Homélies

19.03.2019 / Saint-Joseph

« La foi de Joseph enracine donc Jésus dans l’humanité pour l’éternité » : Fête de Saint Joseph

Le temps de carême où la solennité de saint Joseph est souvent célébrée n’amoindrit nullement les couleurs et les honneurs festifs dignes de la foi de ce fils de David. Depuis le 1er 2013, la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements a demandé la mention de saint Joseph dans les prières eucharistiques II, III et IV du Missel. Présidant cette solennité ce mardi en la Basilique de Saint-Maurice, Mgr Jean Scarcella a fortement souligné que : « La foi de Joseph enracine Jésus dans l’humanité pour toujours… d’âge en âge… sans fin », en résumé, pour l’éternité. Voici les références des textes liturgiques que Mgr Jean Scarcella a médité dans son homélie en cette solennité : 2S 7,4-5a. 12-14a.16 / Ps 88 / Rm 4,13.16 18.22 / Mt 1,16.18-21.24a

Mes sœurs, mes frères,
Deux personnages-clés de l’histoire du salut nous sont présentés aujourd’hui dans les lectures de la Sainte Écriture de notre liturgie de fête ; une provenant de l’Ancien Testament et dont nous parle saint Paul : Abraham, et l’autre provenant du Nouveau Testament et dont nous parle saint Matthieu : Joseph. Des siècles séparent ces deux personnages et pourtant ils nous semblent si proches. Peut-être parce que ce sont de belles figures bibliques et qu’ils nous paraissent familiers ; mais surtout, je crois, parce qu’un même sentiment les anime : la foi. Nous pourrions dire d’Abraham qu’il est père par la foi, et de Joseph qu’il est père dans la foi.
La foi, comme cœur au centre de l’Écriture Sainte, la foi cet organe moteur qui accompagne le peuple de Dieu de ses débuts jusqu’à nos jours est signe de la présence de Dieu à son peuple. Pourquoi ? Parce que c’est Dieu qui la suscite, c’est son moyen de rester présent aux côtés de son peuple depuis les débuts de sa manifestation à Abraham et jusque dans l’éternité où elle prend visage. Ce n’est pas rattachés à la Loi que nous avançons au rythme du plan de Dieu vers le salut, mais c’est rattachés à la foi, et en premier à celle d’Abraham. C’est saint Paul qui nous l’affirme en assortissant cette attitude fondamentale du disciple, d’une promesse, celle de l’héritage offert par Dieu, au fil des jours et des années à la descendance d’Abraham.
Frères et sœurs, posons-nous la question de notre origine dans le cœur de Dieu. Trop souvent nous vivons comme dans une routine, nous laissant conduire par les flots de la vie, attachés certes au Seigneur, mais dans un esprit d’immédiateté. D’où venons-nous pour pouvoir être aujourd’hui ceux que nous sommes ? Nous venons de la foi d’Abraham et cette foi est garante de l’héritage de la justice et de la grâce de Dieu fait à Abraham. La signification du nom Abraham est précisément celle-ci : « Père d’une multitude de nations ».
Ainsi, frères et sœurs, inscrits dans le courant multiséculaire de cette descendance, nous sommes tous des hérauts devant tenir bien haut et bien vivant l’étendard de la foi, celle dans laquelle nous sommes nés. Donc, pour nos vies, la foi n’est pas immédiate, elle n’est pas l’histoire d’un moment, elle est le fait de tous les instants, elle est l’ADN de notre vie de chrétiens, parce que nous sommes chrétiens par la foi d’Abraham.
Et c’est dans l’exercice de notre participation vivante et effective à cette descendance que nous pouvons contempler le visage du Dieu de toute éternité, celui du Père éternel qui est Dieu pour les siècles des siècles.
Forts de ce rappel essentiel et fondamental de saint Paul, nous pouvons maintenant entendre et comprendre ce que Dieu a fait annoncer à David par le prophète Nathan : « Je susciterai dans ta descendance un successeur, qui naîtra de toi, et je rendrai stable sa royauté […] Je rendrai stable pour toujours son trône royal. »
