Homélies

21.03.2019 / 2e Conférence de Carême : Eucharistie et Rite

Conférence 2 : Eucharistie et rites

Introduction
Après avoir eu « Eucharistie et Bible », nous arrivons sur « Eucharistie et rites ». Bien entendu cette conférence se veut la suite de celle de jeudi. Elle partira d’un certain nombre de choses que nous avons vues jeudi dernier. Mais j’essaierai de faire en sorte que ceux qui n’étaient pas là, ne le ressentent pas.

1. Les trois rituels de l’Eucharistie selon la tradition apostolique
Jeudi dernier, nous avions regardé les données de la Bible, du Nouveau Testament. Nous avons essayé de les interpréter. Et finalement, si l’on se met maintenant du point de vue du rite, c’est-à-dire de la manière de célébrer l’Eucharistie, il se trouve que dans le Nouveau Testament, on n’a pas beaucoup de détail. On a trois moments principaux qui nous disent ce qui se passait alors. On a les récits de l’institution de l’Eucharistie. Le moment où on voit Jésus prendre du pain, rendre grâce : on a vu que rendre grâce, c’était le mot faire eucharistie, en grec. On a vu que c’est aussi rompre et le donner à ses disciples. Et faire la même chose avec le vin en disant les paroles : « Ceci est mon corps », « Ceci est la coupe de la nouvelle alliance en mon sang ».
Donc le premier élément rituel que l’on a, si vous voulez, ce sont les paroles et les gestes de Jésus racontés dans quatre passages : Evangile de Matthieu, Marc et Luc et dans la première épître de Saint Paul aux Corinthiens qui raconte le même événement, le même repas du Seigneur en des termes légèrement différents, enfin qui se retrouvent sur beaucoup de choses. C’est le premier élément rituel que nous laisse le Nouveau Testament.
Le deuxième élément rituel que nous avons vu aussi, c’est la pratique de la toute première Eglise, de l’Eglise apostolique que l’on trouve dans les Actes. On voit que se réunir pour la fraction du pain, est dès les débuts, quelque chose de propre aux chrétiens. Vous vous rappelez que la première communauté de Jérusalem, ils vont au temple tous les jours chanter les psaumes avec les autres juifs, et ils se réunissent dans leur maison tous les jours aussi pour rompre le pain.
Et le troisième élément que l’on a vu aussi, c’est chez saint Paul. Au moment, où très tôt on se dit qu’il faut distinguer le repas du Seigneur, d’un repas normal. Et saint Paul dans la première Epitre aux Corinthiens dit clairement : « Vous avez des maisons pour manger et boire. Quand vous venez à l’Eglise célébrer le repas du Seigneur, c’est autre chose. » A ce moment, on n’a évidemment pas d’église-bâtiment. Mais déjà, à ce moment, saint Paul exige qu’il y ait deux espaces différents : l’espace proprement privé qui est le lieu du repas familial, et l’espace-église où les croyants se réunissent, où l’on va célébrer le repas du Seigneur, qui dès ce moment-là est distinct d’un repas habituel.
C’est grosso modo, les trois éléments rituels que l’on a dans le Nouveau Testament. Et donc tout le travail de la tradition de l’Eglise, ça va être de donner corps à ce rite-là, le développer. On va chercher à le signifier par des prières, par des rites, par des gestes, signifier le contenu, ce que veut dire ce repas du Seigneur, comme nous l’avons vu, qui est un vrai sacrifice, qui est le mémorial, c’est-à-dire, la manière qui est de rendre présent la Pâques du Christ, sa mort et sa résurrection, et de la recevoir dans la communion.
Et là, il y a quelque chose de tout à fait intéressant. Si on compare à une autre grande religion qu’on connaît bien, l’Islam : en Islam, la prière canonique, cinq fois par jour, elle est codifiée par le texte sacré. C’est-à-dire que tous les musulmans, quelles que soient leurs traditions, puisqu’il y a beaucoup de traditions en Islam, beaucoup de rites, comme il y a beaucoup de traditions en chrétienté, ils vont devoir célébrer la prière canonique cinq fois par jour avec des paroles et des gestes précis. Il y a de toutes petites variantes, entre chiites et sunnites, mais ça tient à la position des mains, à des choses comme ça.
Alors que dans la tradition chrétienne, le Nouveau Testament nous livre les éléments de bases du rite. Mais il ne nous livre absolument pas un déroulement précis selon lequel on doit célébrer ce rite. Ça va être le travail de l’Eglise. C’est pour ça que vous allez avoir dans l’Eglise, plusieurs traditions liturgiques, comme on dit. On reviendra là-dessus après.

2. Les traditions liturgiques dans la période post-apostolique : Ignace d’Antioche
Dans la génération post-apostolique, c’est-à-dire la génération qui suit directement les apôtres, on se rend compte que déjà, vous avez une célébration de l’eucharistie établie très clairement autour de l’évêque et du presbyterium. Je vais expliquer ces mots.
Les ministres de l’Eucharistie
Dans le Nouveau Testament, vous avez trois mots qui sont liés à des services spécifiques en Eglise. Ce sont les diacres : là on connaît bien le rôle puisqu’il est très clairement décrit dans les Actes. Ce sont des gens qui sont au service de la charité.
