Homélies

20.04.2019 / Veillée pascale

L'homélie de Mgr Scarcella commence à 1h17'30 et va jusqu'à 1h33'00

Veillée pascale : « Qu’éclate l’exultation de Pâques ! »

A la basilique de Saint-Maurice, la célébration de la veillée pascale a rassemblé les fidèles chrétiens autour du Christ ressuscité. Au cœur de cette veillée, on s’est surtout réjoui du baptême de trois adultes qui ont reçu les sacrements de l’initiation chrétienne : Charles, Théodore et Alexandre. Dans son homélie, Mgr Jean Scarcella les a invités à toujours garder le souvenir joyeux et vivant de leur réponse à Dieu : « Me voici ». Référence des textes liturgiques : Les 7 lectures / Rm 6,3b-11 / Ps 117 / Lc 24,1-12

Mes sœurs, mes frères,
Comme il est bon de veiller ensemble, dans cette atmosphère de paix, de fraternité, de bien-être en somme. Nous ne sommes pas au coin du feu, une soirée d’hiver à écouter grand-maman raconter des histoires, pourtant il y a quelque chose de cela… Nous nous sommes assis au coin du feu de l’Esprit, l’écoutant nous raconter toute l’histoire du salut. Nous venons de traverser des siècles de notre histoire, frères et sœurs, notre histoire sainte à laquelle nous avons été appelés et à laquelle nous appartenons, par le baptême. Tous les appels que Dieu lance, c’est pour nous agréger à lui, nous unir à lui, construire sa famille au cours des siècles. Ainsi, qu’avons-nous écouté ?
Le premier à avoir entendu un appel fut l’Esprit de la Genèse : « Dieu dit… et Dieu vit que cela était bon ». L’Esprit de Dieu, qui est son souffle de vie, fit advenir la création, jusqu’à celle de l’homme et de la femme, Adam et Êve. Dieu crée et recrée par sa Parole en insufflant son souffle, son Esprit de vie. C’est à l’écoute de sa Parole, que nous trouvons les forces nécessaires à vivre notre foi pour renouveler le monde : « Ô Seigneur, envoie ton Esprit, qui renouvelle la face de la terre ! »
Puis Dieu veut donner un père à sa nation lui promettant une « descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel ». Et la réponse d’Abraham fut : « Me voici ». Je trouve toujours cette réponse émouvante, parce que dire « Me voici » à Dieu, renvoie immanquablement au « Me voici, je suis venu, mon Dieu, pour faire ta volonté ainsi qu’il est écrit de moi dans le Livre » (He 10,7), ce « Me voici » de Jésus, rapporté dans la Lettre aux Hébreux, faisant référence au Ps 39. Oui, dire « Me voici » au Seigneur, implique que l’on accepte de répondre à sa volonté, à son plan d’amour sur nous. Ce n’est pas faire preuve de confiance aveugle ou esclave, c’est mettre en acte la relation d’amour que nous partageons avec lui. Comme Abraham, comme chacun de nous à l’heure des sacrements de l’initiation ou lors de l’engagement dans la vie consacrée, nous nous tournons vers Celui qui sans cesse nous appelle : « Me voici, Seigneur, je viens faire ta volonté ».
Ensuite Dieu a besoin de réaliser sa promesse et de conduire son peuple en exode vers la terre qu’il lui avait promise ; alors il appelle Moïse. Moïse est quelque part un archétype de la foi au Seigneur Dieu car, pour répondre positivement à la folle aventure qui l’attend à travers mer, désert et peines, il mit sa foi dans le Seigneur. Pour suivre le Seigneur à qui l’on dit notre ‘Me voici’ s’impose notre foi en lui pour avancer, parfois dans la nuit, parfois dans la lumière, mais toujours pour magnifier sa gloire par le témoignage du chant de nos vies : « Chantons le Seigneur, car il a fait éclater sa gloire. »
Une fois que le peuple s’est rassemblé et qu’il s’est bien incarné dans sa nature, c’est-à-dire capable de mal comme de bien, Dieu s’adresse à lui comme un époux à son épouse et il interpelle Jérusalem. Et là, frères et sœurs, nous prenons un peu la dimension merveilleuse et infinie de l’amour de Dieu pour son peuple, lui faisant part de son « éternelle fidélité » et de son désir constant de lui « montrer sa tendresse ». Jérusalem, c’est l’Église, notre Église-épouse, et Jésus, mort pour nos péchés afin d’abolir le mal au profit de la tendresse, est l’époux, celui qui nous relève par sa propre résurrection : « Je t’exalte, Seigneur, toi qui me relèves. »
