Homélies

22.09.2019 / Solennité de la Saint Maurice

Les saints martyrs Maurice et ses Compagnons nous parlent du témoignage à donner

La grande solennité de la Saint Maurice a été présidée cette année par Mgr Jean-Marie Lovey, évêque de Sion. La basilique de Saint-Maurice était trop petite, ce dimanche 22 septembre, pour contenir la foule des nombreux pèlerins venus à cette célébration. Dans son homélie de circonstance, Mgr Jean-Marie a voulu tourner les regards des participants et pèlerins vers le sens missionnaire du témoignage de Maurice et ses Compagnons. « En quoi leur martyre nous interpelle encore aujourd’hui ? », s’interroge-t-il.

Mes frères, mes sœurs, chers amis,
Saint Maurice est un martyr, un témoin. Ses compagnons sont, comme lui, témoins du Christ. Ce qu’ils ont expérimenté, c’est la force surnaturelle qui peut se puiser dans ce qui est bien plus que de la solidarité, dans ce qui est une communion de foi et d’engagement nourrie à un Evangile vécu.
A la faveur d’une lecture estivale, je me suis laissé interroger. L’auteur met en évidence l’antichristianisme d’une partie de notre culture, ce qui a comme effet de provoquer les chrétiens, mais une provocation salutaire puisqu’elle les pousse à être vraiment chrétiens, à oser non seulement le dire du bout des lèvres, mais à le faire passer dans les choix de vie. Autrement dit, les chrétiens que nous sommes, sont attendus dans le témoignage, c’est-à-dire, dans le martyre. Si notre christianisme s’est affadi — et c’est là un constat évident —, il est provoqué à retrouver sa vocation missionnaire et cela passera, comme toujours, par le témoignage personnel explicite. Maurice et ses compagnons ont certainement contribué davantage que bien des prédicateurs, ou des plans pastoraux, à la fécondation de nos terres par l’Evangile. Et nous avons raison de célébrer, année après année, leur geste missionnaire. Ce geste devient pour nous une invitation pressante au réveil. Le sang versé parle plus fort que tous les discours. Le sang versé des martyrs se mêle à celui que nous célébrons sur l’autel de l’Eucharistie et devient breuvage de vie pour tous ceux qui s’en approchent.
A la demande explicite du Pape François, l’Eglise universelle va faire de tout le mois d’octobre qui vient, un mois missionnaire extraordinaire. A quelques jours du début de ce mois, saint Maurice nous ouvre tout grand une porte d’entrée. Parce que, « si les mots ont un sens, parler de mission ce n’est pas parler simplement d’un rôle à jouer, d’un jeu à jouer, c’est parler d’un témoignage à donner. » (p. 112)
Alors les questions surgissent. Comment s’y prendre demandait mon écrivain de cet été (1) ? Faut-il aller « sonner aux portes comme les Mormons ou les Témoins de Jéhova ? Réseauter sur internet ? Discuter à la cantine ? Comment annoncer sans blesser ? Comment parler sans provoquer ? Comment briser le cercle des timidités et des intimidations ? Comment expliquer ce que soi-même on peine à comprendre ? Comment témoigner de ce que l’on vit si imparfaitement ? »
D’autres questionnements nous paralysent. « Est-ce que moi, retraité, j’y peux quelque chose ? Après tout, je ne vois plus grand monde et mes amis ont passé l’âge. Est-ce que moi, infirmière à l’hôpital j’y peux quelque chose ? il ne s’agit pas de venir contaminer l’air aseptisé avec des propos de religion. Est-ce que moi, grand-père, j’y peux quelque chose ? Mon gendre ne veut pas que ma petite fille soit baptisée. Pourrai-je, quand elle sera grande, lui parler de Jésus, lui apprendre le Notre Père ? Est-ce que moi, jeune maman débordée, j’y peux quelque chose ? est-ce que moi collégien, étudiant et seul catholique pratiquant de ma classe j’y peux quelque chose ? est-ce bien mon rôle, ma responsabilité, mon travail ? (p. 105)» Ce questionnement pourrait se poursuivre. A chacun de mettre sa personne devant cette interrogation. La fête de saint Maurice nous offre l’opportunité d’une réponse possible, à ces questionnements insistants, elle répond par ce refrain tout aussi insistant : pas de christianisme sans témoignage, pas de christianisme sans martyr. Ce propos pourrait paraître dur, voire effrayant si notre écoute était marquée par le fanatisme de certains discours religieux d’aujourd’hui ! Il en va, bien au contraire, de la cohérence de notre foi chrétienne qui, au-delà de la parole, affecte la vie, l’oriente et lui donne consistance. « La vie des justes est dans la main de Dieu » (Sg 3, 1) Voilà où vont les martyrs. Et c’est pourquoi, l’Evangile annonce en écho : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais ne peuvent tuer l’âme. Craignez celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps. » Le Christ, fidèle à sa pédagogie, continue de s’en remettre à nous autres, que son Évangile, son Nom, son Père soient connus et aimés. Certains penseront peut-être que ce travail-là, c’est la mission des prêtres et des évêques ! Eh bien non. Témoigner de l’Evangile revient de droit à tout baptisé. Dieu qui a toujours choisi ce qu’il y a de faible dans le monde pour confondre les puissants, continue dans sa façon de faire. Pour être prophètes il n’y a pas d’apprentissage. Moïse et Jérémie ne savent pas parler, Dieu en fait ses porte-parole. Amos s’occupe de ses bœufs et de ses troupeaux, Dieu en fait un prophète. Pour être vrai disciple, pas besoin de diplôme. Pour les martyrs, aucune compétence n’est requise. Des adolescents, des enfants s’en sortent très bien. Maurice et ses compagnons le sont devenus par fidélité au Dieu de leur baptême. Et aujourd’hui ils nous redisent à quel point on n’est pas témoins tout seuls, on n’est pas chrétiens tout seul. Notre assemblée en est une merveilleuse manifestation et attestation ! Nous nous sentons confortés dans notre foi par la présence que nous nous offrons les uns aux autres. Il y a, dans le témoignage commun des martyrs une forte interpellation pour notre culture qui exalte tellement toutes formes d’individualisme. Individualisme de la pensée ; individualisme des comportements ; individualisme de l’agir ; finalement on vit et on meurt seul.
Cette foule immense que le visionnaire saint Jean voit debout devant le trône de Dieu est composée des martyrs d’autrefois et d’aujourd’hui. Il y a là Etienne et Jean-Baptiste ; les saints innocents, les martyrs de l’Ouganda et du Japon d’hier et ceux de l’Egypte d’aujourd’hui. Au milieu d’eux, martyrs de tous les temps, Maurice et ses compagnons qui prient pour nous.
Amen

(1) Il s’agit de J.-P. Denis, Un catholique s’est échappé ; j’y ai puisé les réflexions qui suivent, citant assez librement les propos toniques de l’auteur ! pp 105 -112.

Mgr Jean-Marie Lovey