On a des presbytres : c’est-à-dire des anciens. Le mot « presbytre » va donner « prêtre » en français. Vous voyez le lien presbytre-prêtre. C’est un mot grec qui veut dire les anciens. Et on sait que saint Paul, lorsqu’il fondait des églises, il établissait toujours des anciens à la tête de ces églises; un groupe d’anciens qui étaient responsables de l’église locale et qui sont en principe dépendants, sous l’autorité d’un apôtre, ou de quelqu’un que l’apôtre désigne de manière particulière. On a Tite et Timothée.
Et puis vous avez le troisième mot : « episcopos », évêque. Le sens de ce mot dans l’Ancien Testament, n’est pratiquement pas distinct du presbytre, de l’ancien. Et donc, c’est dans la génération post-apostolique qu’on va donner le sens que nous avons maintenant.
Le diacre, ça ne bouge pas. Mais on va distinguer « presbytres », c’est-à-dire prêtre d’évêque. L’évêque, ce sera comme Tite, comme Timothée, des gens qui ont été posés à la tête d’une église et qui dirigent le groupe des anciens. On n’a pas dans les textes, ce passage-là; c’est-à-dire au moment où on décide de faire ce passage-là. Mais dès qu’on a des textes qui parlent de l’église ancienne, et qui parlent de l’eucharistie, on voit que c’est établi, c’est-à-dire que, dans toute église locale, vous avez un évêque, un collège des prêtres et des diacres.
Les témoignages d’Ignace d’Antioche (env. 35-107 apr. J.-C.)
Je vous ai donné dans les textes que vous avez reçus trois passages de saint Ignace d’Antioche. J’ai voulu mettre ces dates; ce n’est pas pour des questions d’érudition, c’est pour qu’on voie qu’Ignace d’Antioche, c’est vraiment un contemporain des apôtres. Il n’est pas très loin des apôtres. S’il naît en 35 (On n’est pas sûr), c’est-à-dire que vingt ans plus tard, il est adulte; et qu’il est réellement, au sens temporel du terme un « successeur » des apôtres. Or Ignace d’Antioche, nous décrit les premières assemblées eucharistiques selon la manière que je vous ai exposée. Ignace d’Antioche écrit une série de lettres à différentes églises : lui-même est évêque d’Antioche. C’est pour ça qu’on l’appelle Ignace d’Antioche. Or Antioche, vous vous rappelez dans les Actes, c’est la première communauté chrétienne à qui on a donné le nom de « chrétien ». Antioche est une communauté chrétienne importante. Elle se trouve dans les Actes et c’est de là que vient le nom des chrétiens. Ignace est évêque d’Antioche, c’est-à-dire qu’à la tête de la communauté chrétienne d’Antioche, il se fait arrêter et envoyer à Rome où il va subir le martyre. Il est connu comme un tout grand martyr de l’Eglise.
Or pendant son voyage, entre Antioche qui se trouve en Asie mineure (en Turquie actuelle) et Rome, il écrit des lettres à un certain nombre de communautés chrétiennes. Et il est notamment confronté au premier problème de désunion de l’Eglise. C’est-à-dire qu’on commence par avoir des communautés qui se fractionnent, des églises qui se disputent. Et Ignace d’Antioche va très clairement dire que Celui qui fait l’union de l’Eglise, l’homme, je ne parle pas de Jésus qui l’origine de l’union de l’Eglise, mais dans une communauté locale, celui qui fait l’union de l’église, qui la symbolise, et autour de laquelle l’église doit s’unir, c’est l’évêque entouré de ses presbytres. Il va comparer l’évêque au Christ et les presbytres au collège des apôtres, c’est-à-dire au groupe des apôtres.
Et c’est dans cette optique-là, que vous avez un premier enseignement sur la manière qu’ont les premiers chrétiens dans cette deuxième génération de célébrer l’eucharistie.
a) Lettre aux Ephésiens 20,2.
Le premier texte est une Lettre aux Ephésiens. Alors, saint Paul avait écrit aux Ephésiens, une communauté chrétienne. Eh bien! Une génération plus tard, il y a toujours une communauté chrétienne à Ephèse, et Ignace d’Antioche leur écrit :
« (…) Vous êtes unis de cœur dans une inlassable soumission à l’Evêque et au presbyterium… » : Le presbyterium, c’est le groupe des prêtres. «… rompant tous un même pain, ce pain qui est un remède de l’immortalité, un antidote destiné à vous préserver de la mort et à vous assurer pour toujours la vie en Jésus-Christ. (cf. Jn 6,58 : Celui qui mange ce pain vivra éternellement.) »
Vous voyez que le pain rompu est un antidote à la mort. Or, il donne la vie : vous avez une allusion directe à ce que nous avons lu jeudi passé dans l’évangile selon saint Jean 6,58 : « Celui qui mange ce pain (ce pain qui est la chair du Christ), vivra éternellement ». Et donc, chez Ignace d’Antioche, il y a une nécessité, de recevoir l’Eucharistie pour recevoir la vie que le Christ nous donne en sa résurrection. Et cette eucharistie, elle se fait là où se trouvent l’évêque et le presbyterium.
