Homélies

21.04.2019 / Dimanche de Pâques

Dimanche de la Résurrection : Notre Pâques, un événement de bonheur et de joie

Dans la communion de toute l’Eglise en ce grand jour de Pâques, Mgr Jean Scarcella a présidé l’Eucharistie en invitant les chrétiens à entrer dans le bonheur et la joie de l’événement pascal. Mystère de foi, la Pâques de Jésus-Christ est la manifestation de la gloire de Dieu que le monde espère. « Comme Marie-Madeleine », indique Mgr Jean dans son homélie, chaque chrétien peut devenir Apôtre de la Résurrection. Référence des textes liturgiques : Ac 10,34a.37-43 / Col 3,1-4 / Ps 117 / Séquence / Lc 24,1-12

Mes sœurs, mes frères,
Elles sont trois ou mêmes plusieurs, elles magnifient la création tout entière, parce que femmes elles sont mères et donc porteuses de vie. De grand matin elles allèrent au tombeau.
Et nous voici, nous aussi au tombeau ce matin de Pâques, frères et sœurs, nous voici devant un tombeau vide, vide non pas pour se désoler de n’y pas voir le corps d’un mort que l’on veut vénérer avec les aromates, mais vide parce que ce lieu de mort est devenu un lieu de vie.
Pendant tout le temps du Carême nous avons parcouru un long chemin initiatique, un chemin évangélisateur. Tout est parti du désert où Jésus a été conduit par l’Esprit, une plaine morte et des pierres inertes. Et là au milieu une Parole créatrice et un Pain de vie. Ce furent nos premiers pas dans ceux de Jésus de la mort à la vie.
Puis nous sommes montés avec Pierre, Jacques et Jean sur la montagne ; nous nous sommes rapprochés du ciel, comme pour atteindre à la source de nos origines. Et là Jésus se montre Dieu, nous fait toucher du doigt et du cœur sa nature divine dans l’étincelante brillance de sa gloire. Saint Paul dans sa lettre aux Colossiens nous l’a expliqué en disant : « Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi vous paraîtrez avec lui dans la gloire. La gloire transfigure la vie ; nous savons d’où nous venons et que, par la mort à nous mêmes, nous trouverons la Vie en Dieu.
Jésus alors reprend son chemin et, assis sur la margelle du puits de Jacob rencontre une femme qui vient de Samarie. Dans le puits il y a de l’eau à puiser pour la boire et étancher sa soif, mais Jésus propose à cette femme, non pas une eau qui maintient tout être vivant en vie, mais une eau qui donne la vie, pour que plus jamais nous ne mourions de soif. La femme sait qui est celui qui doit venir pour donner l’eau qui deviendra en chacun « une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle », (Jn 4, 14) c’est-à-dire le Christ ; et Jésus le confirme par ces mots : « Je le suis, moi qui te parle » (Jn 4,26).
Ensuite Jésus rencontre un aveugle de naissance et là, nous passons, une fois encore, des ténèbres de la mort à la lumière de la vie. « Aussi longtemps que je suis dans le monde – disait Jésus – je suis la lumière du monde » (Jn 9,5). Une fois guéri, l’aveugle fait sa profession de foi en réponse à Jésus lui demandant « Crois-tu au Fils de l’homme ? […] Tu le vois, c’est lui qui te parle. » (Jn 9,35-38).
Vous voyez, frères et sœurs, quelle est cette pédagogie du Seigneur qui se dévoile à nous peu à peu. Face aux déserts de nos doutes, aux montagnes apparaissant impossibles à franchir, à la soif de donner un sens à nos vies et à la recherche de la vérité, il faut la lumière de la foi.
Avant Marie-Madeleine, il y eut encore Marthe et Marie qui durent affronter la mort en ensevelissant leur frère Lazare. Pour éprouver la foi de Marthe Jésus lui annonça la résurrection de son frère et elle fit sa profession de foi quand Jésus lui affirma : « Moi, je suis la résurrection et la vie (Jn 11,25) […] Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. » (Jn 11,40). Et Lazare retrouva sa vie.
Et ce matin, frères et sœurs, ce tombeau est un désert, sur la montagne du Golgotha, d’où la lumière semble s’être échappée, mais il faut entrer à l’intérieur pour la voir briller et qui appelle à en sortir. Les femmes, dont Marie-Madeleine, la seule que cite saint Jean par rapport au récit de saint Luc reçu cette nuit, sont devant un tombeau vide. Pourtant ce tombeau pourrait apparaître comme matrice aux entrailles de la terre-mère et face à ces femmes, révéler la vie, celle de la nouvelle naissance. Marie-Madeleine s’aperçoit de cette réalité déconcertante et court immédiatement en informer « Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait : On a enlevé le Seigneur de son tombeau. » On… dit Marie-Madeleine, ne citant personne en particulier, alors qu’elle aurait de bonnes raisons de porter des accusations ou au moins de soulever des soupçons… Il y a là, comme un germe de profession de foi, mais elle décide d’attendre la confirmation des bergers institués par Jésus avant de se prononcer plus avant dans sa foi.
