Homélies

17.03.2019 / 2e dimanche de Carême

« L’alliance autour de la maison » : Et si c’était la gloire de Dieu ?

La célébration de ce deuxième dimanche de Carême a été présidée par le Prieur Roland Jaquenoud à la basilique de Saint-Maurice. En partant de la tenture de l’action de Carême posée devant l’autel qu’il commente, il montre que les lectures de la Parole de Dieu entraînent tous les fidèles à entrer dans la Nouvelle Alliance que Dieu conclut désormais avec l’humanité en Jésus-Christ. C’est, Lui le Christ, la révélation, la manifestation de la gloire de Dieu, qui déjà luit en nous aussi. Référence des textes liturgiques : Gn 5,5-12.17-18 / Ps 26 / Ph 3,17-4,1 / Lc 9,28b-36

Mes frères, mes sœurs,
Nous sommes entrés en carême avec toute l’Eglise, il y a une dizaine de jours. Et dimanche passé, nous commencions à regarder la tenture du carême qui se trouve devant l’autel et qui se trouve aussi dans toutes les églises suisses. Il y a au centre, nous l’avons dit, une maison, une petite maison ouverte : notre demeure commune, notre terre. Et puis autour de cette maison, un grand cercle jaune : une alliance. Une alliance qui entoure cette maison ouverte, que doit être notre maison commune. Aujourd’hui, nous sommes amenés par les textes de la Sainte Ecriture que nous avons lus, à méditer sur cette alliance. De quoi s’agit-il ?
« Ce jour-là, disait le livre de la Genèse, le Seigneur conclut une alliance avec Abraham en ces termes : « A ta descendance, je donne le pays que voici, depuis le torrent d’Egypte jusqu’au grand fleuve, l’Euphrate. » Cette alliance faite avec Abraham, à travers lui, elle est faite avec toute l’humanité, à qui est confiée, non seulement une terre entre le torrent d’Egypte et le grand fleuve l’Euphrate, mais à qui est confiée la terre. Cette humanité, mes frères, mes sœurs, c’est chacun d’entre nous. Et aujourd’hui, en ce deuxième dimanche de carême, nous sommes invités à essayer de comprendre quel est notre premier rôle, à nous chrétiens, dans cette humanité-là. S’il y a une alliance faite entre Dieu et l’homme, il serait bon que nous puissions en témoigner.
Aujourd’hui, nous l’avons dit, nous sommes montés sur la montagne avec Jésus. Dimanche passé, nous allions au désert, apprendre de lui le combat spirituel. Aujourd’hui, nous montons avec lui sur la montagne et le texte de Saint Luc donne une précision tout à fait intéressante : « Pour prier ». Dimanche passé, c’était le lieu du combat, aujourd’hui, sur la montagne, c’est le lieu de la rencontre. « Jésus prend avec lui : Pierre, Jacques et Jean » : il prend avec lui : Louis, Jeanne, Françoise. Il prend avec lui chacun d’entre nous. Et il nous amène sur cette montagne pour prier, c’est-à-dire, pour faire une rencontre : la rencontre de Dieu lui-même.
Dans la Bible, la montagne est toujours le lieu de la rencontre avec Dieu : depuis le mont Sinaï jusqu’au mont Thabor dont il est question aujourd’hui.
« Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage devient autre; et son vêtement devient d’une blancheur éblouissante ». Pierre et ses compagnons étaient certes accablés de sommeil, mais restant éveillés, « ils virent la gloire » de Jésus. Le mot « gloire » dans la Bible, c’est le cas de le dire, a un poids tout particulier. Le mot « gloire » dans la Bible, dans l’Ancien Testament surtout, est intimement lié à la révélation de la présence de Dieu. Dans la Bible, dans l’Ancien Testament, Dieu, on ne peut pas le voir; on ne peut pas voir son visage. C’est la manifestation de sa gloire qui le donne à voir. On utilise ce mot-là, sans trop préciser de quoi il s’agit, parce que, peut-être que c’est justement indicible. C’est cette manifestation-là qui fait qu’on se rend compte que Dieu n’est pas si loin, qu’il est présent, qu’il vient, et qu’il se révèle.
Nous avons parlé de l’alliance commencée avec Abraham. Cette alliance, en ce jour sur la montagne de la transfiguration, reçoit tout son sens. La gloire de Dieu, c’est cet homme, Jésus qui a marché avec les disciples sur les routes de Palestine. Certes, les disciples avaient conscience de ne pas vivre auprès de quelqu’un d’habituel, mais en ce jour-là, il leur est clairement révélé que ce Jésus, cet Homme avec qui ils conversent, cet Homme, c’est la gloire de Dieu. Cet Homme, c’est la présence de Dieu auprès d’eux. Il n’y a plus besoin d’aller le chercher bien loin. Il est là, il est tout proche.
