Homélies

02.06.2019 / Pèlerinage aux Saints d'Afrique

Pèlerinage aux Saints d’Afrique : le Togo est à l’honneur

Pour la nouvelle édition 2019 du Pèlerinage aux Saintes et aux Saints d’Afrique à Saint-Maurice, les organisateurs ont voulu honorer le Togo. Mgr Jean Scarcella a présidé la solennelle messe du pèlerinage, ce dimanche 3 juin. En accueillant les pèlerins, Mgr Jean leur a demandé d’inscrire leur démarche dans la prière et d’action de grâce à Dieu pour la vie de témoignage des Martyrs d’Afrique dont l’Abbaye garde les saintes reliques. C’est au Père Godfroy Kouegan du clergé d’Aného (Togo), en séjour sabbatique à l’Abbaye, que Mgr Jean a demandé de prêcher lors de la messe du pèlerinage. Vous pouvez lire ici le mot d’accueil de Mgr Jean Scarcella et l’homélie du Père Godfroy Kouegan.

Chers pèlerins venus des quatre coins de la Suisse!
Vous emportez ici, dans cette Basilique des Martyrs qui abrite des reliques de Saint Maurice, ses compagnons et de Saint Charles Lwanga, l’arc-en-ciel d’une multiculturalité africaine qui ensoleille notre pays! Bravo et merci!
Vous venez ici le cœur plein d’amour pour l’Eglise de Jésus-Christ, l’esprit heureux de rendre grâce au Seigneur pour tous les bienfaits reçus, et le corps prêt à danser pour exprimer la prière qui vous anime, la prière de tous vos mercis, de toutes vos demandes, de toutes vos intentions, cette prière qui a suscité votre démarche d’aujourd’hui.
Chers pèlerins d’ici et d’ailleurs, chers confrères dans le sacerdoce, soyez tous les bienvenus à cette messe de louange ici, à Saint-Maurice sur la tombe des martyrs. Nous prierons d’une manière particulière avec l’Eglise qui est au Togo, et c’est un de ses fils, le Père Godfroy Kouegan, Recteur émérite du Grand Séminaire de Lomé, qui nous commentera l’Ecriture Sainte de ce 7e dimanche du temps pascal.
Mgr Jean Scarcella.