b) Lettre aux Philadelphiens 4
Texte suivant : Lettre aux Philadelphiens. C’est une autre cité grecque où il y a des chrétiens : « Ayez soin de ne participer qu’à une seule eucharistie. Il n’y a en effet qu’une seule chair de notre Seigneur, une seule coupe pour nous unir dans son sang, un seul autel, comme il n’y a qu’un seul évêque, entouré du presbyterium et des diacres, les associés de mon ministère. »
« Une seule eucharistie » : dans l’église ancienne, ce sera très fort. Ne célèbre l’eucharistie dans une église, dans une communauté donnée, on ne la célèbre qu’une fois dans la journée; « un autel donné » : ce sont des règles qui existent encore chez les orthodoxes. On ne peut célébrer qu’une fois l’eucharistie; on n’a pas le droit de dire trois messes, comme on fait maintenant, au même autel. Et dans l’église ancienne, celui qui préside l’eucharistie, c’est clairement l’évêque. Les prêtres l’entourent. Vous n’avez pratiquement pas de cas connu, on verra que ça existait déjà, mais vous n’avez pas de cas connu où le prêtre irait célébrer l’eucharistie seule.
L’eucharistie célébrée par tout le peuple, présidée par l’évêque entouré de son presbyterium, c’est clairement le lieu de l’union de l’Eglise. En dehors de cette eucharistie-là, on est en dehors de l’Eglise. C’est très clair dans les textes d’Ignace.
c) Lettre aux Smyrniotes 8,1
Et je vous ai donné encore un tout petit bout de la Lettre aux Smyrniotes (aujourd’hui Izmir) : « Que cette eucharistie seule soit regardé comme vraie, qui se fait sous l’évêque ou celui qu’il en aura chargé. » Là, vous avez l’idée qu’un prêtre peut aussi, mais il faut qu’il soit chargé par l’évêque.
Alors, bien sûr, on est dans des petites communautés, donc, il n’y a pas besoin d’avoir 15 églises, des eucharisties partout. On se réunit à un endroit pour l’eucharistie. Petit à petit, les communautés vont devenir plus importantes, petit à petit on va avoir des conversions hors des villes. Il va donc falloir que les évêques envoient l’un ou l’autre de leurs prêtres, leurs presbytres pour présider l’eucharistie ailleurs. Parce que les gens ne peuvent pas se déplacer forcément se déplacer jusqu’aux grandes villes. C’est ça l’origine. Petit à petit de différents lieux de cultes. C’est l’origine, très ancienne. Mais, l’idée de base que l’Eucharistie est une, et que c’est l’évêque qui symbolise et réalise l’union de l’église locale, cette idée-là va demeurer jusqu’à nos jours.
3. Les éléments principaux du canon eucharistique
La célébration eucharistique en communion avec l’évêque
Qu’est-ce qui se passe lorsqu’on célèbre la messe? Vous vous rappelez au canon, à la prière eucharistique, on fait mention du pape et de l’évêque. Et c’est très précis dans l’Eglise. Vous ne pouvez pas faire mention de n’importe quel évêque. Vous êtes prêtre du diocèse de Sion, vous venez célébrer dans le diocèse de Fribourg, avec une communauté du diocèse de Sion, vous devez faire mention de l’évêque de Fribourg, mais pas de Sion.
Parce que c’est le reste, maintenant que les eucharisties sont multipliées; que l’évêque, ce ne sera pas possible. Imaginez s’il n’y avait que l’Eucharistie à Sion, Fribourg et Saint-Maurice! Ce serait pénible quand même! C’est très précis.
La mention de l’évêque et du pape à la Prière eucharistique
Maintenant ce qui va signifier cette union autour de celui qui symbolise l’unité de l’église locale, c’est la mention de l’évêque à la Prière Eucharistique; et qui dans nos quatre Prières Eucharistiques habituelles est une mention de communion. Malheureusement, la traduction française, elle prie pour l’évêque : « Souviens-toi de… ». Si vous lisez le texte latin original, il n’y a que dans la Prière Eucharistique 4 qu’on prie pour l’évêque. Dans la Prière Eucharistique 1, 2 et 3, on est en communion avec le pape et l’évêque. Je ne sais pas pourquoi la traduction française a changé ça. C’est vraiment une question de communion dans l’esprit de saint Ignace. Partout où l’eucharistie est célébrée, on est en communion avec l’évêque local et puis pour les catholiques, en communion avec celui qui est le successeur de Pierre, le pape de Rome : mais cela viendra plus tard dans le rite romain, la mention du pape. La mention de l’évêque, elle est toujours-là, dans tous les rites, même les rites non catholiques où on a conservé le sacerdoce et l’eucharistie.
De cette pratique-là, c’est-à-dire, d’une eucharistie unique, présidée par l’évêque, on a déjà un élément de ritualité qui va arriver dans toutes les célébrations, qu’elles soient catholique romaine, orthodoxe, copte, éthiopienne, syrienne, arménienne, etc. on fait toujours mention à la Prière Eucharistique, de l’évêque. Toujours. A tel point que le Concile Vatican II va clairement exprimer que le prêtre est « collaborateur » de l’évêque. Donc son ministère, il vient de l’évêque, y compris lorsqu’il célèbre l’eucharistie. Voilà!
Ça, c’est un élément de plus par rapport aux données bibliques. Donc il fallait le traiter. Mais je ne vais pas maintenant faire toute une histoire de l’eucharistie chez les Pères de l’Eglise, on n’en aurait pas le temps et puis ça demanderait une autre disponibilité. Simplement, c’est important de rajouter ça pour bien signifier que la célébration de l’Eucharistie, elle est une célébration de l’Eglise, de l’unité de l’Eglise. D’où la mention dans l’eucharistie de ce qui symbolise cette unité : l’évêque d’abord, et le pape pour nous.
