Homélies

11.04.2019 / Célébration pénitentielle

Célébration pénitentielle à la basilique de Saint-Maurice : « Oui, il est bon, il est doux pour des frères de vivre ensemble et d’être unis »

Chaque année en Carême, les fidèles de Saint-Maurice se rassemblent à la basilique pour vivre une célébration du sacrement de la Pénitence. Le chanoine Guy Luisier a préparé cet office en proposant un examen de conscience à partir du Psaume 132. Comme idéal de vie communautaire en réponse aux divisions et crises que vivent les familles, les nations et l’Église, cette prière du psalmiste est très actuelle et elle invite à une vraie conversion. Après cet examen de conscience, chaque fidèle peut ensuite recevoir individuellement d’un prêtre l’absolution pour le pardon de ses péchés. Nous vous proposons en lecture la méditation du chanoine Guy Luisier sur ce Ps 132.

Psaume 132 (133)

Oui il est bon, il est doux, pour des frères
de vivre ensemble et d’être unis !

On dirait un baume précieux,
Un parfum sur la tête,

Qui descend sur la barbe d’Aaron
Qui descend sur le bord de son vêtement.

On dirait la rosée de l’Hermon,
Qui descend sur les collines de Sion

C’est là que le Seigneur envoie sa bénédiction
La vie pour toujours

Mes frères, mes sœurs,

Drôle d’idée de prendre un psaume pour une méditation pénitentielle ! Et pourtant !

Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son fils unique. Ce fils se donne à nous dans l’eucharistie et nous nous donnons à nos frères dans notre vie ordinaire qui devient proprement eucharistique.

Durant ce Carême à travers les conférences données, nous nous sommes affermis dans cette idée que l’Eucharistie est le sommet de la vie chrétienne. C’est le lieu du culte nouveau, de l’Eglise nouvelle et sans cesse renouvelée, c’est le lieu de la vie nouvelle et sans cesse renouvelée, vers laquelle nous montons. Il est clair que nos messes, nos rassemblements de prière ne sont pas toujours cela mais nous sentons - confusément peut-être - qu’il nous faut monter pour accueillir cette vie que Dieu a la bienveillance de nous donner dans l’humble rencontre eucharistique.

Le Ps 132-33 est un psaume des montées : il chante le bonheur des Israélites venus en pèlerinage à Jérusalem, où ils sentent plus qu’ailleurs qu’ils sont frères.

Un petit psaume fait d’une affirmation forte et de deux images qui veulent expliquer l’affirmation, deux images unies par le verbe descendre. Nous montons vers Dieu pour accueillir sa bénédiction divine « descendant » sur ceux qui vivent ensemble dans l’harmonie.

Monter vers Dieu pour accueillir sa bénédiction qui vient sur nous à travers une fraternité toujours neuve.
C’est beau mais ce n’est pas toujours aussi idéal que cela c’est pourquoi il est intéressant de lire et prier ce psaume dans un contexte de pénitence et de réconciliation.

Et cela commence par un OUI exclamatif qui dit que l’être humain est fait pour vivre en société, en communauté, où il trouve son épanouissement et son bonheur. Les deux adjectifs « bon » et « doux » indiquent les dimensions de la fraternité essentielles aux croyants…
Le psaume insiste non seulement sur le vivre ensemble mais sur l’unité. On peut bien vivre côte à côte sans conflit mais ce n’est pas assez, encore faut-il l’union des esprits et des cœurs. On sait combien il est difficile de vivre ensemble en groupe; si on peut le faire dans la paix, l’harmonie et l’unité, nous tendons vers la perfection du Dieu Trinité.
C’est ce qui nous encourage à toujours chercher ce qui est propre à l’homme et en même temps propre à Dieu, ce que Jésus nous a montré parfaitement.

Oui il est bon, il est doux, pour des frères*
de vivre ensemble et d’être unis !

Ensuite deux images : le parfum et la rosée qui descendent d’en haut, pour rafraîchir la vie

Le parfum d’abord : Aujourd’hui personne ne songerait à comparer l’amour fraternel à un parfum répandu sur la tête!
On dirait un baume précieux,
Un parfum sur la tête,
Qui descend sur la barbe d’Aaron
Qui descend sur le bord de son vêtement.
Dans l’ambiance biblique, le parfum est signe d’hospitalité, de cordialité, d’affection, d’ambiance enivrante, de joyeuse exaltation.

Mais il y a plus. Le parfum évoque aussi la consécration royale et sacerdotale. L’image d’Aaron, ancêtre de la classe sacerdotale, renvoie à Jésus le nouveau Grand prêtre et à chacun de nous consacré par l’onction d’huile, au jour de notre baptême et de notre confirmation.
Ainsi la vie fraternelle dans l’unité aurait quelque chose de sacré, voire de sacramentel.
En sommes-nous conscients : Le sacré dépasse les sphères où nous voulons l’enfermer pour envelopper toute notre vie relationnelle, fraternelle et communautaire.
Blesser la vie communautaire, c’est saccagé du sacré.

Deuxième comparaison :
On dirait la rosée de l’Hermon,
Qui descend sur les collines de Sion

Dans un pays aride et chauffé par le soleil, la rosée du ciel est signe de vie, synonyme de la pluie. L’Hermon est la montagne la plus élevée d’Israël et la riche rosée de l’Hermon fertilise tout le pays. La rosée, comme l’eau, est symbole universel de vie et de fertilité. Ainsi l’amour fraternel est la rosée de la vie relationnelle; l’amitié et l’union des frères autour du même Dieu dans le culte sont comme une rosée efficace et féconde qui pénètre toute la vie du pays.
Pour nous que le Christianisme a ouverts à l’universel, cela veut dire qu’une vraie fraternité féconde le monde entier.
Tout geste vers plus de fraternité fait du bien à toute l’humanité. C’est une bénédiction de Dieu.

C’est là que le Seigneur envoie sa bénédiction
La vie pour toujours

Le Ps 133 n’a rien perdu de son actualité. La vie fraternelle peut prendre des noms nouveaux et des formes nouvelles, elle ne meurt pas. Vu que le psaume voit l’amour fraternel comme une consécration, il ouvre de vastes horizons. Quand nous sommes tous unis dans l’amour, dans la foi, dans la prière liturgique commune, plus largement dans la vérité de la communion humaine, il semble que le temps s’arrête et que la Sion terrestre cède le pas à la Jérusalem céleste. Malgré l’étrangeté des comparaisons, le psaume est donc fort utile pour aujourd’hui. Alors que la famille n’existe pratiquement plus, que les sociétés s’individualisent, que l’Église est en crise, il est bon de se rappeler le pouvoir vivifiant et fertilisant de la fraternité humaine surtout lorsqu’elle est vécue en communauté et en Église.
La fraternité humaine est proprement sacrée.

Guy Luisier