Homélies

09.06.2019 / Pentecôte

Confirmation à la Basilique de Saint-Maurice : « A la Pentecôte, l’Esprit nous bouleverse et nous expérimentons un bonheur indicible »

En la solennité de la Pentecôte, Mgr Jean Scarcella a donné le sacrement de la confirmation à quatre adultes. « Voici arrivé le moment de grâce pour ceux qui vont être confirmés. Occasion pour les adultes de renouveler en leur cœur l’accueil de l’Esprit Saint », déclare Mgr Jean. Il s’agit de Aude (Montricher), Céline (Saxon), Gabriella (Saint-Maurice) et Ambroise (Charens). Puis, Mgr Jean va longuement prier en étendant les mains sur eux : « Donne-leur en plénitude l’Esprit qui reposait sur ton Fils Jésus… remplis-les de l’Esprit d’adoration ». La Pentecôte célèbre justement la descente du Défenseur que le Christ Jésus a promis de répandre sur ses disciples après sa résurrection. Aujourd’hui, l’Eglise entière vit sous la mouvance de l’Esprit de Pentecôte : « Aujourd’hui nous sommes bousculés par l’Esprit, et nous expérimentons un bonheur indicible », dit Mgr Jean dans son homélie où il médite les textes liturgiques suivants : Ac 2, 1-11 / Ps 103 / Rm 8, 8-17 / Jn 14, 15-16.23b-26

Mes sœurs, mes frères, chers confirmands,
Il me semble que, au jour des grands événements de la vie de Jésus et de l’Église qui jalonnent notre année liturgique, il y a différentes ambiances ; elles nous mettent en différentes postures et nous font réagir différemment. En effet, à Noël nous sommes émerveillés devant le mystère de l’Incarnation, et nous restons ravis en silence. À Pâques nous restons interdits devant le mystère de la Résurrection, et nous vivons l’incroyable espérance. Ensuite, à l’Ascension, nous demeurons bouche bée devant le mystère de l’homme en Dieu, et nous ressentons une part de solitude. Et à la Pentecôte, aujourd’hui – oui, aujourd’hui, parce que c’est la fête de l’aujourd’hui de Dieu, c’est chaque jour l’aujourd’hui de l’Église qui vit de l’Esprit donné, partagé, continué – aujourd’hui nous sommes bousculés par l’Esprit, et nous expérimentons un bonheur indicible.

Le silence de la création est l’œuvre du Père qui crée le monde et nous donne son Fils à Noël. L’espérance de la vie est l’œuvre de Jésus qui nous révèle la vie éternelle à Pâques. La recherche dans la solitude est cette part d’inconnu laissé à l’homme pour qu’il se prépare à renaître au moment où Jésus part au ciel. Le bonheur est le chemin qui conduit à Dieu sous la houlette et dans la personne même de l’Esprit Saint, l’Esprit de Pentecôte.

Au jour de son ascension au ciel Jésus avait dit à ses Apôtres : « Vous allez recevoir une force quand l’Esprit viendra sur vous ; alors vous serez mes témoins à Jérusalem […] et jusqu’aux extrémités de la terre. » (Ac 1,8) C’est celle qui apparaît être la dernière parole prononcée par l’homme Jésus sur cette terre. Certes il l’avait préparée puisque, nous venons de l’entendre dans l’Évangile : « Je vous parle ainsi tant que je demeure avec vous ; mais le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. »

Que veut dire Jésus en parlant de ”souvenir” ? Ouvrir un album de photos et revoir, en les commentant, les bons moments passés avec lui sur cette terre ? Certainement pas, car ce souvenir, comme le disait saint Augustin, est “le présent du passé” ; le souvenir n’est pas un événement d’hier, mais d’aujourd’hui et de tous les aujourd’hui.