Allons un peu plus loin. Tout ce qu’on a dit-là est commun. Commun à toutes les églises où vous avez des évêques, des prêtres ordonnés. C’est-à-dire selon la tradition ancienne, vous savez qu’un évêque est ordonné par l’imposition des mains par un autre évêque. Et si on remonte jusqu’au bout, on remonte aux apôtres. Les premiers évêques ordonnés, c’est Tite et Timothée. Ils ne s’appellent pas évêques en ce moment-là, bien sûr, on n’appelait pas cette fonction-là la fonction épiscopale, mais, la réalité est là.
Et ainsi que, toujours par l’ordination, des prêtres sont des collaborateurs de l’évêque. Donc toutes les églises qui ont gardé cette ancienne traduction, qui pour Ignace est le gage de l’apostolicité. L’église est apostolique parce qu’elle vit du ministère apostolique qui se transmet par l’imposition des mains. Toutes les églises qui ont gardé cette tradition-là, elles vivent toutes de ce même tronc liturgique. C’est-à-dire, les ordres du Christ lors de la sainte Cène, les célébrations de la première communauté apostoliques, et une célébration où l’évêque, même s’il n’est pas là, a symboliquement le rôle central comme symbole de l’unité de l’église locale ou universelle.

Les traditions liturgiques
À partir de ces éléments-là, vont se dessiner plusieurs traditions liturgiques. En Occident dans le monde latin, en Orient dans le monde grec, dans le monde syriaque, vous avez encore quelques personnes qui parlent les langues syriaques, en Syrie. Ce sont de vieilles langues araméennes. Ces gens-là en principe, sont chrétiens. Vous avez aussi l’Arménie, bien sûr. Ce sont les grandes sphères culturelles et linguistiques, où vont se développer différents rites, mais avec ce même fondement qu’on a là.
Si vous allez dans une célébration byzantine, par exemple, chez les orthodoxes, vous n’allez pas reconnaître grande chose, surtout si vous ne comprenez grande chose, mais les éléments qui sont-là, vous allez les retrouver tous.
Le développement postérieur des éléments de la tradition apostolique
J’ai décidé de vous réciter, un passage qu’on avait cité la dernière fois dans les Actes parlant des premiers convertis à la prédication de saint Pierre, juste après la Pentecôte :
Actes 2,42 : « Ils étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. »
Lors d’une célébration eucharistique dans tous les rites qui vont se développer dans le christianisme ancien, vous allez avoir ces éléments.
L’enseignement des apôtres : c’est la partie biblique. Vous n’avez aucune liturgie eucharistique qui se fait sans des lectures bibliques. Notre rite à nous qui est le rite romain tolère comme lecture de la messe l’Ancien et/ou le Nouveau Testament avant l’évangile. Si vous allez dans le rite byzantin que célèbrent les orthodoxes ou les gréco-catholiques, à la messe, comme première lecture, on n’a que le Nouveau Testament. On lit l’Ancien Testament aux vêpres, aux vigiles, mais pas à l’eucharistie. Et comme ça, on applique beaucoup plus littéralement cette idée de l’enseignement des apôtres, puisque le Nouveau Testament est écrit par différent Apôtres.
Et bien sûr vous avez, comme dans toute liturgie, le sommet de la partie Parole, c’est l’évangile parce que dans l’évangile on a directement les actions, bien sûr par l’intermédiaire d’un apôtre évangéliste, mais directement les actions et les paroles du Christ. Donc dans toute liturgie, quelle qu’elle soit, vous allez chez les syro-malabar en Inde (pour prendre des choses très exotiques), ou dans le rite syro-oriental des assyriens quelque part perdu au fin fond de l’Irak, vous allez toujours avoir une première partie autour de la Parole de Dieu : enseignement des apôtres.
La communion fraternelle, la célébration eucharistique, n’est jamais une célébration personnelle; elle n’est jamais, même si elle se fait en petit groupe, même si elle se fait à deux, elle est toujours une célébration de toute l’Eglise, toujours. Parce que c’est toujours le Christ qui se donne, qui s’offre en sacrifice dans son Eglise. Peu importe qu’on soit 2 ou 50 000. C’est toujours toute l’Eglise qui symboliquement est présente.
Et dans tous les rites, vous allez avoir un moment, ça change un peu l’endroit, où on s’échange le baiser de paix pour marquer cette communion fraternelle. Chez nous, c’est à l’Agnus Dei, dans les rites orientaux c’est au début de la partie eucharistique, juste après le Credo, peu importe. Mais dans tous, il y a un moment fort qui est le baiser de paix.
Nous on l’a appelé le signe de paix, parce que le baiser de paix ne va plus. Mais c’est le baiser de paix. « Échangez entre vous un saint baiser de paix », c’est saint Paul, qui marque la communion fraternelle. C’est dire que dans le rite de la paix, ce n’est pas juste une salutation, j’espère bien qu’on s’est salué avant la messe, qu’on a salué son voisin en s’installant avant la liturgie. C’est vraiment un moment où par mon frère, ma sœur, je reçois la paix du Christ et je la lui donne pour être en communion au moment où on célèbre. La liturgie de communion par excellence, qui est le Christ qui s’offre qui répète son unique sacrifice pour nous ici et maintenant.