« Vous tous qui avez soif, venez voici de l’eau. […] Venez à moi ! Écoutez, et vous vivrez. […] Cherchez le Seigneur tant qu’il se laisse trouver ; invoquez-le tant qu’il est proche. » Ici Dieu, toujours par la bouche du prophète Isaïe, nous appelle : nous, nous tous en humanité ¬– et pas seulement quelques-uns, tous ! En Jésus, source d’eau vive, il nous donne l’eau de la vie, celle qui apaise toute soif, comme l’avait compris la Samaritaine. Le Seigneur Dieu nous appelle à contempler son œuvre de salut en celui qui sera envoyé pour nous sauver. L’incarnation de Jésus viendra « abreuver la terre, la féconder, la faire germer, et donner du pain à celui qui doit manger » ; « ainsi ma parole, qui sort de ma bouche – prophétise Isaïe – ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission ». Oui, frères et sœurs, Jésus, Parole de Dieu fait homme est venu abreuver l’espérance des hommes et les nourrir du pain de son propre corps. Voyez comme nous sommes proches du mystère du salut que nous célébrons ce soir : « Ivres de joie, vous puiserez les eaux aux sources du salut ! »
Et, puisque depuis le commencement il s’agit de Parole, voici que le Seigneur, par la bouche du prophète Baruc, insiste et appelle le peuple d’Israël : « Écoute Israël, les commandements de vie, prête l’oreille pour acquérir la connaissance ». C’est à nous que le Seigneur s’adresse, nous l’Israël nouveau, le peuple des baptisés. Il s’agit maintenant d’apprendre ce que le Seigneur a dit et dit encore afin d’obtenir « et la connaissance, et la force, et l’intelligence », afin de découvrir les trésors de Sagesse, c’est-à-dire de Dieu lui-même. Connaissance, force, intelligence, sagesse sont déjà des dons du Saint Esprit qui nous rendront heureux de connaître ce qui plaît à Dieu en vue de notre vie éternelle : « Dieu ! Tu as les paroles de vie éternelle ».
Et enfin Dieu m’appelle, moi : « La Parole de Dieu me fut adressée », comme elle l’est tous les jours. « Fils d’homme, écoute… » me dit le Seigneur, prie, convertis-toi, sanctifie mon nom, témoigne de moi par la sainteté de ta vie : alors je te purifierai de toute souillure par mon pardon, je répandrai sur toi l’eau pure de ton baptême, je te donnerai un cœur nouveau, je mettrai en toi mon esprit… Voilà des paroles pour vous, les trois catéchumènes qui allez recevoir le baptême, et des paroles pour nous, frères et sœurs baptisés, afin que nous n’oubliions jamais cette phrase transmise par le prophète Ézéchiel : « Vous, vous serez mon peuple, et moi, je serai votre Dieu. » « Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu ».
Ce Dieu nous donne vie en Jésus et par lui notre âme le cherche, « comme un cerf altéré cherche l’eau vive. Cette citation divine, le ciseau de Madeline Diener l’a sculptée sur la fontaine baptismale du baptistère de notre basilique où vous allez, chers catéchumènes, renaître de l’eau et de l’Esprit. Oui, c’est Pâques, nous fêtons la résurrection du Christ en qui nous ressusciterons à notre tour, parce que par le baptême, nous explique saint Paul, nous sommes unis à la mort du Christ. Et « Si nous avons été unis à lui par une mort qui ressemble à la sienne, nous le serons aussi par une résurrection qui ressemblera à la sienne. » Nous sommes là au cœur de notre foi, frères et sœurs, nous sommes mis devant un mystère qui prendra corps en tant que tel – si j’ose dire – durant le baptême de nos frères catéchumènes. Nous passons, par le baptême, de la mort au péché, afin de vivre « pour Dieu en Jésus-Christ. »
Nous allons appeler l’Esprit sur ces catéchumènes, ils répondront « Me voici », prêts à suivre le Christ dans la foi et à vivre de sa tendresse dans la fidélité, cherchant le Seigneur et s’agrégeant à son peuple, dans la joie de sentir battre en eux un cœur de chair, celui de Jésus lui-même : « Alléluia, alléluia, alléluia ! ».

Mgr Jean Scarcella