Homélies

28.06.2019 / Sacré-Coeur de Jésus

Solennité du Sacré-Cœur de Jésus : « Jésus est le Cœur de son Père, le cœur de son pardon, le cœur de sa passion »

La solennité du Sacré-Cœur offre à l’Eglise le cadre favorable pour approfondir davantage le mystère de l’amour de Dieu qui s’est manifesté en son Fils Jésus-Christ. C’est Mgr Jean Scarcella qui a présidé la messe de cette solennité. Occasion pour lui d’appeler les fidèles à contempler dans le Cœur de Jésus ouvert au monde : « le cœur de son Père, le cœur de son pardon, le cœur de sa passion… ».
Référence des textes liturgiques : Ez 34,11-16 / Ps 22 / Rm 5,6b-11 / Lc 15,3-7

Mes sœurs, mes frères,
Bien plus qu’un simple regard attentif que l’on poserait sur quelqu’un qui a « bon cœur », contempler le Sacré-Cœur de Jésus c’est entrer dans l’entier du mystère de la Rédemption, c’est aller au fond de son cœur. Un cœur à cœur avec Jésus est bien plus qu’une intimité à partager entre les hommes, c’est aller au cœur de son cœur.
Sainte Mechtilde, mystique du Moyen-Âge, disait : « Qu’y a-t-il, en effet, que mon Cœur divin ne puisse rendre meilleur, puisque tout bien au ciel et sur la terre découle de la bonté de mon cœur ? » En Jésus nous découvrons le cœur du Père, par Jésus nous apprenons la miséricorde dans son cœur de pardon, avec Jésus nous vivons le cœur de la passion ; le cœur de son Père, le cœur de son pardon, le cœur de sa passion…
Contempler le Sacré-Cœur de Jésus, c’est aller chercher les traits mêmes du visage du Père : « Qui m’a vu, a vu le Père » (Jn 14,9) a dit Jésus à Philippe. Le cœur de Jésus est forgé par l’amour du Père, il est rempli de l’amour du Père. Contempler le Sacré-Cœur de Jésus, c’est découvrir un Père qui nous aime en Jésus, le bon berger. Dans le livre du prophète Ezéchiel le Seigneur Dieu parle comme un Père pour qui l’amour n’est pas seulement d’aujourd’hui, mais pour demain, pour chaque aujourd’hui de lendemains. Dans ce passage biblique l’attitude paternelle est marquée par les verbes qui sont tous au futur : « Je veillerai sur mes brebis… j’irai les délivrer… je les ferai sortir… je les rassemblerai… je les ramènerai… je les ferai paître… je ferai reposer mon troupeau… » Voilà le souci de l’amour, voilà la marque d’un Père aimant, voilà l’image de ce cœur qui non seulement transparaît dans ses actes, mais s’incarne dans le cœur de Jésus, le bon berger : « Je suis le bon pasteur » (Jn 10,11) a-t-il dit, je vous aime avec un cœur de Père.
Et puis contempler le Sacré-Cœur de Jésus, c’est découvrir la force du pardon. Le cœur est non seulement le lieu de l’amour, mais, malgré son côté immatériel – pourrions-nous dire – il en est l’incarnation. Et une des plus belles manifestations de l’amour c’est bien le pardon. Et la force du pardon est œuvre de l’Esprit Saint. Paul le dit sans ambages et d’une façon quasi lapidaire : « L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné ».
Contempler le Sacré-Cœur de Jésus, c’est se laisser remplir de son amour, véhiculé par l’Esprit Saint. Cet amour même qui unit le Père à son Fils, et le Fils à son Père. Cet amour qui est, frères et sœurs, l’unique carburant pour faire avancer notre vie de chrétien jusqu’au cœur de nous-mêmes et jusqu’au cœur de Dieu, en Jésus. Jésus qui a ouvert son cœur pour nous révéler la Parole d’amour du Père : « Tout près de toi est la parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur » (Rm 10,8), nous rappelle Saint Paul. Disant cela, il se réfère au Prologue de l’Évangile de Jean : « Au commencement était le Verbe » (Jn 1,1), la Parole de Dieu. Jésus qui, aussi s’est laissé ouvrir le cœur par le coup de lance, pour que coule le sang rédempteur, infini pardon pour le péché du monde.
Aussi enfin, contempler le Sacré-Cœur de Jésus c’est entrer avec lui dans sa Passion. Et cela ne devrait pas être un acte volontariste ou même héroïque : entrer dans la passion du Christ, c’est se laisser retrouver par lui quand nous nous sommes égarés, comme la brebis perdue de l’Évangile. C’est se laisser retrouver par lui et accepter qu’il nous prenne sur ses épaules, tout joyeux de nous ramener chez lui pour se réjouir avec tous ceux qu’il aime. Se blottir, certes en confiance et en sécurité sur les épaules du Christ, c’est reconnaître le pardon de notre péché, mais ce pardon, nous l’acquérons qu’unis à son sacrifice de la croix : « Avec le christ, je suis crucifié. Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2, 19-20) dira saint Paul.
Oui, frères et sœurs, contempler le Sacré-Cœur de Jésus, c’est aller librement au cœur de sa passion pour manifester le salut qu’il nous offre par le don de sa vie sur la croix. Il est venu pour nous sauver, non tous ensemble, d’un coup comme ça, mais chacun d’entre nous, laissant à chaque fois les 99 autres brebis « pour aller chercher celle qui est perdue ». C’est pourquoi cette contemplation de la passion de Jésus en son cœur transpercé est une démarche personnelle, celle qui mène à l’adoration, parce que le mystère trop grand pour qu’on le comprenne ; il est juste là pour qu’on y adhère. Sainte Mechtilde fit parler Jésus ainsi : « aime avec l’amour qui m’a fait tout souffrir volontiers et librement ». C’est avec ce même amour que nous pouvons aller au cœur de l’amour du Père. Reconnaître le cœur de son pardon et pénétrer au cœur de sa passion. Père, pardon, et passion, 3P au cœur du mystère trinitaire révélé par « ce cœur qui a tant aimé les hommes » (Sainte Marguerite-Marie Alacoque).
Ainsi soit-il !

Mgr Jean Scarcella