Homélies

25.02.2019 / Funérailles du chanoine Charly Neuhaus

Le mercredi 20 février passé, le Chanoine Charles Neuhaus, nous a subitement quittés. Ces obsèques ont été dignement célébrées le lundi 25 février par sa Communauté dans la basilique de Saint-Maurice en présence d’une foule de fidèles qui ont connu et aimé ce serviteur de Dieu. Nous publions le texte retranscrit de l’homélie du Prieur Roland Jaquenoud. Référence des lectures : Is 25,6a.7-9 / Ps 22 / Jn 12,23-26.

Homélie
« En ce jour-là, le Seigneur de l’univers préparera pour tous les peuples un festin sur sa montagne »
Quelles belles paroles, mes frères, mes sœurs, que ces premiers mots que nous avons lus chez Isaïe au chapitre 25!
« Le Seigneur de l’univers préparera pour tous les peuples un festin sur sa montagne ». De quoi s’agit-il? De quel festin le Seigneur nous parle-t-il? Eh bien, voilà! Sur cette montagne, « Il fera disparaître le voile de deuil qui enveloppe les peuples et le linceul qui couvre toutes les nations; il fera disparaître la mort pour toujours. Le Seigneur Dieu essuiera les larmes sur tous les visages ». Quelle belle espérance! Quel beau projet!
Nous accompagnons en ce moment un de nos confrères, un prêtre. Nous l’accompagnons dans sa montée jusqu’au Père. Un prêtre, c’est justement quelqu’un qui ici bas doit préparer les gens à monter sur cette montagne, sur cette montagne où toute larme disparaîtra. Un prêtre est institué par le Seigneur pour relever l’espérance, pour dire que tout ne finit pas ici-bas. « Ici-bas » n’est qu’un commencement : le commencement de quelque chose de plus grand, de plus beau, de plus haut.
Nous sommes nés dans un monde de larme. Mais dès ici-bas, le Seigneur nous prépare à sa consolation, nous prépare à ce festin où nous serons rassasiés non pas de viandes et de vin mais de cette joie qui est celle de ceux à qui on a essuyé toute larme.
Un prêtre qui s’est engagé à suivre le Christ dans la vie religieuse, qui s’est engagé à le proclamer dans la vie sacerdotale, un prêtre doit préparer, doit montrer, doit offrir ce chemin pour donner de l’espérance, pour donner de la foi, pour donner de la charité à chacun d’entre nous.
Tout à l’heure, Jésus nous disait dans l’Evangile, « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul. Mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits ». L’image, je pense, est claire. Vous avez un grain de blé; vous voulez le garder bien au chaud pour que ce grain de blé ne se corrompe pas. Eh bien! Il reste seul. Ce grain de blé pour qu’il porte du fruit, il faut qu’il aille en terre. Il faut qu’il disparaisse pour pouvoir devenir cet épi qui porte de fruits.
Lorsque Charles nous a quittés, d’une manière aussi brusque et si inattendue, il y a eu le choc, la tristesse de ne plus avoir cette compagnie. Puis, il y a eu de notre côté, peut-être, la tentation de se dire : « Oh lala! Charles était encore bien engagé, dans la pastorale, auprès des jeunes de l’abbaye. Il va falloir le remplacer! » J’ai même entendu, ici ou là, des gens dire : « Ce n’est pas lui qui devrait partir… ». Je l’ai entendu.
Eh bien! Pour nous, il est important de réentendre, réécouter cette parole du Christ : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul. Mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit ». Un prêtre sera un vrai prêtre s’il accepte de se donner tout entier, s’il accepte, comme on dit parfois : « de mourir à soi-même », pour pouvoir germer en fruit, pour pouvoir donner le fruit qui est le Christ lui-même aux âmes.
« Qui aime sa vie la perd, qui s’en détache en ce monde la gardera pour la vie éternelle ». Mes frères, mes sœurs, la foi nous dit qu’un prêtre qui nous a quittés, la foi nous dit qu’un parent, un proche qui nous a quittés, il continue à porter du fruit; et peut-être qu’il en porte plus maintenant que lorsqu’il était dans une activité qu’on pouvait quantifier. La foi nous dit qu’il n’y a pas à le remplacer; il est irremplaçable. Il est irremplaçable parce que même s’il nous a quittés ici bas, il n’a pas disparu.
Tout à l’heure, nous chanterons dans la préface : « La vie n’est pas détruite, elle est transformée ». Il n’a pas disparu, il continue à être ce disciple de Jésus, il continue à être ce prêtre, devenu grain en terre qui fait germer l’épi, qui fait germer le fruit.
Le livre d’Isaïe nous parlait d’une montagne, d’une montagne élevée sur laquelle le Seigneur nous prépare à tous un festin auquel nous ne pouvons même pas rêver. Mercredi passé, Charly était sur cette montagne, mais pas il n’était pas encore assez haut. Et le Seigneur a voulu qu’il monte plus haut, qu’il monte plus haut pour rejoindre enfin dans la totalité ce festin qu’il a nous préparé, pour pouvoir y prendre sa place, y participer pleinement; pour pouvoir aussi par sa prière, son accompagnement, nous y préparer une place.
Charles, comme prêtre, a ouvert le chemin à beaucoup. Il a donné, comme tout prêtre le baptême, ainsi que les autres sacrements, qui ouvrent les portes de cette montagne. Eh bien! Aujourd’hui, il se trouve sur cette montagne à laquelle il a préparé tant de nous. C’est pourquoi, au-delà de l’émotion, nous voulons nous réjouir. Nous réjouir parce que dans la foi, ce qui se passe aujourd’hui, c’est quelque chose de beau, c’est quelque chose de grand.
Le départ d’ici-bas, mes frères, mes sœurs, c’est toujours un moment de l’existence de chacun d’entre nous. Non pas la fin de l’existence. Mais un moment de l’existence. Et ce moment peut être une apothéose.
Ce moment-là a été, pour Charles, une montée, une montée qu’il achève. Que le Seigneur l’accueille sur cette montagne et se mette à le servir, lui qui a dit qu’il servirait son serviteur.
Amen!

Roland Jaquenoud