Homélies

30.12.2018 / La Sainte Famille

En ce dimanche de la Sainte Famille de Nazareth, plusieurs familles sont venues rendre grâce à la basilique de Saint-Maurice à l’occasion de la fête de Noël. Notre société actuelle se trouve en un tournant de l’histoire où les bases solides de la famille et du couple sont ébranlées et l’on parle même de « crise de la famille ». En partant des textes de la liturgie dominicale, le Père Symphorien propose de « méditer de façon particulière sur l’importance et sur les vertus essentielles de la famille ». Au centre de cette méditation, il y a l’amour : « C’est lui qui fait l’unité dans la perfection » (Col 3,14). Référence des lectures : 1S 1,20-22.24-28 ; Ps 84 ; 1Jn 3,1-2.21-24 ; Lc 2,41-52
Il n'y a malheureusement pas d'enregistrement de cette homélie.

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En cette fête de la Ste Famille, la Parole de Dieu nous fait méditer de façon particulière sur l’importance et sur les vertus essentielles de la famille.
Tout d’abord, la famille est le lieu où la vie se reçoit et se donne. La 1ère lecture nous présente Elcana et sa femme Anne qui, ayant conçu Samuel par la grâce de Dieu, allèrent le consacrer au Seigneur pour toujours. C'est pour nous rappeler que les enfants n'appartiennent pas seulement à leurs parents. Ils sont un don de Dieu et les parents n'en sont pas propriétaires, mais responsables.
Alors qu’il était encore évêque de Mantoue, le Pape Pie X rend visite un jour à sa mère. Au cours de leur conversation, le prince de l’Eglise, en un geste de plaisanterie, montre à sa mère son bel anneau épiscopal. Elle sourit un moment puis, tendant vers son fils sa main rugueuse, lui montre, à son tour, sa modeste bague de mariage en disant : sans cette bague, tu n’aurais certainement jamais eu la tienne ! Vous l’aurez compris, l’avenir de chaque personne se joue déjà dans sa famille, parfois même à son insu ! Aussi, l’avenir de notre société et de l’Église se trouve-t-il dans la famille, la plus vieille institution de l’humanité, la cellule ecclésiale de base ! Mais quelle famille ? Quel modèle de famille ? Et surtout, quel sens de la famille ? La Sainte Famille de Nazareth nous est donnée aujourd’hui comme modèle et idéal de la famille humaine et chrétienne.
La vie reçue et donnée en famille est un mystère dont nous devons nous émerveiller toujours, nous engager à sa défense et à sa protection, particulièrement en cette période de Noël où le Fils de Dieu est entré dans notre chair pour lui apporter un souffle divin. C’est ce que saint Jean nous donne à méditer dans sa première lettre quand il écrit : bien-aimés, voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes. Ce mystère de grâce, saint Léon le Grand l’exprimait ainsi dans une homélie de Noël : Chrétien, prends conscience de ta dignité. Puisque tu participes maintenant à la nature divine, ne dégénère pas en revenant à la déchéance de ta vie passée.
Dans l’Evangile, nous assistons au premier pèlerinage de Jésus. Fidèles à la législation (Ex 34, 23), qui prescrit à tout fidèle juif de se rendre à Jérusalem trois fois par an, les parents de Jésus l’amènent dans la Ville sainte alors qu’il a 12 ans, âge légal de la maturité religieuse. C’est au terme du pèlerinage de près d’une semaine que se produisit l’incident rapporté par Luc. La joyeuse célébration de Pâques a donc failli tourner à un drame familial. Mais ce jeune couple, surpris par les événements, nous révélera ses qualités exceptionnelles. Dans leur simplicité et leur spontanéité, ils nous montrent les dispositions essentielles que nous devons avoir en famille face à l’épreuve.
De fait, quand survient la crise, l’amour doit unir davantage. Devant l’absence inattendue de leur fils, Marie et Joseph ne cèdent pas à la tentation de s’accuser mutuellement. Malgré la fatigue, ils refont ensemble le chemin inverse à la recherche de Jésus. Ainsi, lorsque survient l’adversité, il faut se montrer solidaires en se faisant mutuellement confiance. Apprenons d’eux que l’amour vrai, non seulement encourage, mais aussi et affronte les difficultés avec l’autre.
Aussi, même dans le désaccord, l’amour garde la douceur. En retrouvant Jésus, Marie et Joseph ne laissent pas éclater leur colère, aussi légitime soit-elle. Marie, en bonne mère, se contente de faire part de leur inquiétude. Joseph, lui, garde le silence, comme toujours dans les Evangiles. Nous confondons si facilement vérité et agressivité. En réalité, celui qui aime sait trouver les mots justes, même pour exprimer son dissentiment.
De plus, pour être plus fort, l’amour parle à l’unisson. S’adressant à son fils, Marie lui parle au pluriel : mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois comme ton père et moi, nous avons souffert en te cherchant ! L’amour a le souci des autres, de l’ensemble. L’égoïsme au contraire isole et appauvrit.
Par ailleurs, même quand il ne comprend pas, l’amour garde le respect et accepte sa part d’inconnu. La réponse mystérieuse de Jésus étonne et bouleverse sans doute ses parents : comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? Ils n’ont pas saisi le sens de ces mots à la limite irrespectueux, pourtant ils les accueillent avec respect. Voilà bien une belle leçon d’humilité pour notre société où l’on n’aime pas être contrarié !
Enfin, en toutes circonstances, l’amour cherche à se dépasser. L’épisode s’achève par ces mots bien révélateurs : Il descendit avec eux pour se rendre à Nazareth, et il leur était soumis. Sa mère gardait dans son cœur tous ces événements. Quant à Jésus, il grandissait en sagesse, en taille et en grâce, devant Dieu et devant les hommes. Ainsi, dans le foyer de Nazareth, Jésus fait l’expérience humaine de l’obéissance et du don de soi qui le conduiront au sacrifice suprême de sa vie. La famille est le lieu de l’apprentissage de l’amour en actes et en vérité.
Puisse cette Eucharistie nous ouvrir au vrai sens de la famille humaine et chrétienne, dans un esprit d’amour, de confiance et d’humilité maintenant et dans les siècles des siècles. Amen !

Symphorien Mossé