Homélies

25.12.2018 / Jour de Noël

« Le silence et la lumière » : C’est ainsi que Mgr Jean Scarcella a voulu titrer son homélie lors de la Messe du Saint Jour de Noël à la Basilique de Saint-Maurice. En effet, Noël constitue un appel à « écouter le silence nimbé de lumière ». C’est le message de la crèche où Dieu-Enfant nous transmet gracieusement notre filiation divine, notamment par le Baptême. La joie de Noël nous introduit dans l’ineffable de ce mystère où s’accomplit notre filiation : nous avons part à la vie même de Dieu. Les chrétiens de la basilique sont entrés dans cette joie en chantant Noël avec le Chœur Grégorien d’Agaune qui a assuré l’animation de cette célébration eucharistique. Référence des textes liturgiques : Is 52,7-10 / Ps 97 / He 1,1-6 / Jn 1,1-18

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Ecoutez, frères et sœurs… écoutez ! Le silence… Le silence nimbé de lumière. Les anges de la nuit se sont tus et se prosternent, les moutons des bergers ont cessé de bêler et se sont endormis, les bergers, comme Joseph, sont là, pris de ravissement, et Marie garde tout cela dans son cœur, un doux sourire aux lèvres. La crèche de Bethléem, en ce matin de Noël est devenue silence, elle est devenue un lieu de création où le silence, écrin pour la Parole, la porte à sa naissance. Et tout ce qu’on entend, c’est l’éclat de la lumière. Dans les ténèbres Dieu dit, il parla, et la lumière fut. Au milieu des ténèbres du péché naissait alors la vie, lumière pour les hommes. Une lumière qui désormais « brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée » ; et elle ne cessera jamais, frères et sœurs. Jamais, tant que l’homme vivra de Dieu en Jésus, celui par qui « tout est venu à l’existence ». Le silence porte la Parole, et la Parole dit la lumière, pas à pas, comme ceux « du messager qui annonce le salut » ; et c’est pourquoi ces pas sont beaux. Ils sont beaux de lumière, cette lumière qui, silencieusement, donne naissance à la Parole, le Verbe fait chair, lui qui « annonce la paix, qui porte la bonne nouvelle, qui annonce le salut », Jésus, le Fils de Dieu.
Frères et sœurs, ce matin nous dépassons la jolie image d’Epinal nous donnant à contempler la crèche et à nous attendrir sur un nouveau-né emmailloté et couché sur la paille d’une étable, aujourd’hui nous allons au-delà d’une réalité de faits avérés et rapportés par l’Écriture sainte, pour entrer dans le mystère. De l’évidence de la compréhension d’un événement marquant de notre temps, nous passons à la foi de l’acceptation d’un don de Dieu pour l’éternité : Jésus, salut pour le monde (Lc 1, 31-32). « Tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut », a dit l’ange Gabriel à la jeune fille vierge du nom de Marie. Ieshoua, Jésus, ce qui veut dire « Dieu sauve ». Cet enfant de la crèche, frères et sœurs, est déjà l’homme de la résurrection, et le silence de Bethléem, celui de Gethsémani, et la lumière de la nuit de Noël, celle de l’aube de Pâques.
Entre ces deux moments du temps, il y a déjà comme une éternité anticipée, c’est-à-dire que la Parole faite chair annonce aux hommes sur la terre le chant de l’éternité. Voilà le mystère dans lequel nous fait entrer Noël : Dieu est né enfant parmi les hommes, pour faire des hommes des enfants appelés à naître auprès de Dieu. C’est ni plus, ni moins le mystère de notre salut que nous fêtons aujourd’hui, frères et sœurs.
Alors, c’est joli et touchant de s’attendrir sur l’enfant de la crèche, oui bien sûr, et c’est normal, ça appartient à notre nature humaine, mais nous devons maintenant nous attendrir sur notre nature divine en devenir, c’est-à-dire sur notre essence de fils et filles de Dieu dans le Fils, « Verbe fait chair, qui a habité parmi nous et dont nous avons vu la gloire », « la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité », nous dit saint Jean ce matin. La gloire de Dieu est donc là, dans le silence de la crèche, manifestée par la lumière, celle que la présence des Rois mages attestera d’ailleurs ; cette même gloire éclatera lors du jugement, au Jour de Dieu, et tous les hommes, comme le prophétisa Isaïe parlant des guetteurs, tous crieront de joie « car, de leurs propres yeux, ils voient le Seigneur qui revient à Sion » ; ils voient la lumière de la vraie vie, celle de la gloire de Dieu.
Ne l’oublions pas, frères et sœurs, cette lumière est celle que nous avons reçue à notre baptême ; le cierge de notre baptême n’est pas simplement une jolie bougie que bébé aura de la joie à éteindre en soufflant dessus, non ! Ce cierge est le symbole de notre salut, reçu à notre baptême par la vie même de Dieu venue en nous, et dont la flamme est, au contraire, à maintenir vive et allumée. Dès ce moment nous devenons fils du Père et disciples du Fils, car c’est en lui que se manifeste notre filiation divine, lui, « le Fils, qui porte l’univers par sa parole puissante […] : Tu es mon Fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré », nous rappelle la Lettre aux Hébreux lue à l’instant. Et saint Jean renchérit en disant : « À tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. […] Ils sont nés de Dieu ». Voilà frères et sœurs, là est tout le sens de notre baptême qui nous fait enfants de Dieu, certes, mais par lequel Dieu nous « donne le pouvoir de le devenir », nous a bien précisé saint Jean.
Alors laissons la lumière de ce mystère insondable illuminer notre foi, de telle sorte que notre foi illumine nos vies et le monde. Devenons des Jean-Baptiste, frères et sœurs, rendons témoignage à cette lumière venue dans le monde, car « tous nous avons [eu] part à sa plénitude, nous avons reçu grâce après grâce », et nous en recevons encore pour accomplir dignement notre vocation de chrétiens, fils et filles de Dieu appelés à annoncer le salut par le monde dans la « grâce et la vérité venues par Jésus-Christ ».
Notre baptême, à l’image de Jean le Baptiste, nous fait guetteurs, ceux dont la voix doit se faire entendre, dirait Isaïe avec ces mots : « Écoutez la voix des guetteurs : ils élèvent la voix, tous ensemble ils crient de joie ». La joie de l’annonce du salut, celle qui nous en fait percer le mystère.
Ainsi soit-il !

Mgr Jean Scarcella