La fraction du pain : là, c’est clair. C’est la partie proprement eucharistique. On verra après. Et puis les prières, c’est clair aussi. On prie du début jusqu’à la fin de l’eucharistie.
Ces éléments-là, ils vont se retrouver absolument dans tous les rites. Ils sont nécessaires et sans ces éléments-là, il n’y a pas de célébration de l’eucharistie. On a beaucoup insisté au moment du concile Vatican II pour dire que la première partie, c’est aussi l’eucharistie. Alors ça! On dit souvent que la Réforme liturgique du Concile Vatican II a mal été reçue, qu’on ne l’applique pas… Je ne rentre pas dans le détail. Mais ça, c’est appliqué. Maintenant tout le monde sait très bien que quand on va à la messe, ce n’est pas juste depuis l’offertoire jusqu’à la communion du prêtre.
Le rite romain et la Réforme liturgique de Paul VI
Je vous ai dit qu’à partir de ces éléments communs, vous allez avoir un développement du rite dans différentes régions. Et nous, notre rite s’appelle le rite romain. Donc, la messe catholique traditionnelle, ce n’est pas la messe catholique : si vous allez chez les arméniens catholiques, les gréco-catholiques, ils vont célébrer autrement et c’est aussi l’eucharistie catholique. On y communie sans aucun problème, même si on n’y comprend rien. La messe catholique que nous avons, c’est le rite romain.
Alors, et le rite romain a sa propre histoire. Il vient de Rome, évidemment. Il s’est développé surtout au départ, au Moyen-âge, par le fait des carolingiens. Charlemagne et ses théologiens qui ont beaucoup fait pour le développer dans l’Occident latin. Mais ce n’est pas le seul rite latin, ce n’est pas le seul rite occidental. La dernière fois, je vous ai dit par exemple, qu’il y a un rite très vivant actuellement à Milan qui s’appelle le rite ambrosien. Tout le diocèse de Milan célèbre à un autre missel que nous. Et ce n’est pas un petit diocèse. Donc, même dans la sphère latine, il y a plusieurs rites. Il y a un rite chez les chartreux. Vous avez un rite dominicain qui a un peu disparu. Vous avez le rite mozarabe aussi qui se célèbre encore dans une chapelle de la cathédrale de Tolède. Mais qui se célèbre tous les jours.
Petit à petit, le rite romain, dans la partie latine occidentale, du monde méditerranéen, va prendre le dessus. Et c’est pour ça que nous célébrons selon le rite romain. Ce rite romain connaît lui-même comme tous les rites, une évolution, des changements. Puisqu’on n’a pas exactement un coran qui nous dit comment on doit faire les choses, petit à petit, ce sont les traditions liturgiques qui vont développer le rite à leur manière. Et le dernier grand développement du rite romain, c’est la Réforme du Missel Romain après le concile Vatican II. C’est l’actuelle qui s’appelle le Missel Paul VI. Le Missel Paul VI, ce n’est pas une nouvelle manière de célébrer la messe différente de ce qu’on faisait avant 1960. C’est une évolution normale du rite qui est celui du début qu’on appelle le rite romain.
Et donc, nous allons voir maintenant, quelques éléments, on n’aura pas le temps de les voir en détail; c’est l’autre texte sur les gestes du Christ. Nous allons voir quelques éléments de la célébration de l’Eucharistie, tel que nous la vivons, nous, avec quelques éléments de comparaison dans d’autres rites si c’est nécessaire.
4. Analyse des gestes du Christ selon la PGMR N° 72
Dans la messe, notamment dans la deuxième partie qu’on appelle la liturgie eucharistique, on va poser les gestes du Christ. Donc, du moment de la présentation des dons jusqu’au moment de la communion, on amplifie, si vous voulez, les différents gestes du Christ. C’est très clairement exprimer dans la Présentation Générale du Missel Romain (PGMR). Notre missel à nous, vous savez que les prêtres ont un livre sur l’autel selon lequel il célèbre qui s’appelle le Missel. La PGMR exprime très clairement la chose. On va la lire ensemble :
« A la dernière Cène… » : donc le soir du Jeudi Saint
«… le Christ a institué le sacrifice et le banquet pascal par lequel le sacrifice de la croix est sans cesse rendu présent dans l’Eglise… » : C’est ce qu’on disait la dernière fois. Quand le Christ, le Jeudi Saint donne à l’Eglise son Corps et son Sang, il donne ce qu’il va offrir le lendemain sur la croix. Et donc, il donne aussi à l’Eglise, la mission de perpétuer ce geste et ces paroles. Et donc, l’Eucharistie, c’est notre participation, ici et maintenant, à l’unique sacrifice du Christ sur la croix. Ce sacrifice qui devient actuel ici et maintenant pour chacun d’entre nous. Je ne m’attarde pas là-dessus. On l’a longuement développé la dernière fois.
