Homélies

16.12.2018 / 3e dimanche de l'Avent

En ce troisième dimanche de l’Avent, l’Eglise se pare de la couleur rose pour manifester la joie d’attendre le Sauveur qui va naître. Le commandement de la joie selon saint Paul s’explique pour ce motif : non pas une joie que donne le monde et des inquiétudes qu’il nous fait nourrir, mais la joie céleste due à la « proximité du Seigneur ». Le prieur de l’Abbaye de Saint-Maurice nous introduit dans cette joyeuse espérance en nous faisant une méditation des textes liturgiques que la Parole de Dieu nous propose.
Références : So 3,14-18a; Ct. Is 12, 2-3, 4bcde, 5-6; Ph 4,4-7; Lc 3,10-18.

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« Soyez toujours dans la joie du Seigneur, je le redis encore, soyez dans la joie… »
Mes frères, mes sœurs,
Voici que la joie, dans les textes de Saint Paul, devient un commandement. Ce n’est pas une fois, ce n’est pas deux fois, c’est plusieurs fois qu’au long de ses lettres il nous répète, il nous demande de nous réjouir. Comme cela sonne bizarre dans un monde où l’on ne cesse de nous dire qu’il y a peu de raisons de nous réjouir. Et pourtant, si j’en crois saint Paul, si j’en crois Sophonie que nous avons entendu tout à l’heure, si j’en crois toute la liturgie de ce jour qui ne cesse de nous parler de joie, la joie est bien l’une des expressions du chrétien. Et comme toute expression du chrétien, la joie ne doit pas être quelque chose d’artificiel, elle doit prendre sa source en lui. Il y a donc, mes frères, mes sœurs, il y a donc des raisons de nous réjouir.
Saint Paul lie ce commandement de la joie à des choses très pratiques. Après nous avoir redit « Soyez dans la joie », il rajoute : « Que votre bienveillance soit connue de tous les hommes ». Eh bien! La joie doit être intimement unie à notre bienveillance. Et une bienveillance qui n’est pas quelque chose de secret, une bienveillance qui doit être visible. Qu’est-ce qu’une bienveillance si elle n’est pas visible au moins pour ceux envers lesquels elle s’exerce. Plutôt que le mot « visible » ici, j’utiliserais le mot « concret ». Notre bienveillance doit être quelque chose de concret, doit être un engagement concret de notre vie. En nous donnant le commandement de la joie, Saint Paul rajoute, on peut le dire, celui de la bienveillance. On parle beaucoup d’amour, on parle beaucoup de charité, c’est juste, c’est la vertu théologale fondamentale qui est à la source de notre vie. Voici que Saint Paul décline cette vertu avec des mots plus familiers, peut-être plus concrets : la bienveillance. La bienveillance dans les rapports que nous avons les uns avec les autres, la bienveillance comme moteur de notre action. Saint Paul nous apprend que cette bienveillance-là peut devenir source de notre joie.
Il ajoute : « Le Seigneur est proche ». Voici, mes frères, mes sœurs, la raison profonde de notre joie. Notre joie n’est pas due à des évènements extérieurs, qui seraient plus ou moins heureux. Celle joie-là, même si elle peut exister, forcément, elle passera un jour. Il y a une joie beaucoup plus fondamentale, beaucoup plus profonde : celle de la proximité du Seigneur. C’est ce qu’on lit dans tous les textes des prophètes qui nous invitent à la joie : « Réjouis-toi, fille de Sion, le Seigneur est en toi », « Réjouis-toi comblée de grâce, le Seigneur est avec toi ». Voici, mes frères, mes sœurs, la source de notre joie, une source que personne ne peut nous enlever. Le temps de l’Avent, c’est-à-dire de la Venue du Christ, de la venue de Dieu, de l’habitation de Dieu en nous, c’est par excellence le temps de la joie, parce que c’est une joie qui naît de la proximité de Celui qui a tout créé et de celui qui est venu nous sauver.
Cette joie-là doit être source d’une immense espérance, une espérance qui ne sera pas détruite par toute sorte de prophètes de malheur, d’évènements de ce monde. Cette espérance-là est fondamentale. Dieu à Noël s’est fait Homme afin d’habiter parmi nous, afin d’habiter en nous. Et cette proximité de Dieu que nous vivons en chaque Eucharistie, ou Jésus-Dieu entre en chacun d’entre nous, cette proximité-là, c’est la source de la vraie joie, une joie qui ne nous sera jamais enlevée même au jour de notre départ d’ici bas parce qu’elle nous accompagnera, comme le Christ nous accompagne dès maintenant pour nous recevoir dans une éternité de joie qui n’aura pas de fin.
Alors on comprend la suite de Saint Paul qui semble si bizarre de nos jours : « Ne soyez inquiets de rien ». Tout ce qui se passe en ce monde, ce n’est pas grand-chose par rapport à la joie qui nous est promise et à laquelle nous pouvons déjà communier ne serait-ce qu’imparfaitement en prenant conscience de la présence de Dieu au plus intime de nous-mêmes.
« Ne soyez inquiets de rien, mais en toutes circonstances, priez, suppliez tout en rendant grâce pour faire connaître à Dieu vos demandes ». La prière qui nous ramène à cette proximité de Dieu, c’est bien le moyen, l’instrument qui va nous permettre de cultiver notre joie, qui va nous permettre d’en vivre d’une manière parfaite.
« Et la paix de Dieu qui dépasse tout ce qu’on peut concevoir gardera vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus ». Tout à l’heure, Jean Baptiste disait à ceux qui l’écoutaient et finalement à chacun d’entre nous : « Celui qui vient après moi tient à la main la pelle à vanner pour nettoyer son aire et battre le blé ». Jésus est en train de nettoyer l’aire de notre cœur, l’aire de notre âme afin que, de plus en plus, à travers les évènements de ce monde, nous ayons conscience de sa présence, nous nous réjouissions de sa présence et que la paix de Dieu domine dans nos cœurs. C’est de là qu’elle partira vers ce monde troublé. Et s’il n’y a pas la paix en nous, où est-ce que le monde la trouvera? Aujourd’hui, mes frères, mes sœurs, saint Paul nous apprend que cette paix est intimement liée à la joie de la présence de Dieu en nous. Qu’il nous donne aujourd’hui par son intercession pour pouvoir accéder à cette joie et de pouvoir nous laisser purifier afin d’être pour tous les hommes et les femmes de ce monde, des sources de paix, de joie et de bienveillance.
Amen!

Roland Jaquenoud