Alors « la maison où ils étaient fut remplie » d’un bruit comme un violent coup de vent » et tous furent remplis de l’Esprit Saint : le Défenseur que Jésus avait promis, cet autre lui-même en quelque sorte, pour que les Apôtres, les disciples et l’Église naissante, comme celle de tous les temps, puissent cheminer avec bonheur dans la lumière de la Révélation.

Notons l’importance donnée à ce don de l’Esprit Saint qui remplit les Apôtres. Ce même Esprit envahit l’homme désormais au jour de son baptême ; s’il l’envahit et le remplit ; cela veut dire qu’il prend toute la place ! Comme les Apôtres au jour de l’effusion de l’Esprit, leur baptême dans l’Esprit Saint, chacun de nous à l’heure de notre baptême nous vivons le don de la Pentecôte. Et nous sommes remplis de l’Esprit, jusque dans les derniers recoins de notre être.

Mais comment un esprit peut-il prendre matériellement de la place, alors qu’il est esprit et donc immatériel dans le contexte de notre création ? Souvenons-nous de la parole de Paul aux Romains : « L’Esprit de Dieu habite en vous », et celle de Jésus entendu à l’instant : « Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous. Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui, et, chez lui nous ferons une demeure. » En d’autres termes : nous remplirons son cœur, sa vie, son être tout entier de nous-mêmes, c’est-à-dire d’amour. Et cet amour a un nom : l’Esprit Saint !

Mais vous me direz que l’amour n’est pas plus matériel que l’Esprit, et vous aurez raison. Sauf que l’amour, contrairement à l’Esprit qui est une personne divine, n’est pas un ”en-soi”, mais un ”par-soi”, c’est-à-dire qu’il se manifeste par et dans la vie de ceux qui en sont remplis. Et il se manifeste d’une manière tellement extraordinaire qu’il peut être compris de tous : « Ils étaient en pleine confusion – nous relatent les Actes des Apôtres – parce que chacun d’eux entendait dans son propre dialecte ceux qui parlaient ». Et que parlaient-ils comme langue ceux-là ? Eh bien le patois de Galilée, me direz-vous ! Je pense que non, parce que – dit encore le texte – chacun les entend dans son propre dialecte, sa langue maternelle… rajoutent-ils… chacun entend un langage étranger dans sa langue maternelle : le langage était-il alors si étranger ? Il est le langage de la mère, de celle qui a donné la vie… or le don de l’Esprit que Dieu fait à ses Apôtres et à chacun de nous au jour de notre baptême est un don de vie et d’amour. Et l’amour est un langage universel. Mais attention… qui ne se comprend que vécu ou traduit par notre vie.

Voilà le mystère de la Pentecôte chers amis, mes frères, mes sœurs, ce don de Dieu-Amour, comme l’était Jésus sur terre, ce don qui nous fait prendre le relais et qui veut faire de nous des témoins, à la manière des athlètes de courses de relais qui se passent le témoin ! Nous sommes remplis de l’amour, si bien qu’il ne doit plus y avoir en nous aucune place pour autre chose, si l’emprise de l’amour est vraiment totale !

Alors appelons aujourd’hui sur nous, particulièrement sur les confirmands de ce jour et sur toute l’Église, une nouvelle Pentecôte. Ouvrons nos cœurs à l’effusion de l’Esprit qui fait de nous des témoins « jusqu’aux extrémités de la terre ». Parlons Amour avec la langue de l’amour, vivons Esprit avec les gestes de l’amour, soyons les fils engendrés par l’Esprit et crions ”Abba”, « c’est-à-dire : Père ! » Puis, frères et sœurs, – et saint Paul nous le dit avec force : « C’est donc l’Esprit Saint lui-même qui atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Puisque nous sommes ses enfants, nous sommes aussi ses héritiers ». Laissons-nous remplir de cet Esprit, afin de pouvoir, à notre tour, attester de l’amour de Dieu pour chacun, devenant témoins pour la gloire de Dieu et le salut du monde.
Ainsi soit-il !

Mgr Jean Scarcella