« … lorsque le prêtre, représentant le Christ Seigneur, accomplit cela même que le Seigneur lui-même a fait et qu’il a transmis à ses disciples pour qu’ils le fassent en mémoire de lui…» : Celui qui va présider l’assemblée eucharistique, c’est le prêtre. Il le fait en tant que représentant du Christ, Seigneur. Ça ne veut pas dire que le prêtre, c’est un surhomme. Mais ça veut dire que dans l’assemblée eucharistique, celui, parmi tous les fidèles, qui a le rôle de répéter les gestes du Christ, ce sera le prêtre. Et dire que le prêtre est représentant du Christ, Seigneur, dire comme ça peut sembler un pouvoir énorme. Alors que dans l’intention des rédacteurs, c’est l’exact contraire. Au moment de l’Eucharistie, le prêtre doit avoir profondément conscience qu’il ne fait rien de lui-même. Il doit s’effacer. C’est un des rôles du rite que le président s’efface devant le Christ qui pose ces gestes. On est dans un langage symbolique; il faut donc représenter les choses. Et pour qu’on puisse les vivre, c’est dans l’assemblée eucharistique. Le rôle du prêtre, c’est de reposer pour tous les actes du Christ; pour tous et avec tous, bien sûr. Un prêtre même s’il célèbre seul, ne célèbre jamais seul. Il célèbre toujours pour toute l’Eglise et avec toute l’Eglise.
«… accomplit cela même que le Seigneur lui-même a fait et qu’il a transmis à ses disciples pour qu’ils le fassent en mémoire de lui… » : C’est bien ça. C’est le mémorial, le sacrifice du Christ, offert ici et maintenant pour chacun d’entre nous. On en a parlé la dernière fois.
«… En effet, le Christ prit le pain et la coupe, rendit grâce, fit la fraction et les donna à ses disciples, en disant : « Prenez, mangez, buvez; ceci est mon Corps; ceci est la coupe de mon Sang. Vous ferez cela en mémoire de moi »… : Donc là, le texte répète ce que le Christ a fait, en faisant un condensé des différents récits de l’institution qu’on trouve dans le Nouveau Testament.
«… Aussi l’Eglise a-t-elle organisé toute la célébration de la liturgie eucharistique en parties qui correspondent à ces paroles et à ces actes du Christ... » : Toute la Prière eucharistique, ça va être des parties qui correspondent à ces actes et à ses paroles.
La présentation des dons
« De fait :
1) Dans la préparation des dons, on apporte à l’autel le pain et le vin avec l’eau, c’est-à-dire les éléments que le Christ a pris dans ses mains… » : La préparation des dons c’est quoi? « Tu es béni Dieu de l’univers, Toi qui nous donnes ce pain. Tu es béni Dieu de l’univers, Toi qui nous donnes ce vin. » Et là on se rend compte que ce n’est pas juste remercier le Seigneur avant le repas. On pose là le premier acte du Christ qui est de « prendre le pain » et de « prendre le vin ». Alors, nous dans notre manière de célébrer l’eucharistie qui vient du Moyen-âge, on refait la même chose quand on dit : « Il prit le pain ». Le prêtre prend le pain au moment de la consécration. On est d’accord! Mais ce geste-là, il arrive plus tard. Si vous allez dans le rite byzantin, à ce moment-là, le prêtre ne prend rien du tout parce qu’il a déjà pris au moment où on a apporté les dons. Voyez!
Cet offertoire prend une dimension différente selon les rites. Chez nous c’est très simple, très court : deux prières d’action de grâce, un moment où le prêtre avec une prière mêle un peu d’eau au vin, une prière où il demande que Dieu reçoive le sacrifice et une prière où il se lave les mains en signe de demande d’être purifié de ses péchés. C’est tout.
Ce rite-là, dans d’autre tradition a pris une ampleur énorme. Par exemple, dans le rite byzantin, il ne se fait pas à ce moment-là, il se fait tout au début avant la liturgie de la Parole, et il prend un temps considérable. On appelle ça la pros comédie en grec. C’est énorme. Dans le rite syro-oriental, c’est-à-dire celui où célèbrent les assyriens, il commence même par la cuite du pain. C’est-à-dire qu’il y a une partie de l’église qui a un four à pain. Le moment où on célèbre l’eucharistie, ce n’est évidemment pas tous les jours, c’est aussi solennel et compliqué que ça, au moment où on célèbre l’eucharistie, le prêtre, d’abord avec les diacres, va cuire le pain pour pouvoir le prendre. Après les traditions vont mettre plus ou moins d’importance à ce rite-là. On le met à plusieurs endroits. Dans le rite de Milan, on le fait aussi au début de la messe. Pas au moment où on fait. Mais le sens de l’offertoire, c’est que le Christ prend le pain.
Notre rite cherche à le développer lors des solennités lorsqu’on amène solennellement ce qu’on appelle les oblats : le pain et le vin que l’on donne au prêtre qui symbolise le Christ par l’intermédiaire des diacres s’il y en a.
La prière eucharistique
Deuxièmement, vous vous rappelez : « Il prit le pain, il rendit grâce ». Et l’expression : « Il rendit grâce », c’est « il fit eucharistie ». On a dit la dernière fois que le Christ rend grâce à Dieu de pouvoir offrir sous l’aspect du pain et du vin ce qu’il va offrir le lendemain, réellement, son corps et son sang. Et on a dit c’est la même chose. Il offre ce soir-là la même chose, mais sous un aspect différent, parce qu’il offrira le lendemain. Et ensuite, toutes nos messes, elle répète cette offrande-là du Christ qui dans le pain et le vin devenus son corps et son sang, s’offre totalement lui-même. La différence, on avait dit, entre le Vendredi Saint et le Jeudi Saint, c’est que le Vendredi, tout ça se fait dans la souffrance. Alors que le Jeudi Saint et dans nos messes, il ne reste plus que l’élément d’action de grâce. Jésus rend grâce de son offrande et nous prie de bien vouloir nous unir à son action de grâce, à son eucharistie. Jésus ne meurt pas une nouvelle fois, il s’offre chaque fois mais sans l’aspect souffrance. C’est ce qui est dit ici :
2) « Dans la Prière eucharistique, on rend grâce à Dieu (c’est-à-dire on fait eucharistie) pour toute l’œuvre du salut, et les dons offerts deviennent le Corps et le Sang du Christ. » : Rappelez-vous :
« P/ Le Seigneur soit avec vous = F/ Et avec votre esprit.
