Homélies

20.06.2019 / La Fête-Dieu

Solennité de la Fête-Dieu : « Donnez-leur à manger »

« La croix devant moi, le monde derrière moi, j’ai décidé de suivre Jésus sans reculer », chantent les nouveaux communiants au terme de la célébration eucharistique en cette solennité de la Fête-Dieu. Pour la circonstance, Mgr Jean Scarcella a invité Mgr Denis Theurillat, évêque auxiliaire du diocèse de Bâle et ancien élève du Collège de l’Abbaye de Saint-Maurice. Mgr Denis dans son homélie s’interroge sur la fréquence des célébrations eucharistiques. Le défi selon lui est la réponse que les fidèles donnent aujourd’hui encore à l’appel de Jésus : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ». Référence des textes liturgiques : Gn 14,18-20 / 1Co 11,23-26 / Lc 9,11b-17

Chers confrères, chères sœurs et chers frères,
Aujourd’hui plus que jamais, me semble-t-il, l’eucharistie retient particulièrement notre attention et celle de tant de croyants, chez nous comme partout à travers le monde, car, au cœur de notre foi et de la foi des fidèles, elle demeure d’une importance vitale : importante vitale, que nous rappelle une fois de plus la Fête-Dieu, célébrée en ce jour.
Parmi plusieurs points d’attention que suscite en nous l’eucharistie, il en est deux que j’aimerais particulièrement mentionner en ce jour de fête.
- Le premier : la fréquence des célébrations de l’eucharistie
- Le deuxième : un message de Jésus, lequel nous est donné très clairement dans l’Evangile que nous venons d’entendre.
Le premier point d’attention : la fréquence des célébrations de l’eucharistie (ou la régularité de la célébration de l’eucharistie mise en danger).
- Il y a des régions du monde, où l’eucharistie est célébrée, comme toujours, tellement régulièrement. Quelle grâce ! C’est tant mieux. Il y a tant d’autres régions – particulièrement dans les lieux de mission – où l’eucharistie est célébrée beaucoup moins souvent, même parfois rarement.
- Chez nous, dans le diocèse de Bâle, il y a des paroisses, même importantes au niveau du nombre de fidèles, où l’eucharistie n’est plus célébrée chaque dimanche. Qu’est-ce que cela signifie ? Cela est aussi vrai dans certains monastères, où les sœurs où les frères n’ont plus le privilège de vivre l’eucharistie chaque jour.
De telles situations donnent beaucoup à penser, car l’eucharistie, célébrée, aujourd’hui, a toujours la même signification que celle, célébrée hier. Elle est la vie du Seigneur, offerte à tous ceux et celles qui la reçoivent alors comme nourriture spirituelle sur leur chemin de vie. Elle est cette Présence, de laquelle nous nous laissons façonner par les paroles, que Jésus lui-même a prononcées lors de l’institution de l’eucharistie. Ces paroles ont marqué l’apôtre Paul – nous l’avons entendu – puisqu’il les rapporte avec insistance aux Corinthiens, lesquels, pour beaucoup d’entre eux, ont de la peine à suivre son enseignement : « Moi, Paul, j’ai moi-même reçu ce qui vient du Seigneur et je vous l’ai transmis. Je vous ai transmis ce qui vient du Seigneur, qui dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. Et encore bien sûr : « Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi ».
Alors oui, la fréquence de l’eucharistie, quotidienne à certains endroits, plus ou moins régulières et même rares à d’autres endroits, met l’Eglise devant une grande réflexion. Vous avez sûrement pu lire, comme moi, cette information qui n’est pas des moindres, au sujet du Synode sur l’Amazonie, qui se déroulera en octobre prochain. Ce synode, explique le sous-secrétaire du Synode des Evêques, Mgr Fabio Fabene, devra notamment trouver des réponses à la « souffrance très profonde » des communautés indigènes isolées et donc privées d’accès aux sacrements pendant de longs mois, voire plus ». En effet, insiste-t-il, « l’Eglise fait l’eucharistie et l’eucharistie fait l’Eglise », en reprenant la pensée du théologien le Père Congar.
Au vu de cette réalité concrète, il y a alors un message de Jésus, lequel ne manque pas de clarté, dans ce récit de la multiplication des pains… dans ce récit à la saveur eucharistique. Ce message, je le considère comme annonciateur du Pain de la Vie, qui vient de Jésus et qui est à partager avec les siens, avec la multitude, en commençant par ceux qui ont faim. Ce message, c’est alors la réponse que Jésus donne aux disciples, lesquels lui demandent de renvoyer la foule, afin qu’elle trouve elle-même de quoi « se loger » et « trouver » des vivres. Jésus leur dit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ». Vraiment, quelle réponse saisissante. Il n’est pas question, dit Jésus, de renvoyer la foule, laquelle nous a suivis jusqu’ici. Non il faut donner à manger à tous ces gens.
Jésus ne leur dit pas : « Donnons-leur à manger ». Ce n’est pas sa réponse. Non. Il leur dit : « Donnez-leur à manger ». Les disciples n’ont pas à se soucier de la substance, de l’essence de la nourriture, ni de sa quantité, si je puis dire ainsi. Le Seigneur y pourvoit. Il est le Maître. Ils ont à préparer le repas, à le vivre et le partager avec la foule. Oui, depuis Melkisédek, le Grand-Prêtre, qui avait déjà offert le pain et le vin jusqu’à nous, le Seigneur pourvoit à la substance de cette nourriture et à ce qu’il y en ait assez. Il est le Maître.
« Donnez-leur à manger », dit Jésus. N’est-ce pas alors aujourd’hui le même appel que jésus lance aux responsables de l’Eglise, en ce qui touche l’eucharistie : « Donnez-leur à manger ». Avec d’autres mots : l’Eglise a la mission et, je dirai, la grande responsabilité de faire en sorte que l’eucharistie soit célébrée, afin que la foule ait à manger… soit même rassasiée. « Sa présence, le Seigneur la donne lui-même et en suffisance ».
Cet appel « donnez-leur à manger », je le vis alors aussi comme un appel à la prière pour les vocations presbytérales, religieuses et missionnaires. Car sans le ministère ordonné, il n’est pas possible – nous le savons bien – d’offrir ainsi le repas eucharistique.
Chères sœurs et chers frères,
Il est légitime, me semble-t-il que nous nous fassions du souci au sujet de la fréquence des célébrations de l’eucharistie, car il est indispensable que l’eucharistie – ce grand mystère de la foi – continue puisqu’elle façonne les cœurs et construit l’Eglise. Elle dit Dieu cœur de l’Eglise et du monde.
Puisse cette Fête-Dieu soit dans cette eucharistie que nous célébrons en ce lieu, soit lors de la procession, faire naître en nous la prière de demande, afin que les femmes, les hommes, les enfants et les jeunes, ne soient jamais privés du pain de la vie et de la Coupe du salut. Puisse cette Abbaye continuer d’être le témoin vivant de l’eucharistie, offerte à tous ceux qui ont faim et qui viennent ici pour être rassasiés par ce Pain de vie.
Jésus dit à ses disciples : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ». Ces paroles sont adressées à nous aujourd’hui.
Amen.

Mgr Denis Theurillat