Homélies

24.03.2019 / 3e dimanche de Carême

Premier scrutin des catéchumènes en marche vers le baptême : désir de la foi en Jésus, soif d’amour dans l’Esprit-Saint

Ce dimanche 24 Mars, Mgr Jean Scarcella a procédé à la célébration du 1er scrutin aux catéchumènes qui évoluent dans la foi vers leur prochain baptême à Pâques. S’adressant spécialement à eux, Mgr Jean les rassure : « Chers catéchumènes, de la nécessité de vivre dans la plénitude du baptême, nous en sommes persuadés et nous nous réjouissons de cheminer avec vous vers votre baptême. Aujourd’hui a lieu le premier de trois « scrutin », c’est-à-dire un temps de prière particulier de purification et d’illumination, durant lequel vous allez approfondir encore votre désir de salut et découvrir tout ce qui s’y oppose; c’est à cette fin que, fortifiés dans votre itinéraire spirituel, vous préparez vos cœurs à recevoir les dons du Sauveur ».
Dans son homélie, Mgr Jean a médité le texte de la samaritaine en lien avec les autres lectures de cette célébration dominicale. Référence des textes : Ex 17,3-7 / Ps 94 / Rm 5,1-2.5-8 / Jn 4,5-42

Mes sœurs, mes frères,
Nous avons contemplé, dimanche dernier, Jésus sur le mont Thabor, Jésus inondé de lumière, éclatant de blancheur immatérielle, transfiguré en son corps glorieux. La lumière, la clarté, le jour sont des notions-phares du christianisme ; notre Dieu est un Dieu de lumière. Et cette lumière, comme un nimbe autour de la maison commune, comme une auréole autour de la terre, éclate en son or divin au milieu d’une marée bleue sur notre tenture de Carême, un ciel qui appelle l’infini.
La maison commune, image de l’humanité est nimbée du signe de l’alliance qui la fait sainte. Oui, l’homme est une histoire sacrée, le chrétien est image du Christ par son baptême, l’Église est sainte. Et tout cela se déploie dans l’immensité du temps, signifié ce matin par cet immense ciel bleu qui occupe l’entier de notre tenture. « Quel beau bleu ! Aussi vaste que le ciel, aussi profond que la mer. […] Le bleu est la couleur de la foi », dit entre autre la petite méditation sur la tenture. Le bleu de Marie, la première à avoir cru, le modèle de la foi, et sur laquelle Jésus s’appuie.
Le grand cercle doré, nous l’avons entendu dimanche dernier, est le signe de l’alliance, cette alliance que Dieu le Père par Jésus, avec lui et en lui, passe au doigt de l’humanité. Une alliance par son incarnation, avec sa mort et en sa résurrection. Une alliance entre la terre de la maison commune et le ciel.
Qui dit alliance, frères et sœurs, dit vie ; qui dit vie, dit eau… et qui dit eau, dit soif. Oui, l’alliance est soif de vie, elle est appel d’amour, elle est réalisation du don.
Nous disons souvent et volontiers que nous avons soif de Dieu, certainement à la suite du psaume 62 qui dit : « Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube : mon âme a soif de toi ; après toi languit ma chair, terre aride, altérée, sans eau. » Souvent nous cheminons à travers le désert spirituel de nos vies comme le peuple hébreu dans le désert à Rephidim. Et notre marche s’alourdit, et notre cœur se dessèche, et la soif se fait sentir. Le peuple qui campait dans le désert se voyait déjà mourir de soif et récriminait contre Dieu et contre Moïse. Alors Dieu ordonna à Moïse de frapper avec son bâton le rocher d’où jaillit instantanément de l’eau pour la vie.
