Homélies

01.07.2019 / Ouverture du Congrès des Chanoines Réguliers à Sion

Congrès des Chanoines Réguliers de Saint Augustin à Sion : Mgr Jean Scarcella préside l’Eucharistie d’ouverture

Du lundi 1er juillet au vendredi 5 juillet s’est tenu dans la ville de Sion, le Congrès des Chanoines Réguliers de Saint augustin. Pour ces fils et filles de saint Augustin, évêque d’Hippone, suivant l’idéal de la vie parfaite à travers le foedus caritatis, ce fut un temps fort pour célébrer la vie canoniale et réfléchir sur le thème : « Nos spiritualités propres, contribution à la vie de l’Eglise ». C’est Monseigneur Jean Scarcella, abbé de Saint-Maurice d’Agaune, qui a présidé l’Eucharistie d’ouverture à l’Eglise Saint-Guérin. Nous publions ici le texte de son homélie.
Référence des lectures : Gn 18,16-33 / Ps 102 / Mt 8,18-22

Chers confrères et consœurs, chers frères et sœurs,
La Sequella Christi, se mettre à la suite du Christ, est certainement la manière la plus adéquate pour vivre notre vie chrétienne, et nous, frères et sœurs, notre vie de consacré, particulièrement.
Se mettre à la suite de quelqu’un veut dire que cette personne revêt pour nous une importance capitale. On peut suivre quelqu’un pour ses idées comme tel philosophe, on peut suivre quelqu’un pour son génie comme tel scientifique, on peut suivre quelqu’un pour sa pensée comme tel Père de l’Église – pour nous, bien évidemment saint Augustin ; et on pourrait encore trouver d’autres manières et raisons de suivre quelqu’un, comme un gourou pour sa doctrine ou tel autre pour ses attraits, ce qui peut toucher ici à la vie affective.
« Jésus : « suis-moi, et laisse les morts enterrer leurs morts ». « Suis-moi… » On ne sait précisément si ce disciple a fini par suivre Jésus, mais ce que disent les versets qui suivent notre péricope d’aujourd’hui, c’est que Jésus monta dans la barque et que ses disciples le suivirent : il s’ensuit l’épisode de la tempête apaisée, les flots battant les côtés de l’embarcation et Jésus qui dort… ce qui ne fit qu’augmenter la crainte de ceux qui le suivaient.
Qu’est-ce qui fait que l’on puisse suivre Jésus ? Que l’on décide de suivre Jésus ? Or, on sait bien qu’après plus ou moins chaque miracle que Jésus faisait, la foule de ceux qui le suivaient augmentait. On criait au prophète… au thaumaturge, peut-être même au gourou… lors de la plupart de ces événements tout le monde ne savait pas encore qui était vraiment Jésus.
Alors qu’est-ce qui fait que l’on suive Jésus ? Pour pouvoir suivre Jésus, il faut d’abord savoir qui il est, le connaître, l’écouter, le comprendre. Avant de nous mettre à suivre Jésus, il faut se dire que c’est lui qui nous suit ! Et ça, nous ne pouvons le savoir ; il nous suit jusqu’à ce que nous acceptions de nous arrêter et de vivre la rencontre. Avant de pouvoir suivre Jésus, il faut d’abord s’être laissé chercher et trouver par lui.
Voilà ce qui fait que l’on veuille suivre Jésus : la rencontre, le moment où il est devenu quelqu’un pour nous, le temps où son histoire s’est révélée à nous, l’instant où sa Parole a touché notre cœur. Et nous voyons bien ici qu’il n’y a rien d’extérieur à lui, comme le seraient les idées, le génie ou la pensée. Jésus vient à nous sans aucune arme à la main, il vient seul, avec lui-même.
Et c’est pourquoi cette rencontre, frères et sœurs, nous permet, non pas de découvrir quelqu’un qui se présente à nous, mais plutôt découvrir l’être même que chacun de nous est. Quand Jésus nous rencontre et que nous acceptons cette rencontre, que nous le recevons comme quelque chose d’essentiel pour notre vie, que nous commençons à ouvrir les yeux sur nous-mêmes, c’est nous-mêmes que nous découvrons. Voilà ce qui fait que nous voulons suivre Jésus : c’est qu’il nous révèle à nous-mêmes.