Et voilà que Pierre et Jean partent en courant vers le tombeau. Sont-ils remplis d’inquiétude ou tenaillés par une foi qui commence à prendre réellement vie en eux ? Pierre ne s’était-il pas un jour entendu dire par Jésus, alors qu’il commençait à s’enfoncer dans les eaux : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » (Mt 14,31) ; et Jésus l’avait saisi par la main. Cet événement du matin de Pâques, ils en avaient entendu parler, ils avaient même vu la gloire de Jésus incendier le mont Thabor, mais leur foi était restée lente à croire !
Alors ils couraient et arrivèrent au tombeau. Le premier à entrer est Pierre, inaugurant ainsi cette parole de Jésus à Césarée-de-Philippe : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église » (Lc 16,18). Pierre, se sentant donc investi de l’héritage reçu de Jésus, entre… il aperçoit les linges… le suaire… mais pas Jésus. L’autre disciple entre à son tour et lui, voit, mais il ne voit pas les choses restées là – alors que Lazare lui, était sorti du tombeau encore enveloppé de son suaire –, lui il voit la réalité, et non pas la réalité de l’absence de Jésus, mais la réalité de sa résurrection qu’il leur avait annoncée au moins par trois fois. Ainsi, le regard de Jean est le regard de la foi. Et là, on ne dit plus rien de Pierre, mais j’imagine, qu’à ce moment-là il dut se remémorer une autre parole de Jésus à Philippe : « Amen, amen, je vous le dis : […] D’ici peu de temps, le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez vivant, et vous vivrez aussi. En ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et moi en vous » (Jn 14,19-20).
Le regard, l’attitude et la foi de saint Jean devant le beau vide sont bien transcrits par lui-même dans son Évangile d’aujourd’hui quand il dit : « Jusque-là, en effet, les disciples n’aient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. »
Si le tombeau a été, frères et sœurs, ce lieu de passage de Jésus de sa mort d’homme à sa vie en Dieu – sa propre vie puisqu’il était Dieu –, l’annonce de Marie-Madeleine est un témoignage de cette naissance à la nouveauté du salut.
Marie de Nazareth enfanta le salut du monde en lui donnant un corps d’homme, Marie-Madeleine enfanta la foi en l’auteur du salut. La maternité de Marie de Nazareth rend gloire à Dieu, la maternité de Marie-Madeleine est le témoignage rendu à la gloire de Dieu. C’est exactement la traduction de la réponse de Jésus à Marthe, la sœur de Lazare : « Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu » (Jn 11,40).
Voilà le mystère de Pâques, frères et sœurs, le mystère de la gloire de Dieu qui, par la mort et la résurrection de Jésus a voulu sauver le monde, restaurer sa création dans une relation d’amour éternelle avec lui. Et ce mystère se comprend, frères et sœurs, ce mystère pascal prend tout son sens, tout son poids et toute sa réalité – comme incarné dans notre humanité, nos vies d’hommes et de femmes – par notre foi.
Oui, notre foi, frères et sœurs : la foi du peuple de Dieu que nous formons, la foi de la Mère-Église, la foi de l’Épouse. Notre foi que nous portons en nous et que nous devons enfanter, jour après jour, par le témoignage de notre attachement inconditionnel à la mort et à la Résurrection de Jésus, cette foi doit être le témoignage qui aide le monde à vivre. Le Pain de la vie, la Source de la vie, la Lumière de la vie, la vie de la vraie Vie, c’est Jésus, en qui nous mettons notre foi et qui nous amène de Noël à Pâques, de sa vie pour notre vie jusqu’au salut. Comme l’a témoigné Marie-Madeleine :
« Dis-nous, Marie-Madeleine, qu’as-tu vu en chemin ? » « J’ai vu le sépulcre du Christ vivant, j’ai vu la gloire du Ressuscité. J’ai vu les anges ses témoins, le suaire et les vêtements. Le Christ, mon espérance, est ressuscité ! » (Séquence)

Mgr Jean Scarcella