Et que dit le psaume que chantait David : « Ta fidélité est plus stable que les cieux », parce que, et commençait ainsi cette strophe du psaume de notre liturgie : « L’amour du Seigneur, sans fin je le chante ; ta fidélité je l’annonce d’âge en âge. Je le dis : c’est un amour bâti pour toujours ; ta fidélité est plus stable que les cieux. » Et plus loin : « J’établirai ta dynastie pour toujours, je te bâtis un trône pour la suite des âges. […] Sans fin je lui garderai mon amour ».
Frères et sœurs, si nous nous inscrivons dans le temps de cette dynastie établie « pour toujours » et pour « la suite des âges », c’est que l’amour du Seigneur que nous sommes appelés à chanter « sans fin », nous est promis pour l’éternité. Voilà notre héritage.
Que ce soit dans la prophétie de Nathan où dans l’appel fait à Abraham, Dieu annonce qu’il sera un père ; d’une certaine manière dans la paternité originelle d’Abraham, et assurément dans l’incarnation de son Fils : « Moi, je serai pour lui un père ; et lui sera pour moi un fils ».
Nous dépassons donc là l’immédiateté de la foi et nous ressentons dans ces paroles de Dieu méditées à l’instant, l’esprit de pérennité de la foi. C’est elle qui est garante de la présence et de la vie de l’amour de Dieu en ce monde. C’est notre foi, frères et sœurs, notre foi en ce Père que nous ne voyons pas, mais qui nous aime comme ses fils.
Et pour nous aider à le voir, il nous suffit de contempler la belle figure de Joseph, le père adoptif du Fils de Dieu, Jésus, l’enfant de Marie « engendré en elle de l’Esprit saint ». La paternité de Joseph, frères et sœurs, doit nous aider à rencontrer celle de Dieu pour nos vies.
Joseph apparaît donc, dans l’histoire de cette descendance stable, à la foi comme un croisement et comme un aboutissement. De la lignée directe du roi David Joseph, par sa foi, inscrit Jésus dans la lignée des hommes, recevant dans ses bras le Fils de Dieu incarné auquel, selon la demande de l’ange, il donna son nom : « ne crains pas »… non, ne crains pas, Joseph, car Dieu le Père a besoin de toi ; ainsi « tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve). » La foi de Joseph enracine donc Jésus dans l’humanité, à laquelle son Père des cieux l’a engendré au jour de son incarnation.
Comme Jean-Baptiste annonça l’Agneau de Dieu, Joseph, sur le seuil du Nouveau Testament, ouvre la porte de son cœur à la promesse d’Abraham. Joseph, en bon juif attentif à la Parole de Dieu, ouvre à la foi pour tous les descendants d’Abraham, un chemin continu, durable. La foi d’Abraham, qualifiée tout à l’heure d’immédiate, devient alors avec celle de Joseph, éternelle.
Et comment ? Dans sa fidélité. Joseph peut devenir père parce qu’il s’inscrit dans ce mouvement d’éternité que Dieu offre à l’homme en héritage. « Sans fin… d’âge en âge… pour toujours… » a promis Dieu ; oui, c’est à cette éternité déjà commencée que Joseph veut être fidèle, en accueillant avec un visage, un cœur et des mains de papa celui qui siègera sur le trône royal à la droite de Dieu.
Par sa foi et dans la fidélité, Joseph nous apprend, frères et sœurs, comment vivre l’aujourd’hui de Dieu dans notre monde. Devenu père dans la foi, Joseph engendre chez les croyants que nous sommes, le désir de croire ; il nous établit dans la descendance qui donne part à la vie éternelle ; il est l’exemple de fidélité parfaite qui nous apprend le chemin pour y parvenir.
Et comme dit si merveilleusement l’hymne que nous allons écouter à l’instant et qui nourrira notre prière : « Jésus, en regardant Joseph, verra l’image du Père », puissions-nous, par la foi en Jésus Sauveur du monde et notre Rédempteur, voir à notre tour, l’image du Père en son Amour que nous sommes appelés à chanter, par toute notre vie, sans fin et pour toujours.
Ainsi soit-il !

Mgr Jean Scarcella