Homélies

23.06.2019 / 12e dimanche ordinaire

« Pour vous, qui suis-je ? » : la dimension de la croix dans la vie du chrétien

La célébration eucharistique en ce 12e dimanche du Temps Ordinaire est présidée par le Chanoine Antoine Salina. En ces débuts des vacances d’été, le chanoine Antoine propose que les chrétiens prennent le temps de répondre à la question du Christ : « Pour vous qui suis-je ? » avec un double réalisme : la prise de conscience que la dimension de la croix est bien intégrée à la vie du chrétien et reconnaître que ce qu’est le Christ, nous le sommes aussi de par le baptême. Et donc, il faut en témoigner durant ce temps de repos qu’est l’été.
Référence des textes liturgiques : Za 12,10-11.13,1 / Ps 62 / Gq 3,26-29 / Lc 9,18-24

Frères et sœurs,
« Pour vous, qui suis-je ? » Après les guérisons spectaculaires, la multiplication des pains, Jésus interroge ses disciples ! Après tout ce que les foules ont entendu et vu des miracles de Jésus, qui est-il pour eux ? Pour les foules : Jean Baptiste (persécuté par Hérode). Elie le prophète enlevé au ciel sous le regard d’Elisée. Déjà pointe l’idée de la Résurrection !
En outre Elie n’a-t-il pas opéré le miracle de la multiplication des pains auprès de la veuve de Sarepta ?
« Et pour vous ? » qui résonne aussi comme un « Et pour nous ? » qui est le Seigneur ? C’est Pierre – comme toujours serions-nous tentés de dire – qui répond : « Tu es le Messie de Dieu ! » Celui que tout le monde attendait.
Mais pourquoi le Christ, somme toute, ne veut-il pas être reconnu comme tel par les foules ? Parce qu’il n’est pas question de se révéler comme un Messie triomphant, un Messie selon la gloire du monde. Christ lui-même veut ouvrir ses apôtres à sa véritable Mission qui passe par le Service et le contraire de la Puissance.
« Il faut… » Comment comprendre ce « Il faut » ? L’écriture et le Père l’exigent : le chemin du Fils passe par la souffrance, le rejet, la mort, l’anéantissement. Il faut que la foule soit prête à recevoir cette vérité. Ainsi, il n’est pas question que la mission du Christ s’arrête à l’entrée triomphale du dimanche des Rameaux. La mort est au bout du chemin.
Toute l’Ecriture depuis la Genèse est tendue vers ce moment ultime de la Mort du Fils. Pour que, à la suite du Christ Ressuscité, l’humanité revive de la vraie vie, la croix est le passage obligé pour que nous soyons sauvés de nous-mêmes, de nos larmes et de nos violences.
Ainsi que le dit le prophète Zacharie après l’exil à Babylone : « Le Seigneur enverra son Esprit qui fera monter en nous bonté et supplication. »
« En ce jour-là » : cela sonne comme une révélation ultime même si depuis l’exil, il n’y a plus de roi, plus de descendant de David. Le prophète nous met en présence de la passion, du rejet, de la mort. Cette vérité entraîne paradoxalement la conversion, la prise de conscience.
« Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé ». Celui dont il s’agit, c’est Dieu transpercé par le péché du monde. Pour nous, c’est le Christ, le Christ de la Croix. Ainsi passons-nous chez Zacharie du rejet à la conversion des cœurs, la prise de conscience du meurtre.
Frères et sœurs, ces lectures sont aussi pour nous. Au fur et à mesure que nos cœurs s’ouvrent, nous sommes appelés à découvrir nos complicités, nos indifférences. Mais ce n’est pas pour nous amener au désespoir.
Continuons le passage : « Une source jaillira pour la maison de David et pour les habitants de Jérusalem ; elle les lavera de leur péché »
« Pour vous, qui suis-je ? » et finalement, cela revient aussi à réfléchir sur ce que nous-mêmes, nous sommes. Si le Christ est bien le Messie, Celui-là même que confesse Pierre, alors nous-mêmes qui sommes identifiés comme chrétiens par le fait même de notre baptême, appartenons-nous suffisamment au Christ pour reconnaître celui-là même qui est monté sur la Croix, qui a été transpercé et qui finalement nous propose la vie, source jaillissante en Vie éternelle.
Cet été qui commence et peut-être nous apportera un peu plus de temps est à considérer comme une invitation à reconnaître ce que nous sommes, notre lien avec le Christ, une affirmation claire de notre identité qui ne doit pas nous arrêter au repentir, aux rejets de ne pas avoir mieux fait, aux sentiments de culpabilité.
Reconnaître le Christ-Messie, « revêtir le Christ », comme dit Paul, nous amène évidemment plus loin qu’une simple adhésion de l’intelligence. Etre Chrétien, c’est aussi et surtout accepté cette dimension de la Croix, accepter l’enfouissement du grain, être capables de mourir à nous-mêmes pour sauver notre vie.
Frères et sœurs, prenons le temps de méditer cette dimension pour que le monde en nous voyant soit lui-même renvoyé à ses propres interrogations.
Amen !

Antoine Salina