Homélies

09.12.2018 / 2e dimanche de l'Avent

Présidant la célébration de ce deuxième dimanche de l’Avent, le chanoine Olivier Roduit a voulu porter aux fidèles de la Basilique de Saint-Maurice, une réponse réaliste face à la question contemporaine : en quoi consiste la promesse messianique de Dieu dans notre monde accablé de malheurs et des difficultés ? En utilisant l’allégorie de la plante verte qui réussit à germer dans une plaine goudronnée, le prédicateur a montré que la promesse de Dieu c’est sa grâce agissant en nous les croyants. « Rien n’est définitivement perdu dans notre existence. Des gens sans espérance, tout d’un coup, reprennent vie. (…) Cette promesse du salut n’est pas l’opium du peuple. C’est une réalité qu’il nous faut voir avec des yeux d’espérance. » L’animation dominicale a été assurée par Dominique Delaloye. Référence des textes: Ba 5,1-9; Ps 125; Ph 1,4-6.8-11; Lc 3,1-6

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Frères et Sœurs !
Nous avons entendu dans la première lecture de cette messe une invitation à la joie : « Quitte ta robe de tristesse ! » Oui, nous avons besoin d’entendre cette invitation à la joie car la tristesse est si présente. Nous entendons parler de malheurs, de manifestations qui montrent un état de tristesse et de désolation. Et cette parole de Dieu nous invite à revêtir une parure de gloire. Tout cela au futur.
Le prophète annonce aussi que les hautes montagnes et les collines seront abaissées et les vallées seront comblées. Tout cela encore une fois au futur.
Une belle annonce ! Mais dans la réalité, dans la réalité de notre monde, dans la réalité de notre vie, est-ce que nous voyons ces montagnes être abaissées, les ravins comblés ? Le monde semble toujours aussi difficile à vivre. Les problèmes sont partout, les difficultés accablent tout le monde. Cette parole de Dieu est-elle donc une vaine promesse ?
Et voici la parole de l’évangile : au temps où il y a de grandes puissances au pouvoir, vous l’avez entendu. L’empereur Tibère régnait, Ponce Pilate était gouverneur de la Judée, Hérode était alors au pouvoir en Galilée, son frère Philippe dans le pays d’Iturée et de Traconitide, Lysanias en Abilène, les grands prêtres étaient Hanne et Caïphe. En ce moment-là, un homme tout simple, tout frêle, tout pauvre, proclame à son tour que les collines seront abaissées, les sentiers rendus droits, les chemins aplanis. Et Jean-Baptiste donne le sens de sa prédication : « Tout homme verra le salut de Dieu !»
Nous pouvons nous poser la question de savoir quel est ce salut de Dieu qui nous est promis ? Comment va-t-il se manifester ? Avec deux mille ans d’histoire chrétienne, nous connaissons maintenant bien l’histoire de Jésus transmise par les évangiles. Et nous nous rappelons que pour ses contemporains, tout semblait perdu au moment de sa mort; tout semblait définitivement réglé; la tristesse, le malheur semblaient avoir triomphé. Jésus avait pourtant dit que son royaume n’était pas de ce monde.
Oui, c’est cela le paradoxe, le Seigneur vient nous apporter une graine de salut qui doit croître. Nous avons en nous cette graine de salut, cette espérance plus forte que tout. Et nous savons bien la force de la vie. Alors même que tout semble parfois perdu une espérance relève celui qui semblait quasi mort. Et il me vient à la tête cette image que vous avez tous certainement vue. Celle d’une plaine goudronnée bien noire et solide qu’une plante vient à percer en y apportant une touche de couleur. Rien n’est définitivement perdu dans notre existence. Des gens sans espérance, tout d’un coup, reprennent vie.
L’annonce de la mort et de la résurrection de Jésus a bouleversé le monde et ne cesse de le bouleverser, de le transformer. Cette parole de l’évangile, cette parole que nous entendons, cette promesse du salut n’est pas l’opium du peuple. C’est une réalité qu’il nous faut voir avec des yeux d’espérance. Et si la nuit arrive si tôt, si la nuit est bien longue en ce mois de décembre, nous savons que demain, il fera jour, que s’il pleut, s’il vente, le soleil brille au-dessus des nuages.
Le seigneur Dieu ne nous laisse jamais tout seul; il y a la grâce de Dieu qui inonde notre monde. Sachons la voir. Saint Paul nous le rappelle aussi : « Celui qui a commencé en vous un si beau travail continuera jusqu’à son achèvement au jour où viendra le Christ Jésus ». Le travail de la grâce a commencé. Et cette grâce agit en nous jusqu’au jour où le Seigneur viendra.
Et pour terminer, nous ne pouvons que redire avec confiance la prière d’ouverture de cette messe si réaliste pour notre monde et je la redis avec vous : « Seigneur tout-puissant et miséricordieux, ne laisse pas le souci de nos tâches présentes entraver notre marche à la rencontre de ton Fils (nos tâches présentes qui risquent de nous entraver) ; mais, Seigneur, éveille en nous cette intelligence du cœur qui nous prépare à l’accueillir et nous fait entrer dans sa propre vie ».
Amen!

Olivier Roduit