P/ Elevons notre cœur F / Nous le tournons vers le Seigneur.
P/ Rendons grâce au Seigneur notre Dieu, F/ Cela est juste et bon. »
Donc, dès le début on parle d’eucharistie. Si on dit « rendre grâce », c’est qu’on fait eucharistie. Dès les débuts. Et puis on continue avec la Préface : « Vraiment il est juste et bon de te glorifier, de te rendre grâce ». Donc, l’Eucharistie commence par des mots d’action de grâce parce que toute cette prière, qui va se terminer à la doxologie, c’est une immense action de grâce qui est le sacrifice du Christ, lui-même, qui s’offre en son corps et en son sang, sous l’aspect du pain et du vin, qui s’offre complètement et totalement à son Père du sacrifice qu’il a offert sur la croix. Et cette action de grâce du Christ, doit devenir la nôtre puisque finalement, c’est toute l’Eglise qui offre, par les mains du prêtre, le Christ présent dans le pain et le vin. C’est toute l’Eglise qui offre, et c’est toute l’Eglise qui s’unit à son sacrifice. Les Pères de l’Eglise insistent beaucoup en ce moment-là : « unis-toi à l’offrande que le Christ fait ». C’est en ce moment-là aussi que nous sommes constitués sacramentellement une communauté de communion, puisque nous sommes ce corps qui est présent sur l’autel : « Vous êtes le corps du Christ ». Et là, il y aurait tout une conférence à faire dessus. On n’a pas le temps.
Il y a tout ça dans l’Eucharistie avec au centre, les paroles de la consécration, les paroles de l’institution qui sont selon la tradition latine, les paroles consécratoires. Selon les traditions orientales, c’est plutôt l’invocation de l’Esprit. En fait, si vous lisez bien, c’est l’ensemble de l’action : de l’offertoire, c’est-à-dire, la présentation des dons jusqu’à la communion. C’est tout ça qui est le sacrifice du Christ. Mais le centre c’est bien entendu le récit de l’institution puisque c’est de là que tout vient.
Un détail important, c’est qu’à la fin de la préface, on a le Sanctus « Saint, Saint, Saint le Seigneur. C’est le chant des anges. C’est un chant qu’on trouve chez Isaïe. La deuxième partie, c’est le chant des enfants des Hébreux, lorsque le Christ entre à Jérusalem. L’une des raisons pour laquelle, l’Eglise nous demande de ne pas modifier les paroles, on a tout fait avec ce chant, l’Eglise nous demande de ne pas changer ces paroles, c’est parce que ce sont des paroles bibliques. Et vous avez un aspect qu’on n’aura pas le temps de développer ce soir, à l’eucharistie vous avez toute l’Eglise qui est présente, pas seulement l’Eglise sur terre, mais l’Eglise du ciel, les saints c’est pourquoi on a la mention de la messe. Pendant toute prière eucharistique, que ce soit chez nous, que ce soit chez les autres, donc, dans toute Prière eucharistique, dans tous les rites, absolument que je connais, à ce moment-là, on a le chant des anges parce que les anges participent aussi à cette eucharistie. À ce moment-là, c’est toute l’Eglise qui est unie : Eglise du ciel, Eglise de la terre.
La fraction du pain
Troisième moment :
3) « Par la fraction du pain et par la communion, les fidèles, aussi nombreux soient-ils, reçoivent d’un seul pain le Corps du Seigneur et d’une coupe le Sang du Seigneur, de la même manière que les Apôtres les ont reçus des mains du Christ lui-même » :
C’est le troisième moment de l’Eucharistie, c’est la fraction qui est distincte des paroles. Jésus sans doute fait les choses en même temps! Mais là aussi, dans tous les rites qu’on connaît, tous les rites anciens, on distingue les moments de la parole, des moments de la fraction. Parce qu’on pose à différents moments, les actions du Christ. Et cette fraction-là, elle amène à la distribution de la communion, que le Christ se fractionne pour être distribué à l’ensemble des fidèles. C’est l’achèvement du sacrifice eucharistique, puisque le sacrifice eucharistique n’est pas simplement quelque chose qui est offert à Dieu, c’est aussi le Christ qui s’offre complètement en nourriture, à chacun d’entre nous.
Comme on l’a dit, ce qui fait notre salut dans le mystère pascal, c’est l’amour du Christ, Nouvel Adam, amour total et obéissant à son Père, d’une manière complètement désintéressée, puisqu’il le fait pour chacun d’entre nous. Or dans la fraction et dans la communion, c’est bien l’achèvement du sacrifice puisque tout ça est fait pour nous.
