Homélies

10.03.2019 / 1er dimanche de Carême

Le carême en fleurs : Appel décisif de catéchumènes, admission à la pleine communion dans l’Eglise catholique et Première Communion

Premier dimanche du carême et déjà on peut parler de printemps. Ici, à la basilique de Saint-Maurice, c’est comme des fleurs que les fidèles ont cueillies lors de la célébration eucharistique. En effet, trois catéchumènes ont été appelés par l’Eglise au baptême pour la veillée pascale prochaine; une baptisée dans l’Eglise reformée a fait son admission dans l’Eglise catholique et a reçu sa Première communion en attendant la Confirmation pour la prochaine Pentecôte. Trois événements pour lesquels Mgr Jean Scarcella, en présidant la célébration, rend grâce à Dieu et invite les fidèles à soutenir ces bénéficiaires de leur solidarité chrétienne dans la prière et l’amitié. Voici le texte de son homélie où il médite la Parole de Dieu à partir des lectures de ce dimanche : Dt 26,4-10 / Ps 90 / Rm 10,8-13 / Lc 4, 1-13

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Mes sœurs, mes frères,
« Une maison ouverte, avec une porte grande ouverte… cette maison est notre Terre… Dieu a offert la Terre à l’humanité ». Trois petites phrases du carnet de méditation qui présente la tenture de Carême de cette année, visible ici devant l’autel. Une maison, une maison ouverte, un abri et un accueil, un lieu pour être, et un lieu pour aller, un toit qui ouvre sur un ciel infini. La maison est le lieu où l’on habite, ce qui fit dire au pape François de la Terre qu’elle est « notre Maison commune ». Ainsi, sur la tenture, la maison est dessinée au centre d’un cercle brun qui est notre terre, le lieu où le Créateur nous a mis, le lieu que le Créateur nous a donné pour l’habiter. Ainsi le dit le Livre de l’Exode où se trouve un admirable cantique qui chante au verset 17 du chapitre 15 : « Tu les amènes, tu les plantes sur la montagne, ton héritage, le lieu que tu as fait, Seigneur, pour l’habiter, le sanctuaire, Seigneur, fondé par tes mains. »
Oui, le Seigneur nous a plantés sur cette terre pour que nous portions du fruit, oui le Seigneur est venu habiter la terre pour en faire un sanctuaire. Ainsi Moïse rappelle le précepte de présenter à Dieu les prémices de ses récoltes en les déposant devant son autel : « Les prémices des fruits du sol que tu m’as donné, Seigneur. » Ainsi l’avons-nous entendu à l’instant dans le Livre du Deutéronome, Dieu nous a donné la terre. Il nous l’a donnée pour que nous en fassions un sanctuaire. Il l’a créée pour être la maison où se manifeste, vit et se propage son amour.
Jésus est né pour cela, Dieu fait homme pour que l’amour s’incarne en l’homme. Bien que la pensée de Dieu soit droite et déterminée à travers toute l’histoire du peuple d’Israël jusqu’au baptême du Christ, ne pourrions-nous pas voir aujourd’hui, dans l’image du désert, le récit d’une nouvelle création ?
L’Esprit planait sur les eaux de la Genèse comme sur les eaux du Jourdain, l’Esprit couvrit Marie de son ombre comme les sables d’un désert fécond. L’Esprit conduisit Jésus au désert, à l’heure où il quittait les bords du Jourdain. Et nous savons, par les mots de saint Luc aujourd’hui, que Jésus y fut « tenté par le diable ». Etait-ce bien nécessaire ? tout allait si bien depuis que le Père reconnut son Fils « là où Jean baptisait »…
Quand la Genèse dit encore que la terre était informe et vide, on pourrait appliquer cela au désert et ses étendues de sable. Avec de la glaise Dieu façonna l’homme, le premier Adam, avec du sable Dieu posa les bases du Royaume gouverné par le nouvel Adam.
Le diable, le démon ou Satan, quel que soit le nom que l’on donne à cette divinité déchue, est surtout celui qui est l’adversaire. Il rencontre Jésus pour détourner l’homme de Dieu. Il veut séparer la créature de son Créateur. Et que fait le Seigneur en envoyant Jésus au désert ? Il veut comme recréer sa création en se plaçant, par son Fils Jésus, en son cœur. Et précisément au désert, là où il n’y a rien, là où il n’y a pas de vie, le Seigneur Jésus, au cœur de ce néant, va manifester cette nouvelle création, à savoir donner vie là où règne la mort. Le mal, le diviseur habite ce royaume de mort et, cherchant à tenter Jésus, essaie de détruire l’œuvre de création du Père. Et Jésus, au contraire, se fait le porte-parole du Créateur pour lutter contre ces attaques démoniaques.