HOMELIE

Chers frères en sœurs,
En voyant toute cette sainte assemblée, je me suis dit : Oui, l’Afrique est vivante dans l’Église et sera fidèle aux paroles prophétiques que le pape Benoît XVI lui a donné lors du deuxième Synode de l’Afrique sur la Justice, la Paix et la Réconciliation. Le pape disait en effet : « L’Afrique est le poumon spirituel de l’Église ». « Poumon spirituel » a dit le pape? Effectivement c’est cela. En même temps qu’un honneur, cela nous engage à une grande responsabilité d’assurer la bonne qualité de la respiration de l’Eglise et de permettre au monde de se porter bien. La vie du monde dépend-elle du peuple africain? Le mouvement du monde est-il rythmé par la danse des africains? L’Eglise trouve-t-elle en Afrique un nouveau souffle spirituel qui la restaure sous la mouvance et la docilité à l’Esprit-Saint?
Je voudrais répondre « Oui » mais un « oui » qui prend appui sur la reconnaissance que le Saint pape Jean-Paul II avait rendue au Continent africain quand il disait : « le Seigneur a visité son peuple qui est en Afrique. En effet, ce continent vit aujourd'hui ce que l'on peut appeler des signes des temps, un moment propice, un jour de salut pour l'Afrique. Il semble qu'est venue une « heure de l'Afrique », une heure favorable qui invite instamment les messagers du Christ à avancer en eau profonde et à lâcher les filets pour la pêche (cf. Lc 5, 4). » C’est tout au début de son Exhortation Apostolique Ecclesia in Africa qu’il le déclare, au n° 6. Justement cette exhortation était consacrée au premier synode de l’Afrique considéré comme un synode de la Résurrection, donc de l’Espérance.
Aujourd’hui encore, dans cette basilique, loin des terroirs africains de nos diverses provenances, nous voici comme revivant ces paroles du pape de sorte qu’en nous voyant, on puisse bénir l’Afrique en disant : « Afrique, Dieu t’a visitée en tes fils et filles rassemblés et joyeux de célébrer ensemble la Pâques du Seigneur à jamais vivant. »
« Heure de grâce » disait le pape, heure de bénédiction pour toujours, d’âge en âge qui s’étend jusqu’à nous et que nous avons la joie d’emporter dans nos diverses résidences en sortant de ce pèlerinage. Bénédiction pour chacun, nouvelles ferveurs de foi et d’espérance pour chacun et chacune d’entre nous en ces temps où l’Afrique résonne en Europe comme un triste écho des drames que vivent les migrants au large de Lampedusa et partout ailleurs. Et nous portons dans nos cœurs ces blessures et tant d’autres qui ternissent notre image : la guerre, les attentats terroristes, les massacres politiques, les scènes de désolation et de misère qui font croire que nous ne connaissons pas la joie et l’allégresse en Afrique.
Ainsi la liturgie de ce 7° dimanche de Pâques vient nous présenter ce très beau texte de saint Jean qui nous parle d’unité et de gloire ! Et vous convenez avec moi qu’il n’y a rien d’aussi beau et enviable que lorsque l’unité règne au sein d’une famille, d’un groupe ou d’une communauté ecclésiale. Et pour la gloire, ce n’est certes pas pour nous déplaire lorsqu’elle nous est rendue ! L’honneur et la gloire doivent revenir d’abord à Dieu, nous ne devons pas l’oublier.
En ce jour béni donc, chacun doit aussi se laisser interpeller par la Parole entendue pour voir comment il œuvre pour l’unité autour de lui et en lui-même : suis-je un rassembleur au sein de ma famille, de ma communauté, de mon mouvement, de mon groupe…? ou bien la recherche exagérée de mon intérêt, de ma propre gloire finit-elle par étouffer l’harmonie, l’unité et la cohésion de tous? Est-ce que je suis un handicap pour l’éclosion de l’œuvre de Dieu?
Unité et gloire, joie et espérance. Notre joie, la vraie joie de l’Afrique c’est le courage avec laquelle elle endosse sa croix et avance avec persévérance et confiance. Oui, ne nous laissons pas voler notre espérance et notre détermination à faire du monde un havre de paix puisqu’en nous habite et demeure la paix et la joie pour toujours. Nous ne pouvons transmettre au monde que ce que nous portons en nous de plus vrai, de plus précieux, de plus fort, de plus noble.
Tout en ne perdant pas de vue la recherche de l’unité, il est important que nous nous attardions sur ce message d’espérance et de bénédiction que nous sommes et que nous portons au monde et en particulier, ici, à la nation helvétique qui nous accueille avec tant d’hospitalité et d’ouverture. Jadis, elle s’est abreuvée du sang de saints Martyrs Maurice et ses compagnons pour que fleurisse à partir de ce lieu, ici à Agaune, la vie qui ne finit pas, la vie éternelle. Aujourd’hui, elle garde comme un veilleur du jour, les restes sanctifiés de beaucoup d’autres saints d’Afrique notamment les martyrs de l’Ouganda.
Alors, j’ose cet étonnement : pourquoi une Abbaye s’intéresse-t-elle pour autant au continent noir? Pourquoi s’est-elle ouverte au berceau de l’humanité? La réponse m’est venue comme une illumination : elle est en quête de vie comme d’ailleurs nous tous ici présents. Et la vie qui jaillit de la mort. La vie et l’espérance qui transcendent tous les assauts de mort, la culture de la mort que le monde développe inconsciemment ou non aujourd’hui. Ne nous laissons pas voler notre joie de vivre, et de vivre en Dieu et pour Dieu! Partir et aller en pèlerinage, c’est accepter de mourir un tant soit peu au monde ancien, aux pratiques douteuses pour renaître à la vie de la grâce, et s’en remettre à la bonté et miséricorde de Dieu. Savoir tout recevoir de Lui.