Et voici que « Jésus, fatigué par la route, s’était assis là, au bord du puits. Il était environ midi. » Saint Jean, qui aime bien les petits détails de grande importance, note qu’il est midi. Le soleil est au zénith… la lumière est totale… le disque solaire est anneau étincelant… et la chaleur est intense. Nous retrouvons ici l’éclat de la divinité, la pureté de l’alliance et la force de la foi. Et Jésus a soif : « Donne-moi à boire », demande-t-il à une femme venant puiser de l’eau au puits. Un jour une femme, Marie sa mère, lui avait demandé de donner à boire aux époux d’une noce, aujourd’hui, lui l’Époux qui connaîtra la soif ultime sur la croix, demande à une femme de lui donner à boire. Jésus a foi en cette femme… et elle, va commencer un processus de conversion qui va lui ouvrir le chemin de la foi en Jésus.
Et cet épisode, en plein midi, a comme décor un ciel immensément bleu et un puits rempli d’eau. Nous retrouvons donc frères et sœurs, le bleu de la foi et l’eau de la vie. Sans foi, pas de vie, sans vie pas de satiété possible. La foi est un don, un don comme une eau pour la vie.
Frères et sœurs, nous ne nous sommes pas assis aujourd’hui avec Jésus sur la margelle du puits de Jacob, mais nous nous sommes déjà penchés sur la fontaine baptismale. L’eau du puits désaltère quand la soif serre la gorge, l’eau du baptême rassasie quand le cœur s’ouvre à l’amour. Oui, frères et sœurs, le don de l’eau que nous a fait le Seigneur au jour de notre baptême, et que recevrons nos catéchumènes durant la toute prochaine veillée pascale, ce don est le don de la vie. Le don de la vie même de Dieu qui vient prendre les commandes de notre vie, en quelque sorte, la vie divine qui nourrit notre vie terrestre pour nous préparer, et nous conduire, à la vie de la Promesse, la Vie éternelle.
« Si tu savais le don de Dieu, si tu connaissais celui qui te dit : "Donne-moi à boire" », dit Jésus à la samaritaine. L’entendons-nous, Jésus, nous le dire à nous ? Nous surprenons-nous parfois à nous entendre le dire à nous-mêmes : « Si tu savais le don de Dieu »…
De fait, frères et sœurs, nous le savons et nous n’avons besoin ni de nous en persuader, ni de poser des questions à ce sujet : baptisés, nous savons que nous avons reçu le don de la vie, nous savons et nous professons même que « celui qui boira de l’eau que le Seigneur nous donnera n’aura plus jamais soif », ne se traînera plus jamais dans les aridités de son péché, dans les errances de ses doutes, dans les sécheresses de ses sentiments. Non seulement notre baptême nous l’enseigne, mais il nous le fait éprouver, pour autant que nous adhérions, avec foi et dans la foi, filialement et dans l’obéissance, à la Parole de Jésus.
La femme de Samarie qui attendait « le Messie, celui qu’on appelle Christ » savait aussi que « Quand il viendra, c’est lui qui nous fera connaître toutes choses », comme elle l’a dit à Jésus. Elle était alors, à ce moment-là prête… prête à être – et j’ose le mot – prête à être baptisée, puisqu’apte à entendre : « moi qui te parle, je le suis ». Je le suis… en écho au fameux ”Je suis, celui qui suis” du mont Sinaï, qui a retenti aux oreilles du cœur de Moïse. Oui, la femme l’a su, « elle qui avait rendu ce témoignage », bien sûr à cause des paroles prophétiques de Jésus sur le genre de vie qu’elle menait, mais surtout parce qu’elle a cru que l’eau que donne Jésus – et qu’il lui a donnée – « deviendra en elle source jaillissante pour la vie éternelle. »
Voilà frères et sœurs : l’eau de notre baptême, l’eau pour notre vie, l’eau éternelle de l’amour éternel. Ne nous lassons pas de rendre grâce de ce don de Dieu pour nous, refusons de nous y habituer, mais décidons, chaque matin de nous en émerveiller. Ce don vient du rocher, ne l’oublions pas, du Calvaire frappé par le bois de la croix plantée dans ses entrailles, et du cœur transpercé du Christ. S’il a crié du haut de la croix « J’ai soif », c’était pour nous apprendre à nous abreuver à l’Esprit Saint qu’il nous donna en mourant pour nous.
Ainsi soit-il !

Mgr Jean Scarcella