Homélies

05.05.2019 / 3e dimanche de Pâques

3e dimanche de Pâques : messe radiodiffusée

Ecoutez la messe sur le site de Espace2 : cliquez ici

3e dimanche de Pâques, 3e manifestation de Jésus ressuscité : tout se passe autour d’une pêche miraculeuse dans laquelle l’évangéliste Jean « multiplie les détails et explicite les images ». Le chanoine Alexandre Ineichen qui préside la célébration de ce dimanche, messe radiodiffusée sur Espace 2, nous aide à entrer dans l’intelligence de ce récit de pêche en proposant une série de questions : « Pourquoi saint Jean répète-t-il par trois fois la question de Jésus à Pierre : « M’aimes-tu ? Pourquoi spécifie-t-il non seulement le nombre des poissons pris, mais aussi pourquoi décrit-il la grosseur ? ». L’épisode de Pierre nous rejoint et chaque fidèle est appelé à se revêtir des vêtements lumineux du Christ avant de se jeter dans les eaux de la vie et aller à la rencontre du Ressuscité : « C’est le Seigneur ! ». Référence des textes liturgique : Act 5,27b-32.40b-41 / Ps 29 / Ap. 5,11-14 / Jn 21,1-19

Chaque fois que nous entendons ce passage de l’Evangile, chers frères et sœurs, demandons-nous pourquoi, dans la narration de cette troisième manifestation de Jésus ressuscité d’entre les morts, saint Jean l’Evangéliste répète-t-il par trois fois la question de Jésus à Pierre : «M’aimes-tu ?», pourquoi multiplie-t-il aussi les détails de cette pêche miraculeuse jusqu’à spécifier non seulement le nombre exact des poissons pris, cent cinquante-trois, mais aussi jusqu’à préciser qu’ils étaient gros et pourquoi explicite-t-il encore de manière imagée de quel genre de mort Simon-Pierre allait mourir en rapportant sa manière de serrer sa ceinture.
Chaque fois que l’Eglise annonce le Christ ressuscité, son Seigneur et son Dieu, l’Eglise ne se contente pas seulement d’ajouter quelques circonstances aux faits mentionnés, comme par hasard, mais aussi d’en donner une interprétation à partir des Ecritures. Rappelez-vous la deuxième manifestation de Jésus ressuscité : «Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et qu’il nous faisait comprendre les Ecritures ?»
Chaque fois que je lis ce passage de l’Evangile, il est un élément qui m’intrigue. Pourquoi Simon-Pierre s’habille-t-il avant de se jeter à l’eau alors que le texte précise bien qu’il n’avait rien sur lui et que c’est ainsi que, lui, Simon-Pierre, passa la nuit sur le lac de Tibériade à essayer de prendre quelques poissons, comme il en avait l’habitude. Pourquoi saint Jean l’Evangéliste, le disciple que Jésus aimait, comme il aime à se mettre en scène dans le texte même, rapporte-t-il ce fait par trop curieux et difficile à comprendre ? Par ailleurs, de nombreux disciples sont là. A côté de Simon-Pierre et du disciple que Jésus aimait, il y a aussi Thomas, celui qui mit huit jours à croire que le Seigneur est ressuscité, il y a aussi l’autre fils de Zébédée, fils de Zébédée plus connus pour avoir voulu des places privilégiées auprès du Seigneur, et enfin deux autres disciples. Bien du monde, certes utile pour une partie de pêche, mais peut-être légèrement de trop pendant cette rencontre entre Pierre et Jésus, rencontre décisive comme le texte nous le montre par la suite.
Mais alors, pourquoi s’arrêter sur ce détail, curieux et bizarre, alors que le cœur de l’évangile de ce dimanche est bien la mission pastorale que Jésus donne à Simon-Pierre, celui qui l’avait d’ailleurs renié, mais auquel Jésus avait confié de raffermir la foi de ses frères et auquel il avait remis les clés du Royaume.
Pourtant, avec cet épisode, Pierre nous rejoint.
Certes, il recevra une mission universelle et essentielle, mais surtout dans sa vie même il nous indique le chemin à suivre. Comme nous, et reprenant les mots du pauvre Job, Simon-Pierre peut dire : « Nu, je suis sorti du sein maternel, nu, j’y retournerai, le Seigneur a donné, le Seigneur a repris, que le nom du Seigneur soit béni. » En effet, après les événements de Jérusalem, comme nous, Pierre retourne à son travail, travail ingrat, et bien peu productif, si un miracle ne vient pas l’aider un peu. Cette humanité, toute nue, c’est la nôtre, celle que Dieu nous a donnée, celle qui nous fait souffrir, celle dont nous avons de la peine à en saisir le sens ultime. Alors, même si la pêche fut miraculeuse, ce qui l’est encore plus, c’est la manifestation de Jésus ressuscité, c’est la parole du disciple que Jésus aimait, cette parole qui retourne les cœurs, ce « C’est le Seigneur. » qui précipite l’action et transforme le monde. Aussi, fort de sa foi, Pierre peut passer un vêtement et s’élancer vers son Seigneur et son Dieu, vers notre Seigneur et notre Dieu, courir malgré l’eau, au travers de la mort vers son destin et la mission qu’il recevra. Avec Simon-Pierre, nous pouvons alors revêtir l’homme nouveau créé saint et juste dans la vérité, à l’image de Dieu. L’habit pour se jeter à l’eau, ce n’est pas une erreur de copiste ou une coutume bizarre des pêcheurs de Palestine. Passer un habit avant de se jeter à l’eau, c’est justement revêtir le Christ, habit de lumière, habit reçu à notre baptême, qui signifie que nous sommes associés à la mort et à la résurrection du Christ, que nous y participons.
De plus, avec cet habit de lumière, nous comprenons mieux le sens des deux lectures qui précèdent l’Evangile de ce dimanche. Dans la première, c’est parce que je suis un homme nouveau, recréé à l’image de Dieu que je ne peux obéir qu’à Dieu plutôt qu’aux hommes. Oui, Pierre, et à sa suite, la multitude des martyrs, d’hier et d’aujourd’hui, d’ici et d’ailleurs, ne peuvent qu’annoncer le Christ ressuscité malgré toutes les vicissitudes de la vie. A notre tour, n’hésitons pas à nous jeter à l’eau, à proclamer à temps et à contretemps le miracle de Pâques, mieux ne manquons pas de le vivre en profondeur au-delà de l’abîme, au-delà de la mort.
Mais, cet acte de foi, cet habit recouvrant notre nudité n’est pas un saut dans l’inconnu, une illusion, mais une participation à la vie même de Dieu. Et c’est là que nous pouvons comprendre la seconde lecture, celle de l’Apocalypse. En revêtant notre habit blanc, nous proclamons, certes, la mort et la résurrection du Christ, mais surtout nous sommes conviés aux noces éternelles, nous participons alors à la vie même de Dieu. « Moi, Jean, dans ma vision (...), j’entendis l’acclamation de toutes les créatures au ciel, sur terre, sous terre et sur mer. » Avec les martyrs et les saints décrits dans l’Apocalypse, nous avons blanchi nos robes dans le sang de l’Agneau. Revêtus de la robe des noces, celle que le Père gardait précieusement pour le Fils prodigue, parti dilapidé l’héritage, habillés pour une liturgie céleste, grandiose et divine, nous sommes conviés aux noces éternelles. Revenons et recevons cet habit de lumière pour participer au banquet qui nous est préparé, ici et maintenant.

Alexandre Ineichen