Homélies

09.07.2019 / Mardi de la SRML (Evangélisation des peuples)

Messe pour l’évangélisation des peuples à la Semaine Romande de Musique et Liturgie : « Baptisés et envoyés » au nom de l’Evangile

Depuis le lundi, l’Abbaye de Saint-Maurice vit au rythme de la Semaine Romande de Musique et Liturgie (SRML). Au nombre des diverses célébrations liturgiques à l’ordre du jour, la messe pour l’Evangélisation des peuples, ce mardi, a porté une marque spéciale. Présidée par le P. Godfroy Kouégan, elle a été l’occasion de vivre un avant-goût des initiatives devant se dérouler lors du mois extraordinaire de la mission en octobre prochain. Rappelant son thème : « Baptisés et envoyés », le Père Godfroy à inviter les participants à la SRML à faire de la liturgie le haut lieu d’où découle la source qui éveille leur conscience missionnaire et qui les constitue « disciples-missionnaires ».
Référence des textes liturgiques : Ep 3,2-12 / Ps 18 / Mc 16,15-20

Chers frères et sœurs,
Lorsqu’il y a quelques jours, le Prieur m’a demandé de présider cette célébration, je n’ai pas pu m’empêcher de m’interroger pour savoir pourquoi faut-il une messe pour l’évangélisation des peuples au début d’une semaine consacrée à la musique et à la liturgie? Au même moment, je me suis rappelé une autre interrogation me venant d’un de mes étudiants à la fin de mon cours de liturgie consacré à l’Eucharistie: « Père, pourquoi nous parler de la mission alors que nous sommes là pour le cours sur l’Eucharistie ? »
Tenez ! Frères et sœurs, c’est seulement à cette question que je me suis rendu compte que pour aborder l’Eucharistie, je venais de consacrer toute mon introduction à la mission à partir de Luc 24, le récit des disciples d’Emmaüs. C’est dire la corrélation entre l’Eucharistie et la mission, et dans notre cadre, le lien indissociable entre liturgie et mission. Car en effet, c’est dans la liturgie que toute mission tire sa source et toute mission nous ramène à la liturgie, puisque l’art de bien célébrer Dieu est aussi une mission de chaque baptisé. Il va falloir y penser souvent pour ne pas vider nos célébrations de leur essence.
Penser à l’essence missionnaire de l’Eglise, c’est dire que son ADN en nous porte notre mode d’être et d’agir en homme nouveau baptisé dans le Christ. Et je comprends ainsi le thème du mois extraordinaire de la mission que nous célébrerons en octobre prochain : « Baptisés et envoyés ».
Célébrant la messe pour l’Evangélisation des peuples, je ne peux pas manquer d’évoquer ce thème qui déjà nous mobilise puisque demain nous méditerons le chapelet missionnaire que notre pape François nous propose à l’occasion de ce mois de la mission à venir. Comme le dit le livret liturgique de la SRML, nous devançons, anticipons ce qui sera célébré par toute l’Eglise en octobre prochain.
Frères et sœurs, figurez-vous que Missio, l’organe de la Conférence Episcopale Suisse qui pilote et développe tous les projets d’action de ce mois, nous indique qu’il nous faut (1) renforcer notre conscience missionnaire et (2) stimuler notre enthousiasme pastoral.
Il est donc important que nous prenions conscience de notre état de missionnaire qui découle en quelque sorte de notre baptême. Les mots me semblent trop faibles pour signifier cet « état » non seulement comme quelque chose que l’on est par l’effet d’un jour, mais quelque chose qui demeure en permanence. On a à être toujours en dynamique, en disposition et en tension missionnaire. C’est le mandat du Christ que nous venons d’entendre dans l’évangile : « Allez dans le monde entier. Proclamez l’évangile à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ». Envoyer pour annoncer l’évangile, recevoir l’évangile ou croire à l’évangile pour être baptisé, être baptisé pour être sauvé.
La mission est un mouvement qui nous met en marche comme la liturgie : « Allez », dit le Christ. Cet impératif résonnera au terme de cette eucharistie quand le prêtre nous renverra : « Ite missa est », que l’on a traduit en français : « Allez dans la paix du Christ ». Allez témoigner de ce que le Christ a fait pour vous ! Allez vivre de sa vie !
L’essentiel est que dans cet envoi, s’exprime ce que nous sommes. Et que sommes-nous ? Saint Paul répond dans sa lettre aux Ephésiens que nous avons lue, surtout le verset 7 : « De l’Evangile, je suis devenu ministre par le don de la grâce que Dieu m’a accordée par l’énergie de sa puissance ». Voilà ce que Dieu a fait de chacun de nous par pure miséricorde et par don de l’Esprit Saint. Grâce à l’Esprit Saint, en effet, nous entrons dans l’intelligence des écritures. Et vous re-entendrez cela tout à l’heure dans l’épiclèse après le chant solennel du Sanctus. Le prêtre va dire : « Quand nous sommes réunis en son nom : comme autrefois pour ses disciples, il nous ouvre les Ecritures et nous partage le pain ».
Chers frères et sœurs, si nous ne portons pas en nous le mystère des Ecritures, si la Parole de Dieu n’est pas vivante en nous, si nous ne la méditons pas, si nous ne demandons pas la grâce à Dieu de nous en donner la connaissance, la révélation, nous ne serons pas de vrais ministres, intendants fidèles des mystères sacrés. Et cela n’est pas réservé aux seuls prêtres, et missionnaires, mais à nous tous, chrétiens baptisés. Tous, oui ! Mais chacun à son titre et selon la grâce reçue. D’abord les ministres ordonnés (évêque-prêtre-diacres) et les laïcs. Chacun a sa part de mission selon l’organisation des fonctions et l’exercice des charismes dans l’Eglise.
Rappelez-vous qu’au cœur de chaque missionnaire doit toujours résonner cette parole forte de saint Paul « Malheur à moi, si je n’annonçais pas l’Evangile ».
Restons donc convaincus que par le baptême,
« nous sommes revêtus de la force d’en haut », et que rien ne pourra nous séparer du Père et du Fils, si paisibles dans leur gloire,
– ni les inquiétudes,
– ni les critiques,
– ni les séquelles du passé, personnel, familial ou communautaire,
– ni les écroulements du présent,
– ni les menaces sur l’avenir,
– ni les statistiques,
– ni les sondages d’opinion,
– ni les étroitesses des hommes,
– ni même nos chutes et nos propres misères ;
Rien ne pourra nous séparer de l’amour que Dieu nous a manifesté en nous donnant le Christ à aimer et à servir ».

AMEN !

Godfroy Kouegan