours premier, étant à la fois le chemin et celui qui conduit. Un beau chemin à emprunter à l’aube de cette nouvelle année avec Marie, chemin vers la paix.
Notre psaume 66, prié tout à l’heure, nous parle aussi de salut. Comment ne pas considérer la paix non seulement comme une marque du salut, mais aussi comme les arrhes du salut. Jésus, notre Sauveur et notre Rédempteur est notre salut, son nom lui-même l’atteste : « Quand fut arrivé le huitième jour, celui de la circoncision, l’enfant reçu le nom de Jésus, le nom que l’ange lui avait donné avant sa conception. » Et le vieillard Syméon, à ce moment même le confirma en une prophétie directe, s’exclamant avec ces mots : « Car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples ». Et, avant ce cri du cœur venant du plus profond de la foi de ce juif religieux, Syméon l’avait préparé en disant qu’il était en paix : « Tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole » (Lc 2,29-30). Le salut est donc le but de nos vies, là où la paix prend totalement corps et révèle son visage, là où le chemin de nos vies nous aura conduits, le but de toute existence : la Vie en Dieu.
À Noël Dieu, en Jésus, nous montre son visage, il nous donne comme frère Jésus son Fils, qui est notre chemin et nous enseigne l’itinéraire du salut. Tout cela sous un seul vocable : celui de « Paix », cette paix que Dieu a portée sur terre et donnée aux hommes qu’il aime, au milieu de la nuit de la naissance de son Fils. Ainsi, frères et sœurs, recevons cette nouvelle année comme une étape importante pour notre salut avec Marie, Reine de la Paix.
Ainsi tout ce que Dieu a fait pour sa création dans le don du visage, du chemin, et du salut, il a choisi de le faire par la médiation d’une femme, Marie, celle qui a engendré son propre créateur : la Mère de Dieu, la bénie entre toutes les femmes, celle dont « Jésus, le fruit de tes entrailles, est béni ». Jésus qui est à la fois la paix, nous l’avons médité, mais aussi le fruit de la paix, dans le sens que nous avons à nous en nourrir pour y parvenir à cette paix, ce que nous faisons à chaque Eucharistie : « Seigneur Jésus-Christ, tu as dit à tes apôtres je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ».
Alors, sous le regard de Marie, notre Mère, et Reine de la paix – puisqu’elle a enfanté le roi de la paix, – nous sommes un peuple de choisis, heureux – comme le dit un cantique que nous connaissons bien :
« Heureux ceux que Dieu a choisis pour être au monde qui gémit
Comme en douleur de sa naissance !
La création tend vers le jour où l’on dira du Dieu d’amour :
Il fait mûrir toute souffrance en fruits de paix, en liberté,
Pour que son nom soit sanctifié »,…
… et « Que ton Règne vienne », comme nous le prions dans le Notre Père : Règne au visage de paix, Règne chemin vers la paix, Règne qui donne la paix du salut, en Jésus notre Paix, fruit de la Vierge Marie, Mère de Dieu et Reine de la Paix.
Ainsi soit-il !

Mgr Jean Scarcella