Au premier jour de la Genèse, la voix du Créateur fit advenir la création : « Dieu dit… et cela fut… et Dieu vit que cela était bon ». Au jour de la première tentation que Jésus subit, celui-ci répond aussi par une parole, une parole qui est Parole de Dieu, une parole créatrice : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain. » La nourriture essentielle de l’homme croyant, du fils de Dieu, c’est la Parole d’amour, la parole créatrice. C’est l’amour qui fait advenir les choses, qui crée, et non le mal, l’anti-amour qui sépare et détruit.
A l’heure de sa deuxième tentation, Jésus répond à nouveau par une parole créatrice : « Il est écrit : C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, à lui seul tu rendras un culte. » Le culte que le chrétien doit offrir est celui de l’exaltation de Dieu. C’est la vraie prière, celle adressée au seul vrai Dieu qui accompagne l’homme dans sa croissance, et non l’adoration des idoles, qui asservit celui qui rêve d’être Dieu et se présente comme tel, le Dieu du mal ! Il n’y a d’un seul Dieu : Jésus a vaincu le mal.
Au moment de la troisième tentation, c’est le diable lui-même qui la proclame avec les mots mêmes de la Parole de Dieu. Mais Jésus évite le piège en allant à l’essentiel : « Il est dit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu ». En aucun cas la créature peut mettre son Dieu à l’épreuve, car elle est totalement dépendante de lui. Au contraire elle est au service du Seigneur, elle se laisse éprouver par lui pour apprendre les chemins de la croissance.
Ainsi, par Jésus, le Seigneur a comme recréé la Terre en montrant d’une part que le mal existe et qu’il faut le combattre, et d’autre part qu’elle est le lieu de l’accomplissement du geste initial de la Genèse. Cette parole du Livre du Deutéronome que nous citions déjà à la célébration des Cendres, ce mercredi, saint Paul la reprend aujourd’hui : « Tout près de toi est la Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur » (Dt 30,14), et ce n’est pas un hasard, je pense ! En effet, et Paul l’explique : « cette Parole c’est le message de la foi que nous proclamons. » Cette Parole qui nous accompagne et qui, jour après jour nous recrée, toujours plus à l’image du Seigneur. Et cette création se manifeste toujours par une victoire contre le mal et ses tentations. Ainsi, de victoire en victoire, nous atteindrons notre propre et totale stature de fils et filles de Dieu.
Chaque victoire, frères et sœurs, nous rapproche du Seigneur, celui vers qui durant ce Carême nous voulons revenir. Soyons attentifs, le tentateur rôde « comme un lion à la recherche de sa proie » (1P 5,8) ; nous, nous désirons nous rapprocher de Dieu, car il est notre défenseur. Nous vivons un combat spirituel, frères et sœurs, un vrai combat qui doit nous décentrer de nous-mêmes pour mieux aller vers les autres, et les nourrir du pain de l’amour.
Ce combat spirituel, que nous acceptons de commencer, doit nous décentrer de nous-même pour mieux suivre le chemin du Christ qui va vers sa passion, un chemin que notre prière balise quand nous rendons un culte à Dieu.
Enfin, ce combat spirituel ouvre nos cœurs à la grandeur de Dieu, celle-ci même qui nous donne la mesure de notre croissance, dans le respect et le service que nous manifestons à ce Dieu de qui nous dépendons.
Nous serons alors des arbres bien plantés, qui fleuriront même dans nos déserts et nous permettront de porter au Seigneur les fruits des prémices de chacune de nos actions. Ainsi nous continuons à participer à la création du monde, à faire de notre si belle terre notre maison commune, laissant la porte grande ouverte à l’amour, à la prière et au service, dans un va-et-vient incessant de fraternité, de bonheur et de joie !
Ainsi soit-il !

Mgr Jean Scarcella