Et comment va-t-il y parvenir ? Sans signes, ni miracles, mais avec son cœur. Il va déposer l’amour de son cœur dans notre cœur, il va nous ouvrir à la dimension incroyable de l’amour, dont chacun de nous est doté – puisque c’est à cet effet que nous avons été créés –, il va nous faire prendre conscience de notre capacité d’aimer.
Rencontrer Jésus, c’est un peu naître à soi-même et devenir une personne libre, ne dépendant de rien, d’aucune idée, pensée, théorie, mais dépendant uniquement de cet amour, de Jésus, de Dieu. « Qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? La détresse ? L’angoisse ? La persécution ? La faim ? Le dénuement, Le danger ? Le glaive ? – nous affirme saint Paul (Rm 8,35.39) – qui termine en disant encore : Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur. »
Rencontrer Jésus, c’est découvrir l’amour et donc notre raison de vivre, puisque l’amour est à la racine de notre propre création, ce qui nous fait être, en dépendance à lui. Et puisque l’amour est notre raison d’être et qu’on le puise dans le cœur de Jésus que l’on a rencontré, et que pour vivre, notre vie en dépend totalement, eh bien, on n’a qu’une chose à faire si l’on ne veut pas mourir par manque d’amour, mais vivre assoiffés d’amour, c’est suivre Jésus !
1. Suivre Jésus rend libre. Ce n’est pas une liberté qui s’acquiert d’une quelconque manière ; la liberté que l’on a à suivre Jésus dépend, dès lors qu’on l’a rencontré, d’une volonté propre, qui s’avère alors être une réponse à son appel. Garder « les yeux fixés sur Jésus-Christ », c’est se déprendre de soi-même pour le retrouver, lui, en nous. Nous gagnons ainsi une liberté personnelle qui nous met en disposition de suivre le Christ.
2. Suivre Jésus réclame par ailleurs une certaine conscience de nous-mêmes en marche sur les routes du Seigneur, les chemins de nos vies chrétiennes. Si la liberté permet l’exercice de notre volonté, celle-ci est le chemin vers la décision. C’est pourquoi la conscience que l’on a de soi et de tout appel que Jésus peut nous faire, nous amène à le suivre. Dans ces conditions, on ne peut rien suivre au hasard, sans être capable de réflexion sur la raison qui nous y pousserait, pas plus que d’y aller les yeux fermés, dans une confiance passive et molle, sans avoir de vision qui nous sortirait d’un possible enfermement sans but, ni lendemain. Les yeux ouverts sur l’appel de Jésus établit tout mouvement de corps, de cœur et d’esprit dans la clarté de la foi.
3. Suivre Jésus demande aussi de l’engagement ; une fois la conscience des choses acquise, notamment l’appel de Jésus qui dit à chacun sa vocation, il faut se montrer disponible à agir. Mais attention, ici pourrait se manifester une nouvelle embûche, à savoir : Ok, j’y vais… je fonce… je prends les choses en main ! Mais pourtant, me direz-vous, suivre Jésus n’est pas un acte passif, après tout ce qu’on vient de méditer, en plus, et vous aurez raison ; alors rappelons-nous que Jésus nous fait advenir nous-mêmes à son image ; nous sommes icônes du Christ, disons-nous volontiers, c’est pourquoi c’est dans cette ressemblance que nous avançons à sa suite, et la ressemblance, dans l’adhésion à la Parole, à l’appel, aux sacrements, nous ne pourrons la réaliser que dans l’abandon. Cette Sequella Christi appelle notre constante conversion pour que toujours Dieu soit le premier servi.
Frères et sœurs, notre vocation de consacrés demande que nous nous laissions chercher par celui que nous cherchons, afin de le rencontrer toujours plus, jour après jours, qu’il nous installe dans notre liberté et, qu’en conscience, nous nous abandonnions à Lui pour pouvoir le suivre. La Sequella Christi, c’est suivre Jésus qui nous envoie, c’est une rencontre éternelle manifestée mais encore inachevée, qui se réalisera pleinement qu’au ciel, là où elle nous aura amenés, auprès du Père en sa demeure.

Mgr Jean Scarcella