Vous voyez que le rite de la messe, que ce soit notre rite ou celui des autres, il prend ces différents moments, il les solennise. Pourquoi on n’est pas resté à un repas tout simple? Bien, parce qu’on avait besoin, pour pouvoir rentrer dans un mystère, on a besoin d’un langage symbolique. Et toute la liturgie est un langage symbolique que petit à petit l’Eglise met en place. Les différentes églises locales, les différentes traditions mettent en place chacun avec leur propre tradition afin de nous permettre d’entrer beaucoup plus profondément dans le mystère célébrer qui est le Mystère de Dieu, mystère de Jésus qui se donne complètement pour notre salut et pour nous.

La répétition du rituel à travers temps et espace
Vous l’aurez remarqué, et je termine là-dessus, que le propre d’un rite, c’est de se répéter. Dans la messe on a des choses qui changent, on va changer les lectures évidemment, on ne va pas toujours lire les mêmes. Enfin! Les lectures sont toujours au même endroit. On a une série de Prière eucharistique à choix. Ça c’est relativement nouveau, jusqu’au concile Vatican II il n’y en avait qu’une. Dans tous les rites latins il en a toujours une seule. Par contre dans le rite byzantin, il en a deux mais elles ne sont pas à choix, ça dépend des jours et des fêtes. Il paraît que dans le rite éthiopiens, il en a 18. Je ne connais pas le rite éthiopien. Je n’ai pas pu vérifier moi-même. On les appelle les anaphores. Il y a des choses qui changent mais si vous voulez les éléments eux se répètent, ils sont au même moment. On ne va pas changer le Sanctus,. On ne va pas changer les paroles du Christ.
On va beaucoup en parler la prochaine fois quand on parlera d’eucharistie et silence : c’est que par le rite, par la célébration, par la liturgie, on va petit à petit rentrer dans la célébration d’un mystère qui est le mystère du Dieu tout-puissant qui se donne à chacun d’entre nous. Et pour rentrer dans quelque chose, on a besoin, d’une forme de répétition pour passer autre chose. Si chaque jour, on inventait une autre manière de célébrer l’eucharistie, le problème est que l’on perdrait petit à petit l’entrée dans la profondeur du mystère. Ça intéresserait à des choses plus à des beaucoup extérieures, qu’est-ce qu’on a fait aujourd’hui, qu’au mystère qu’on célèbre.
Et donc la liturgie de l’Eglise, elle a de manière très sage, mêlé des éléments qui vont se répéter et puis des éléments qui vont changer. Ça va être les lectures de la messe. Ça va être à l’occasion de certaines fêtes. Alors oui, si vous allez à Pâques, par exemple, c’est assez différent, la liturgie de la veillée pascale notamment. Des moments où on a un changement assez important, il y a toujours un sens. Mais dans l’ensemble, les éléments constitutifs sont les mêmes. Ils le restent dans chaque célébration. On a besoin de cette stabilité-là pour quitter la forme, avoir de moins en moins d’attention sur la forme et de plus en plus pénétrer le mystère.
Conclusion
J’aimerais terminer par un texte que m’a conseillé le P. Godfroy Kouegan qui nous a prêché la retraite cet été et qui est avec nous depuis quelque temps. C’est une citation du Petit Prince. C’est un peu long mais ça ne fait rien. Je vous le cite quand même :
« - On ne connaît que les choses que l’on apprivoise ; dit le renard. Les hommes n’ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n’existe point de marchands d’amis, les hommes n’ont plus d’amis. Si tu veux un ami, apprivoise-moi !
- Que faut-il faire ? dit le petit prince.
- Il faut être très patient, répondit le renard. Tu t’assoiras d’abord un peu loin de moi, comme ça, dans l’herbe. Je te regarderai du coin de l’œil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais, chaque jour, tu pourras t’asseoir un peu plus près…
Le lendemain revint le petit prince.
- Il eût mieux valu revenir à la même heure, dit le renard. Si tu viens, par exemple, à quatre heures de l’après-midi, dès trois heures je commencerai d’être heureux. Plus l’heure avancera, plus je me sentirai heureux. A quatre heures, déjà, je m’agiterai et m’inquiéterai ; je découvrirai le prix du bonheur ! Mais si tu viens n’importe quand, je ne saurai jamais quelle heure m’habiller le cœur…Il faut des rites.
- Qu’est-ce qu’un rite ?dit le petit prince.
- C’est aussi quelque chose de trop oublié, dit le renard. C’est ce qui fait qu’un jour est différent des autres jours ; une heure, des autres heures. Il y a un rite, par exemple, chez les chasseurs. Ils dansent le jeudi avec les filles du village. Alors le jeudi est jour merveilleux ! Je vais me promener jusqu’à la vigne. Si les chasseurs dansaient n’importe quand, les jours se ressembleraient tous, et je n’aurais point de vacances » (Cf. Antoine De Saint-Exupéry, Le Petit Prince ; Editions / Gallimard, 1946, pp. 69-70).
L’Eglise a enveloppé la célébration de l’eucharistie de différents rites : nous avons le rite romain, lequel nous vivons. C’est pour nous apprendre aussi, lorsqu’on vient à la messe, de nous habiller le cœur. On sait ce qu’on va y rencontrer. On sait la forme, ce qu’il va y avoir. Mais ce qui va se passer de notre rencontre avec Dieu, il va y avoir une démarche d’approche de plus.

Roland Jaquenoud