Il faut bien souligner le fait qu’ils voient Jésus entouré de Moïse et d’Elie. Pour un Juif, c’est clair! Moïse : la loi; Elie : les prophètes. C’est-à-dire tout l’Ancien Testament. En ce jour-là, Moïse et Elie montrent, conversent avec Celui qu’ils ont annoncé sans le savoir, qu’ils ont pressenti. Le voici : il est là. Dieu est avec vous. Il est tout proche de vous. La transfiguration, c’est vraiment l’événement de la rencontre, de la rencontre priante, où l’on découvre que Dieu n’est pas caché au fond de son ciel, qu’il n’est pas enfoui dans un temple à l’autre bout du monde, mais qu’il est là, tout près, tout proche. Il est là dans le corps, dans l’humanité de ce Jésus, qui est venu jusqu’à nous. Parce que ce Jésus, cet homme-là, c’est Dieu lui-même.
Mes frères, mes sœurs, cette humanité de Jésus, elle n’est pas seulement un événement de l’histoire. Elle n’est pas seulement quelqu’un qui s’est promené sur les chemins de Palestine, il y a deux mille ans. Cette humanité de Jésus, elle est là ici et maintenant. Elle est là, notamment, chaque fois que l’on célèbre l’Eucharistie, où l’on rencontre, en recevant son corps et son sang, celui qui est la gloire de Dieu. On le reçoit. On se laisse transfigurer par lui.
L’événement dont nous parle l’Evangile est appelé traditionnellement la transfiguration. Transfiguration de Jésus, certes, mais transfiguration qui peut devenir notre propre transfiguration. C’est ce que disait saint Paul dans l’Epitre aux Philippiens, lue tout à l’heure : « Nous attendons comme sauveur le Seigneur Jésus-Christ, lui qui transformera… » Le mot transfiguration se dit en grec « metamorphosis »: métamorphose, transformation. « Lui qui transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux ». Il y a une transformation qui est faite en ce monde, mes frères, mes sœurs. Une transfiguration qui a lieu déjà, ici et maintenant, comme elle a eu lieu ce jour, il y a deux mille ans sur la montagne. Cette transfiguration, elle a lieu en chacun d’entre nous.
Voici que l’alliance promise à Abraham devient quelque chose de très intérieur, et de très puissant en même temps. Si nous sommes véritablement enfants de Dieu, si notre christianisme n’est pas une étiquette, alors nous apprenons de lui, à nous laisser transformer, transfigurer. Vous me direz : « Personne d’entre nous ne s’est encore jamais vu nimbé de lumière et nous n’avons vu personne parmi nous apparaître comme Jésus, le jour de la transfiguration ». C’est vrai! C’est vrai, parce que nous le voyons pas tel qu’il est. Nous sommes sur ce chemin de la vie, fait de lumière et d’ombre et la réalité totale de ce qu’est Jésus, comme notre réalité à nous, n’est encore pas complètement dévoilée. Mais cette transfiguration est à l’œuvre. Elle est à l’œuvre dans la transformation de notre cœur.
La lumière qu’on doit voir de nous n’est pas tellement une lumière physique qu’une lumière qui est celle de la charité. Celui qui est capable de charité, celui qui est capable, à l’image de Dieu, d’amour total et complet de son prochain, celui-là rayonne déjà autour de lui la lumière de la transfiguration. C’est déjà vers lui qu’on viendra se reposer. C’est déjà par lui que Dieu pourra passer à ce monde.
L’alliance qui commence avec Abraham et qui s’achève, se réalise totalement en Jésus-Christ, cette alliance qui est déjà conclue avec nous et que nous renouvelons chaque jour, dans le sacrifice de la Nouvelle Alliance qu’est l’Eucharistie - Cette alliance, mes frères, mes sœurs, qui est autour de la maison commune, il serait bien qu’il y ait un peu plus de monde que nous qui en est conscience. La transmission de cette alliance, la transmission de cette connaissance de l’amour de Dieu, nous est confiée à nous tout entière. Il n’y a personne d’autre dans ce monde que nous pour être la voix, le cœur, les bras et les jambes de Dieu. Personne d’autre.
Alors que le Seigneur nous accorde cette grâce de commencer déjà à vivre notre transfiguration, la transformation de notre cœur, afin que, au milieu de toutes les difficultés de ce monde, au milieu de tous les scandales dans l’Eglise et hors de l’Eglise, au milieu de tout cela, nous soyons des témoins d’une alliance que Dieu veut étendre à tous les hommes. Son amour, donné non seulement pour chacun de nous, mais pour chacun d’eux, pour tous ces gens à l’extérieur, pour tous ces gens en prisons, pour tous ces gens qui semblent si loin de lui. L’alliance de Dieu les entoure aussi. A nous de le leur faire savoir, pas tant en parole qu’en amour. Amen!

Roland Jaquenoud