Homélies

26.05.2019 / 6e dimanche de Pâques

« Où est votre Christ ? » : l’actualité de la foi chrétienne

En ce 6e dimanche de Pâques, c’est l’abbé Pascal Burri qui préside la messe à la basilique de Saint-Maurice. En route vers l’Ascension du Seigneur, l’abbé Pascal voudrait que les chrétiens soient à même de rendre compte de leur foi et de le signifier surtout par leur vie à ceux qui leur lancent cette interrogation poignante : « Où est votre Christ aujourd’hui ? ». Comment discerner « cette merveilleuse présence, découvrir des signes qui parlent de lui », Jésus, dans le monde de notre temps ?
Référence des textes liturgiques : Act. 15,1-2,22-29 / Ps 66 / Ap 21,10-14.22-23 / Jn 14,23-29.

Chers frères et sœurs,
Le Christ est ressuscité, il est apparu aux disciples pendant 40 jours. A nous, non. Pour nous c’est une question de foi. D’où sans cesse ce même défi auquel le christianisme est confronté et que les incroyants se chargent de lui rappeler : « Où est votre Christ ? Nous n’avons jamais rencontré votre Jésus. D’accord, il est un modèle magnifique d’humanité, mais sa personne est désormais enfouie dans les sables de l’histoire, dépassée depuis longtemps. ». Ils en restent au Jésus de l’histoire.
Là est la ligne de démarcation qui sépare le croyant chrétien des autres hommes, fussent-ils des sympathisants du personnage Jésus. Nous, nous avons l’audace d’affirmer qu’il n’est pas une précieuse relique, ni un mort prestigieux qui fait réfléchir par l’exemple et la vie. Pour le chrétien, il vit et agit, se manifeste dans l’Eglise. Par sa résurrection, il est le contemporain de tous les hommes, de chacun de nous, partout et toujours.
Mais comment trouver cette merveilleuse présence, découvrir des signes qui me parlent de lui ?

Quand nous pensons à Dieu – que nous l’appelions Père ou que nous le nommions Jésus -, quand nous nous efforçons d’entrer en contact avec lui, d’écouter sa voix, de lui parler, de le prier, nous imaginons volontiers qu’il est un être extérieur à nous-mêmes, qui existe au-dessus de nous et même loin de nous. Dieu est au ciel ; nous, nous sommes sur terre. Le ciel, c’est haut, c’est loin. Quant au Christ, nous le voyons volontiers à l’église, surtout dans le pain consacré. Le dimanche, nous quittons donc nos demeures pour venir à lui.

Ces façons de voir Dieu le Père et son Fils ne sont pas fausses. Elles marquent la différence profonde et la distance qui existent entre nous et Dieu. Nous ne sommes que des humains ; Dieu est divin. Nous sommes limités ; Dieu est parfait et infini. Il est le Tout-Autre, le Tout-puissant. Il nous a créés ; nous sommes les créatures.

Dieu nous est donc extérieur. C’est une façon de le considérer. Mais il y en a une autre, tout aussi importante, tout aussi vraie. Elle est mise en relief par l’Evangile que nous venons d’entendre.

Dans cet Evangile, Dieu n’est pas présenté comme extérieur mais plutôt comme intérieur à notre être. Ce n’est pas nous qui allons vers lui, c’est lui qui vient vers nous. Il n’est pas loin de nous, il est en nous. « Si quelqu’un m’aime, dit Jésus, mon Père l’aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui. »

Ces paroles sont bouleversantes. Elles présentent une image de Dieu avec laquelle nous ne sommes peut-être pas assez familiarisés. Dieu en nous ! Dieu vivant au cœur de notre être ! Dieu intime à tout notre être ! Pas besoin de se déplacer pour le rencontrer, lui parler. Il suffit d’entrer en soi-même et de prendre conscience de sa présence.

En lisant attentivement le texte de saint Jean, nous nous rendons compte que cette présence particulière et intime de Dieu dans notre être n’est pas automatique. Elle est le fruit de l’amour. Elle est une création de l’amour. « Si quelqu’un m’aime, nous viendrons chez lui. » Autrement dit, Dieu ne sera vraiment reconnu comme présent que par ceux qui l’aiment. Et cela ne devrait, ni nous choquer ni même nous étonner, au fond. L’amour ne force pas ne contraint pas.

Aimer quelqu’un, c’est être attiré par lui. C’est être attaché à lui. C’est le trouver précieux. C’est rechercher sa présence. C’est s’enrichir de sa présence. Il ne suffit pas de croire en Dieu. Il faut l’aimer, c’est-à-dire lui donner de la place dans notre vie et mettre en pratique son enseignement. « Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole. » Jésus n’a jamais prêché un amour qui n’est qu’un généreux sentiment ; il a appelé à un amour qui passe aux actes, à un amour qui cherche à mettre en pratique les orientations données par l’être aimé. Comment est-ce que je lui montre que je l’aime ?

Nous continuons à nous plaindre de l’absence de Dieu, du silence de Dieu. Ne serait-ce pas un signe que nous manquons d’amour ?

En venant en nous, le Père et le Fils nous communiquent l’Esprit et nous apportent la paix. Ils font en sorte que notre vie soit inspirée et guidée par l’Esprit, et qu’elle demeure dans la paix quoi qu’il arrive. C’est là les effets de la présence intime de Dieu à notre vie. Il peut faire sombre au dehors, ce peut être la tempête dehors. Mais notre cœur peut néanmoins demeurer en paix, parce que Dieu, par son Esprit, est avec nous, en nous. Les enfants mais aussi les adultes font souvent cette expérience : seuls dans le noir lorsque l’orage gronde, ils ont peur. S’il y a quelqu’un près d’eux qui les aime, ils n’ont plus peur.

Dieu vit en nous. Les sacrements que nous célébrons, la Parole que nous proclamons, écoutons et méditons, le pain consacré que nous mangeons, ont pour but de nous aider à réaliser cette présence intime de Dieu à notre être, de la nourrir et de l’approfondir jour après jour.

Sommes-nous suffisamment conscients d’être des personnes habitées par Dieu depuis notre baptême ? habitées par l’Esprit Saint, l’Esprit de Dieu ?
Les fruits en sont la paix et la joie intérieures.

Nous sommes anxieux ? Nous gémissons dans l’angoisse et la tristesse ? Nous avons l’impression d’absence de Dieu ?…
Si nous prenions tous un peu plus de temps pour lui parler, pour le louer, pour le prier, pour l’aimer…
Il n’est jamais trop tard pour revenir sur le chemin de Dieu en Jésus-Christ.

Aujourd’hui du moins, nous voulons rendre grâce pour cette présence divine et féconde sur nos chemins et au cœur de nos vies. Amen.

Pascal Burri