Homélies

07.04.2019 / 5e dimanche de Carême

5ème Dimanche de Carême : « Oui, à la contemplation de la vie, dans la mort et la Résurrection du Christ »

La célébration dominicale de ce jour avec le 3ème scrutin, a été présidée par Mgr Jean Scarcella à la basilique de Saint-Maurice. Méditant l’évangile de la résurrection de Lazare dans son homélie, Mgr Jean a voulu que les chrétiens fassent un pas en avant dans leurs interrogations sur le sens de la vie et le mystère qui l’entoure. Ce qui fait sens dans notre monde d’aujourd’hui, c’est percevoir le sens de la vie à la lumière du Christ alors que l’homme vit la mort dans l’âme : « Oui, à la contemplation de la vie, dans la mort et la résurrection du Christ ». Référence des textes liturgiques : Ez 37, 12-14 / Ps 129 / Rm 8, 8-11 / Jn 11, 1-45

Mes sœurs, mes frères,
Si, après avoir écouté tous les textes que la liturgie de la Parole nous offre aujourd’hui, je vous posais la question de savoir qui, pour vous, est le personnage principal au milieu de ces récits, que répondriez-vous ? Certains, pour être quasi sûrs de n’être pas à côté du sujet diront spontanément : Dieu… et je ne pense pas qu’ils aient tort ! D’autres diront : Jésus, parce que quand même, il vient de faire un miracle totalement inattendu. Pour d’autres ce sera Lazare, qui est au centre du récit évangélique. Tout cela est correct, chacun à sa place joue un rôle. Reste que pour moi, et comme pour nombre d’entre vous, sinon de vous tous, j’en suis sûr, le personnage principal, celui qu’Ézéchiel nous annonce, c’est : l’Esprit. D’ailleurs ensuite, saint Paul dans sa lettre aux Romains, nous en convaincra.

L’Esprit du Père, agissant dans et par le Fils, donne la vie, face à la réalité humaine de la mort que représente Lazare. Oui, frères et sœurs, aujourd’hui nous touchons à la fine pointe de notre foi : le mystère de la mort et de la résurrection. Mais aussi, et avant tout surtout, le mystère de la vie.

Combien sommes-nous en ce bas monde à nous interroger sur la vie ? Son origine… sa nature… sa raison d’être… que d’encre a coulé pour approcher ce mystère sous la plume de penseurs, de théologiens, de philosophes, de scientifiques, de poètes… que d’encre ! Et pourtant le mystère demeure toujours. Là où il se dévoile à nous, sans preuve ni solution rationnelle, c’est quand il s’écrit en lettres de sang, le sang qui est symbole de vie, le sang de Jésus qui donne la vie. Oui, nous sommes au cœur de notre foi chrétienne : la contemplation de la vie, dans la mort et la Résurrection du Christ.

En quoi cette certitude du chrétien fait-elle encore sens dans notre monde aujourd’hui, frères et sœurs ? Comment peut-elle continuer à se développer ? Depuis toujours l’homme doit lutter pour sa vie, voire pour sa survie ; les hommes, les religions, les États, les institutions – comme notre Église si bouleversée en ces temps –, doivent traverser des tunnels de ténèbres, doivent faire face à des situations qui les enferment, voire même les enterre, comme pour échapper à toute lumière, ou peut-être s’en préserver. Le monde se trouve souvent à creuser sa propre tombe, donnant ainsi prise au Mal qui n’a qu’une seule préoccupation : détruire la vie. Et, s’il fallait les énumérer ici, les exemples ne manqueraient pas…

Je crois, frères et sœurs, que nous ne nous rendons pas toujours ou suffisamment compte que, si nous utilisons parfois la pelle pour creuser un trou, il faut que ce soit toujours pour y planter la vie, non pour l’y enfouir ; nous devons creuser, oui, creuser notre propre foi, pour planter la vie, la vie de notre baptême marquée du sang du Christ, afin que fleurissent tous les déserts du monde. Et l’outil que nous allons utiliser alors se nomme : Espérance !

C’est là que le texte d’Ézéchiel, lu à l’instant, nous parle, et d’une manière forte, que le Seigneur Dieu annonce qu’il va ouvrir nos tombeaux et qu’il nous en fera sortir ; et le prophète le dit en répétant affirmativement par un futur immédiat une deuxième fois : « Quand j’ouvrirai vos tombeaux et vous en ferai sortir, ô mon peuple ! » Quelle assurance dans ces paroles ! Ce n’est pas qu’un vœu pieux de la part du Seigneur, c’est l’annonce d’une réalité à venir et pourtant déjà en acte.

