Homélies

14.04.2019 / Dimanche des Rameaux

Fête des Rameaux : « Notre vraie force se trouve dans le don jusqu’au bout »

Avec le dimanche des Rameaux, l’Eglise entière entre dans la grande semaine où nous allons vivre la Passion du Christ. La fête de ce dimanche célèbre l’accueil triomphal de Jésus à l’entrée de Jérusalem par les fils d’Israël qui lui chantent : « Hosanna au Fils de David! Béni-soit celui qui vient au Nom du Seigneur ». Dans son homélie, le prieur Roland Jaquenoud a expliqué aux fidèles le vrai sens qu’il faut donner au triomphe du Christ : « La vraie force de Jésus se trouve dans le don de lui-même jusqu’au bout ». Et pour se faire don, Jésus a du se « vider ». Référence des textes liturgiques : Lc 19,28-40/ Is 50,4-7 / Ps 2 / Ph 2,6-11 / Lc 22,14-23,56

« Dans le jardin de Gethsémani, Jésus dit à Dieu :
la vie est dure,
épargne-moi la douleur.
Puis, Jésus ajoute :
Non, pas comme je veux,
mais comme tu veux.
Jésus est seul dans le jardin de Gethsémani.
Il sent
que personne ne lui vient en aide.
Il sait
que chaque homme, chaque femme est faible.
Jésus est fort dans le jardin de Gethsémani.
Il ne cache pas sa peur.
Dans l’angoisse, il parle avec Dieu.
C’est ainsi que Jésus surmonte sa peur.
Dans le jardin de Gethsémani,
Jésus est faible, puis devient fort.»
(Cf. Se renouveler, Carnet de méditations 2019, Action de Carême).

Mes sœurs, mes frères,
Toute cette fête des Rameaux est une méditation sur la force et sur la faiblesse. En ce jour du dimanche des Rameaux, Jésus est acclamé et loué. Il est même loué comme « Celui qui vient du Seigneur », le Messie. On n’est pas loin de douter de sa divinité. Il est fort. Il est fort à la manière des hommes.
Et puis il va y avoir les jours saints. Ces jours pendant lesquels, il perd toute sa force à la manière des hommes pour rentrer dans une autre force, celle de Dieu, celle de l’amour de Dieu. Ce même peuple qui l’acclame aujourd’hui, c’est ce peuple-là qui criera vendredi : « A mort ! ».
Le texte de l’épître de Saint Paul aux Philippiens que nous avons lu en deuxième lecture, nous dit que « Jésus s’est anéanti, prenant la condition de serviteur ». Le mot « s’anéantir » est en fait la traduction d’un mot grec qui veut dire « se vider ». Jésus s’est en quelque sorte « vidé », vidé de toute sa puissance, vidé de toutes les manifestations glorieuses et fortes de sa divinité. Il s’est vidé pour devenir le serviteur, le serviteur du Père, le serviteur de son Dieu et de notre Dieu; le serviteur qui devient « obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix ».
De fort qu’il était, réputé encore le jour des Rameaux, Jésus est devenu le plus faible, le serviteur le plus décrié, celui qui meurt non pas à la manière d’un homme libre, mais qui accepte de mourir à la manière de l’esclave sur la croix. En quelques jours, Jésus passe de la force à la faiblesse. En quelques jours, Jésus s’est vidé de tout ce qui pouvait laisser voir de la gloire et de la puissance de Dieu en lui.
Saint Paul est très clair : on ne l’a pas vidé, c’est lui-même qui s’est vidé. C’est-à-dire que cet anéantissement, c’est le choix de Jésus lui-même. Il accepte de devenir faible pour nous montrer où est la vraie force. La vraie force n’est pas dans l’acclamation de la foule, la foule qui acclame aujourd’hui, peut condamner à mort demain. La vraie force n’est pas dans la popularité. La vraie force est dans le don de soi « jusqu’au bout », ce don de soi qu’on appelle la charité au sens fort du terme. C’est-à-dire l’amour le plus désintéressé.
Tout ce que fait Jésus, ma sœur, mon frère, il le fait pour toi et pour moi. Sur la croix, disait le philosophe Pascal, Jésus a versé une goutte de son sang pour toi, ici, maintenant. Nous sommes tous présents ce jour-là dans son cœur. Ce jour où il prie pour ses bourreaux en disant : « Pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font ».
La vraie force de Jésus, mes frères, mes sœurs, ce n’est pas l’apparition d’un Dieu qui serait tout-puissant, une sorte de satrape oriental. La vraie force de Dieu se révèle en ce jour par Jésus, qui, dans sa faiblesse, dans son agonie, dans sa peur, qui va lui faire jusqu’à verser des gouttes de sang, son « Oui » d’obéissance au Père qui est un « Oui » d’amour pour chacun d’entre nous. Son « Oui », son offrande, son don d’amour, c’est cela sa vraie force.
Que ce don d’amour devienne pour chacun d’entre nous notre vraie force. A la suite du Christ, nous devons nous mettre nous aussi à apprendre à nous vider de nous-même pour que le Seigneur puisse nous exalter.
Amen!

Roland Jaquenoud