Homélies

29.09.2019 / 26e dimanche ordinaire

« Il ne s’agit pas seulement des migrants » : le thème de la journée des migrants au cœur de la célébration dominicale

La célébration eucharistique de ce 26e dimanche du temps ordinaire est centrée sur le thème de la journée des migrants : « Il ne s’agit pas seulement des migrants ». Le chanoine Olivier Roduit en présidant l’Eucharistie est revenu sur ce thème et partage volontiers avec les fidèles les grandes lignes des réflexions que donne le Saint-Père François. En lien avec les textes de la liturgie dominicale, il invite les fidèles à la conversion du regard posé sur l’autre qui transcende l’étranger qu’on accueille pour aller à la rencontre du Christ qui vient à travers l’inconnu.

Chers frères et sœurs,
Méditant sur ces textes de ce dimanche, je pensais à la remarque ou peut-être au reproche que l’on fait bien souvent à l’Eglise d’être moralisante, de faire la morale au lieu de parler de la foi. Mais foi et morale ne sont-elles pas unies, ne vont-elles pas ensemble ? Les textes d’aujourd’hui nous le montrent particulièrement bien. Lorsqu’on entend le prophète Amos nous dire : « Malheur à ceux qui vivent bien tranquille dans Sion, à ceux qui se croient en sécurité sur la montagne de Samarie ». N’est-ce pas notre tentation à nous qui vivons relativement bien chez nous, de nous trouver très bien, tranquille ; et puis de fermer nos yeux, nos oreilles à ce qui se passe au-delà de nos mûrs.
La parabole du riche et de Lazare ne peut pas ne pas nous interpeller. Que se passe-t-il dans notre cœur lorsque nous entendons ce récit très particulier ? N’y a-t-il pas, encore une fois, la tentation de nous enfermer sur notre relatif bien-être, sur nos petits soucis quotidiens qui occupent bien nos journées et d’oublier le monde ?
Il était question d’un grand abîme qui séparait Abraham et le riche. Lorsque l’argent devient la seule chose qui compte, lorsque la richesse devient la seule chose qui compte, des mûrs s’élèvent entre les hommes qui deviennent vite des abîmes infranchissables sur cette terre et dans le monde qui nous attend. Ce que nous montre cette parabole.
Et aujourd’hui, c’est le dimanche des migrants. Prévu d’abord au mois de mars, le pape nous invite à célébrer aujourd’hui à cette intention des migrants. Et le thème retenu par le pape François pour cette journée 2019 est celui-ci : « Il ne s’agit pas seulement des migrants ». « Pour cette journée, l’Eglise n’entend pas désigner des problèmes sociaux à étudier, des questions géopolitiques à traiter, mais des personnes à rencontrer et à accueillir. Au lieu de les considérer comme une menace, l’Eglise nous invite à regarder ces personnes, ces familles en situations de migrations comme un signe et une invitation. Les migrants sont un signe qui nous rappelle les multiples situations de marginalisation qui gangrènent notre société et que nous ne voyons même plus : les pauvretés économiques et culturelles, les misères, les addictions, les esclavages. Les migrants sont un emblème de l’exclusion. Et les migrants sont aussi, nous rappelle le pape, une invitation à changer notre attitude. Ils nous questionnent sur ce qui oriente nos vies, nos peurs et nos préjugés, nos enfermements ou bien nos ouvertures de cœur. Ils sont les prophètes de l’appel de Dieu au renoncement à soi-même et à l’amour du prochain. Lorsqu’on parle de migrants, il ne s’agit pas seulement de migrant, mais de toute personne vulnérable à notre porte. Il ne s’agit pas seulement de migrant, il s’agit du Christ lui-même assis tout près de nous et qui vient mendier un peu d’eau » (cf. Mgr Denis Jachiet).
Alors, ce thème, ces lectures d’aujourd’hui, ce message est-il là pour nous culpabiliser ? C’est la question que je me suis posée en vous préparant cette méditation. Ces lectures viennent au contraire nous faire réfléchir sur notre manière de vivre notre foi dans le monde et nous stimuler à changer, à nous laisser interpeller. L’évangile ne cesse de nous appeler à la conversion et il ne s’agit pas de dire : « plus tard je ferai cela ». Mais c’est aujourd’hui que tout se joue.
« Peut-être sommes-nous de ceux qui remettent toujours au lendemain, qui laissent passer les occasions favorables par paresse, par indifférence, par centrage sur leurs propres intérêts et leurs conforts, qui oublient que les biens de la terre ont été donnés en partage à tous les humains et non à quelques privilégiés. Ce texte nous rappelle le rôle de l’Ecriture pour donner tout son poids au présent et amorcer un chemin de conversion. La parole nous remet tout à la fois devant notre finitude et l’avenir qui s’offre à nous en Dieu. Elle nous indique les moyens par lequel laisse effleurir en nous l’image du Dieu de bonté. Et cela par le biais du double commandement de l’amour » (cf. Sœur Emmanuelle Billoteau).
Ce commandement de l’amour qui nous est donné sans cesse par l’Evangile, par le Christ lui-même est exigeant. Il nous demande d’avancer, de cheminer avec courage et avec force. Et aujourd’hui, tout particulièrement, nous pouvons nous remettre en ces forces que Dieu nous propose à travers ses archanges, à travers les anges qui sont les envoyés que Dieu nous donne, qui sont d’une certaine manière, on peut dire, les symboles de toutes les grâces que Dieu met en nous pour nous aider à cheminer dans ce monde, à nous ouvrir aux autres, à nous ouvrir à Dieu.
Michel, l’archange, signifie : Qui est comme Dieu ? Que nous puissions nous poser cette question. Dieu, qui est-il dans notre monde, qui est-il pour notre vie.
Dieu nous donne aussi Gabriel. Gabriel, c’est la force de Dieu qui nous encourage, qui nous stimule, qui nous donne les moyens de vivre encore mieux notre existence dans la foi.
Et puis il y a Raphaël qui vient combler nos blessures puisque Raphaël signifie : Dieu guérit. Dieu guérit nos faiblesses, notre péché pour que nous puissions avancer sur le chemin de sainteté qui s’ouvre à nous avec toutes ces aides que le Seigneur nous donne.
Avançons donc dans cette existence, dans ce monde sereinement, le cœur ouvert et généreux.
Amen !

Olivier Roduit