Lorsqu’on vient en un lieu et qu’on se sent si bien reçu on y laisse la bénédiction et la paix. Alors, j’ose mettre sur chacune de vos lèvres ces paroles du psalmiste pour bénir cette Abbaye, son Père Abbé et ses chanoines : « A vous toujours, la vie et la joie »! Oui, il est juste et bon de les remercier car ils nous portent et nous plongent dans l’histoire et la vie de nos aînés dans la foi. Même si lors du premier synode les lumineux exemples des Martyrs d’Agaune venus de Thèbes restent comme oubliés, il y a la longue histoire des Martyrs de l’Ouganda, Charles Lwanga, Joseph Mukasa, Kisito et tant d’autres qui nous sont gravés au cœur et que d’ailleurs nous célébrons déjà aujourd’hui dans cette liturgie; car demain lundi sera leur mémoire : « Le sang des martyrs est semence de vie, semence de chrétiens ».
Célébrons leurs martyrs en louant Dieu qui reçoit en ses mains leurs âmes. Comme eux, nous avons reçu la vocation à témoigner que la vie a vaincu la mort et que la Croix du Christ est notre fierté imprenable. Mais pour témoigner, il faut être dans le feu de l’Esprit de Dieu et brûler de son amour. De cette flamme, nous pouvons embraser les cœurs des chrétiens qui semblent s’affadir ou s’étioler. Il y aura des allumeurs d’étoile, des apôtres de la joie tant qu’il y aura dans le monde des gens heureux de croire et vivre selon leur foi.
« Un jour, un évêque était venu visiter une église en construction. Il en profita pour saluer les ouvriers tout en demandant à chacun quel travail il fait sur le chantier. Un premier lui explique : « Je suis plombier et je pose les tuyaux pour les salles de toilettes au sous-sol ». Un autre lui dit : « Je suis menuisier et je travaille à la finition des murs du chœur de l'église. » Un autre dit encore : « Je suis électricien et je suis occupé à installer le système de lumière à la sacristie. »
Chacun décrivait son travail… Finalement un ouvrier lui dit : « Moi, je travaille à bâtir l'église. Je n'ai aucune profession en particulier, mais je facilite le travail de chacun en faisant les différentes commissions de chaque personne. Si le menuisier manque de clous, je vais lui en chercher. Si l'électricien manque de filage, je lui en trouve… Ainsi personne ne perd son temps. » Je fais l’union de tous les corps de métier.
Voilà c’est le défi de toutes personnes baptisées : bâtir l'Église dans l’unité. Travailler avec l'ensemble du peuple de Dieu dans le respect de nos talents pour faire fructifier toutes les richesses de notre baptême. »
Alors, je profite de cet appel qui nous vient de cette démarche évangélisatrice du pèlerinage pour nous interpeller tous et chacun à porter loin notre enthousiasme aux Européens suisse, français, allemands, autrichiens, belges, même au-delà des Amériques et du monde asiatiques pourquoi pas; oui, que notre enthousiasme à bâtir l’Église, Une, Sainte, Catholique et apostolique, les fasse venir et qu’ils s’habituent à ce pèlerinage.
Pour moi, ce n’est pas l’affaire des seuls africains, autrement nous sommes les plus à plaindre et nous serons des exemples de fermeture. C’est faire Église, famille de Dieu, que de vivre et de faire vivre les événements comme celui-ci dans la catholicité, dans l’unité. J’espère que l’année prochaine, la basilique sera pleine et remplis de gens de toutes langues, peuples et nations. Chacun ici, en Suisse comme de partout nous venons prendre part à cette fête en l’honneur de nos saints de race, nous avons des amis, des associés autochtones qui voudraient bien nous suivre et communier à notre bonheur et boire à nos sources de grâce et de paix.
Oui, chers frères et sœurs, chers amis de Dieu, soyons heureux de croire en Jésus Ressuscité, de nous unir à Lui et de vivre de Lui. C'est par le dynamisme de notre foi et la joie communautaire que nous déploierons que d’autres frères et sœurs autour de nous accepteront de répondre aux différents appels que Dieu sème dans leur cœur. Comme une maman qui se donne pour le bien de sa famille, devenons à notre tour des éveilleurs de la beauté de Dieu, en Église.
Il me reste à vous souhaiter trois choses au terme de cette méditation en partant des trois lectures de ce dimanche.
Premièrement : soyez remplis de l’Esprit-Saint qui était sur Etienne dans la première lecture. Forts de sa douceur et de sa bienveillance, reprenons ses dernières paroles en pensant à tous ceux qui nous veulent du mal et qui machinent notre déclin : « Seigneur, ne leur comptent pas le mal qu’ils nous font ». Partons d’ici et devenons des apôtres du pardon et de la réconciliation.
Deuxièmement : « Celui qui a soif, qu’il vienne, celui qui le désire, qu’il reçoive l’eau de la vie, gratuitement », dit l’auteur de l’Apocalypse. Que Jésus, Alpha et Oméga, vous prenne en sa puissance et qu’il vous abreuve de l’eau de grâce qui purifie en vous et autour de vous tout ce qui peut nuire à votre vie et à votre épanouissement ici et partout où la Providence de Dieu vous conduira après ce pèlerinage.
Troisièmement : Jésus priait pour ses disciples : « Père Saint, j’ai fait connaître ton nom à mes disciples et je le ferai connaître encore, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et que moi aussi, je sois en eux ». Nous portons en nous, l’immense trésor de la présence de Dieu depuis que le nom du Seigneur a été invoqué sur nous et qu’on nous a marqués du signe de sa croix. Que l’amour de Dieu se manifeste de plus en plus dans chacune de vos vies et que vous rentriez de ce pèlerinage, plus forts et plus établis dans le nom du Seigneur. Ouvrez vos cœurs afin que Dieu Père, Fils et Saint-Esprit fasse sa demeure en vous et y demeure pour toujours.
Amen!

Père Godfroy Kouegan