Homélies

01.09.2019 / 22e dimanche ordinaire

Rencontre des Etudiants Suisses : « La vraie science s’habille d’humilité et fait contempler Dieu »

Ce Dimanche 1er septembre, les étudiants de toute la Suisse ont rempli la basilique de Saint-Maurice pour célébrer leur rencontre traditionnelle qui se tient pour une deuxième fois dans la cité agaunoise. Mgr Jean Scarcella a présidé l’Eucharistie dominicale au cours de laquelle il a exhorté les étudiants à rechercher « la vraie science » qui exalte la grandeur de l’homme et le relance en permanence dans l’humble quête du bien véritable : Dieu.

Chers membres des sociétés d’étudiants, mes sœurs, mes frères,
L’homme est allé sur la lune, il travaille à l’intelligence artificielle, il est capable d’étudier l’infiniment petit comme l’infiniment grand. Et l’éternelle – et j’allais dire – lancinante question revient toujours sur le tapis : comment est-ce possible ? D’où lui vient cette intelligence ? De qui tient-il toutes ces potentialités ? L’homme est capable de grandes choses dans de multiples domaines comme la science, l’art, la connaissance, et tant d’autres. L’homme fait de grandes choses, il est vrai ; mais posons-nous la question de savoir à quoi se mesure cette grandeur, quelle réalité peut servir de mesure étalon ?
Oui, l’homme fait de grandes choses, l’homme est grand, mais tout cela dans un rapport de comparaison qui n’a que lui-même pour modèle… Reste donc toujours présente la question de la grandeur de l’homme qui ne peut se mesurer autrement qu’à lui-même !
Faire ce genre de calcul relèverait d’une pure utopie, si ce n’est en nous rappelant que nous sommes des membres d’une civilisation appelée judéo-chrétienne, et donc que nous avons une histoire, que nous ne venons pas de nulle part, que nous ne sommes pas des électrons libres, que nous ne nous sommes pas faits tout seuls.
Voilà donc nécessairement posée la question de notre origine. Et c’est face à elle que peut alors se mesurer la grandeur de l’homme. Car en effet, si cette mesure est possible, il faut que le contexte originel puisse l’englober, sinon même la dépasser. Oui, frères et sœurs, il y a une grandeur qui nous dépasse et face à laquelle, celle que l’homme peut préconiser posséder, n’est fatalement que petite. Sa petitesse est sa grandeur qui se mesure à son origine qui est, comme nous l’a dit le Livre de Ben Sira le Sage, « La puissance du Seigneur ». La grandeur de l’homme n’a de sens qu’à l’aune de celle de Dieu. Et, par rapport à cela, la grandeur de Dieu est son être de créateur. Et si le sage parle de la puissance de Dieu, c’est que tout ce qui est et qui existe, tout ce qui fait et magnifie l’homme, tout ce qui donne à l’homme autonomie, liberté et amour est contenu en Dieu et, partant est Dieu lui-même.
Oui, frères et sœurs, mes amis, l’homme est grand, mais « c’est que Dieu qui est le plus grand », comme l’a dit Jeanne sous la plume de Claudel : « Deus semper maior », Dieu toujours plus grand, pour que l’homme grandisse, au-delà de l’univers, de sa propre intelligence, de son existant même. L’homme qui apprend à devenir lui-même pour être capable de devenir Dieu.
Pour cela, – je dirais – au-delà de la foi même, il faut laisser à l’homme ce qui va lui permettre de grandir, de croître et d’atteindre sa stature globale et infinie en Dieu, lui laisser la qualité qui prévaudra à son itinéraire extraordinaire dans l’ordre de la création, à savoir l’humilité : « Mon fils, disait le sage, accomplis toute chose dans l’humilité ». C’est là que se situe la grandeur de l’homme, car ainsi, grâce à cette vertu, il va pouvoir discerner sa vraie nature, sa vraie force, sa vraie destinée. L’humilité, frères et sœurs, ne consiste pas à nous effacer jusqu’à disparaître, mais au contraire elle nous permet de peser notre valeur et de manifester notre authenticité par la reconnaissance de la grandeur de Dieu.
Alors oui, l’homme peut visiter l’espace, son intelligence sait faire avancer la science, la médecine ou encore permettre à l’art et à la culture d’exploser pour affiner son identité d’homme, oui… mais tout cela face à la grandeur et à la puissance de Dieu en constant acte originel. Et cela est possible par l’humilité et grâce à elle. « Plus tu es grand, dit encore Ben Sira le Sage, plus il faut t’abaisser ». Ce qui veut dire être capable de reconnaître notre vrai modèle qui nous fait être. Si notre modèle était nous-mêmes, si nous étions notre propre modèle, nous agirions en condition d’orgueilleux et serions proprement incapables de discerner notre grandeur de créatures faites pour exalter la puissance du Dieu créateur, ni d’en vivre.
En conséquence, frères et sœurs, mes amis, cultivons l’humilité comme prémice à chacun de nos actes, que ce soit de l’ordre de l’intelligence, du cœur ou de l’esprit. Et écoutons une dernière fois le Sage nous dire, précisément : « L’idéal du sage, c’est une oreille qui écoute ».
L’humilité n’est possible que lorsqu’il y a écoute, que ce soit écoute de paroles, de réalisations, de sentiments, ou que sais-je, parce que l’écoute nous met toujours en situation d’altérité et que l’autre, par excellence, c’est Dieu !
Rester attaché à l’humilité luttera contre l’amour-propre, et la vivre dans la fidélité ouvrira nos sens à l’autre dans tout ce qu’il est, conçoit ou réalise, et au Tout-Autre, celui qui est « l’Au-delà de tout… dépasse toute intelligence… es la fin de tous les êtres… », comme l’exprime en un poème admirable Grégoire de Nazianze, Père de l’Eglise du IVème siècle en Cappadoce, Turquie actuelle. Cet « Au-delà de tout » qui est le tout de tout ce qui est chaque jour et pour l’éternité.
Et ce tout sera toujours manifesté dans l’humilité de la création. Cette humilité qui n’est pas en soi un don fait qui ne requiert qu’à être appliqué ou utilisé, mais qui, au contraire s’acquiert et s’éduque dans la fidélité à la vérité ; et cette vérité n’est autre que ce Tout que l’on apprend à écouter pour tout recevoir de lui et devenir ce qui fait sa propre grandeur !
Quand Jésus, dans la parabole du repas, enjoint ceux de la dernière place à monter à la première, il ne s’agit pas de prendre cela à la lettre, au risque de nous laisser prendre par l’orgueil. Être humble, à ce moment-là, sera une attitude du cœur, celle qui nous apprend la grandeur du cœur de Dieu, celle qui nous installe dans la recherche de la vérité.
Ainsi l’homme, par la merveille qu’il est aux yeux de son créateur et par son génie dans tous ses degrés sera, dans l’humilité, celui qui veut voir et non pas être vu, celui veut écouter et non pas que l’on écoute. Le Père Sylvain Brison a cette phrase parfaite qui résume en quelques mots la grandeur de l’homme et que je laisse à votre méditation : « L’humilité élève le cœur de celui qui écoute et contemple, de celui qui ne désire rien d’autre qu’entrer dans la vérité du Christ ». Ainsi soit-il !

Mgr Jean Scarcella