Pourquoi ? Eh bien le prophète en donne lui-même la réponse ensuite quand il dit : « Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez ». L’Esprit de vie, frères et sœurs, celui de la Genèse qui créa le monde et y installa la vie, comme celui de Jésus qui, du haut de la croix, inonda le monde et le consacra à la vraie Vie, la vie éternelle.

Et voici que saint Paul prend la balle au bond ! Il ne parle plus de tombeaux, mais de « l’emprise de la chair » ; il veut parler ici du péché qui nous met la pelle à la main, pour creuser les tombes où cacher la lumière de la vie. Alors dépêchons-nous de retourner au cœur de notre foi, frères et sœurs, au moment premier et fondamental, là où tout a commencé pour nous sans plus jamais s’arrêter : le don de la vie reçue à notre baptême. Cette vie qui est la vie même de Dieu. Le savons-nous assez ? Je ne peux pas vous la dessiner, mais c’est cette vie qui est principe de notre vie humaine, c’est par elle que notre corps vit, c’est le sang de Jésus qui, coulant désormais en nos veines, écrit le mystère de l’histoire de notre vie. Et cette vie, pour aujourd’hui certes, mais de toujours à toujours, cette vie s’appelle ”âme”, anima en latin, c’est-à-dire le principe qui nous anime sous la mouvance de l’Esprit, l’Esprit reçu et donné lors de notre Baptême, l’Esprit accepté et aimé depuis notre Confirmation. L’Esprit qui est réponse à l’intelligence du mystère de la vie.

Depuis notre baptême, frères et sœurs, nous sommes « sous l’emprise de l’Esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite en vous », nous dit saint Paul. » Votre corps a beau être voué à la mort à cause du péché, l’Esprit est votre vie »… l’Esprit est votre vie, renchérit-il, et comme il le déclare encore ailleurs : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi. » (Ga 2, 20) CQFD ! que dire d’autre, frères et sœurs ? L’Esprit du Christ habite en nous, c’est lui « qui a ressuscité Jésus d’entre les morts », ainsi donnera-t-il « aussi la vie à nos [vos] corps mortels par son Esprit qui habite en nous [vous] ».

Et Lazare, me direz-vous, va-t-on l’oublier ? Eh bien Lazare, frères et sœurs, est quelque part l’archétype de tout ce développement que nous venons de faire sur la mort et la vie. Cet épisode très émouvant de la vie de Jésus est comme une incarnation du mystère de la vie, c’est-à-dire une visualisation à dimension humaine de l’œuvre de restauration du monde par Dieu. C’est bien pour cela que saint Jean rapporte ces mots de Jésus : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu ». En effet la gloire de Dieu se manifestera au dernier jour et nous en serons partie prenante, totalement et éternellement.

Historiquement Jésus a appris la mort de son ami Lazare, il s’est mis en marche pendant le jour, à la lumière de ce monde – il part donc d’une démarche proprement humaine, liée à sa nature humaine –, il arrive a Béthanie et là se découvre, à travers la foi indicible et inexprimée de chacune des deux sœurs de Lazare, mais une foi pourtant manifeste : « Seigneur, si tu avais été là, notre frère ne serait pas mort », oui là se découvre la divinité de Jésus, la présence de l’Esprit de vie en lui. Ainsi cette réponse radicale du Fils de Dieu et Dieu lui-même : « Moi, je suis la Résurrection et la vie ».

Puis c’est le départ vers le lieu de la sépulture du défunt Lazare, et là nous retrouvons une situation proprement humaine face à la réalité de la mort telle que nous la connaissons. Et l’homme Jésus fut bouleversé, ému, et même pleura ; Jésus, homme parmi les hommes, partage la peine et le deuil, assumant ainsi pleinement sa condition humaine. Cependant vient l’heure du signe que Jésus va poser. L’Esprit du Seigneur est prêt à agir, la foi sera expérience de la transcendance à laquelle chacun va être confronté, et Jésus, manifestant alors sa divinité pourra dire à Marthe : « Si tu crois tu verras la gloire de Dieu », c’est-à-dire tu verras la vraie Vie. Alors Lazare sort vivant du tombeau et, délié de toute entrave, préfigurant en quelque sorte la vie éternelle, il va.

Le Seigneur nous y avait préparés par la bouche du prophète Ézéchiel : « Je vous installerai sur votre terre – celle de la terre nouvelle et des cieux nouveaux ¬–, et vous saurez que je suis le Seigneur : je l’ai dit, et je le ferai ». Que cette parole aiguise notre foi en la résurrection et ravive notre espérance du salut.

Ainsi soit-il !

Mgr Jean Scarcella