Homélies

25.05.2022 / Solennité de la Dédicace de la Basilique

Mes sœurs, mes frères,

Fêter la Dédicace d’une église, d’un temple – pour reprendre le vocabulaire de l’Écriture – est une occasion de joie, non pas d’abord pour se réjouir de posséder un lieu où rendre un culte à Dieu, mais parce que sa signification outrepasse sa simple expression architecturale. Le temple a toujours été reconnu comme maison de Dieu, le lieu de sa résidence ; ainsi avait été le désir du roi David qui ne voulait pas laisser le Seigneur sous une tente, mais lui construire un édifice propre à sa gloire, à la mesure de toutes les dimensions qui rejoignent la présence de Dieu, sa divinité, la perception de l’homme face à lui.

Quand le sage Ben Sira prie le Seigneur pour la restauration de son peuple et la conversion des païens, il fait allusion à plusieurs axes qui, d’une certaine façon, façonnent la vision du temple comme demeure de Dieu. Dans l’ancienne Alliance le temple était le lieu de la résidence de Dieu, le lieu de la prière et des sacrifices offerts en réparation, dans la nouvelle Alliance, le temple – appelé aujourd’hui église
– est le lieu du rassemblement des baptisés, de ceux qui croient en Dieu et reconnaissent en son Fils leur Sauveur, lui qui habite ce lieu en son Saint-Sacrement, la Présence réelle.

Ainsi, frères et sœurs, un premier axe est celui du temple vu comme lieu de reconnaissance. Souvent on cherche à voir son clocher pour, de loin, déterminer l’emplacement d’une église. Une reconnaissance, certes, mais elle n’est de loin pas seulement physique. Il y a d’abord dans cette reconnaissance le fait qui dit : ‘Qui est Dieu’. Dieu est celui qui a voulu habiter parmi les hommes en envoyant son Fils unique dans le monde pour nous dire sa Parole d’amour. Le temple nous désigne ici un Dieu d’amour.

Un autre axe sera celui du rassemblement. Et nous savons bien que le temple évoque précisément et totalement le lieu de rassemblement du peuple de Dieu. Se rassembler au nom de Dieu, et pour le louer, c’est justement manifester ainsi notre foi commune en un seul Dieu, le Dieu de Jésus Christ. Le temple nous désigne alors un Dieu unique.

Nous pouvons voir, d’autre part, dans la notion de miséricorde évoquée par le Sage, le temple comme lieu de la miséricorde. La miséricorde ne se suffit pas à elle-même, elle suppose deux êtres mis en relation, ou tout au moins Dieu et une personne - comme chacun de nous -, une entité - comme un pays -, un événement - comme un génocide. Il s’agit alors d’un lieu de rencontre au cœur de laquelle la miséricorde de Dieu peut se manifester à l’homme qui la reconnaît et vient la quémander. Le temple nous désigne en ce cas un Dieu de pardon.

Il y a aussi une injonction du Sage pour le témoignage. Et nous savons que le témoignage implique une appartenance à quelque chose, ou à une communion avec quelqu’un dont nous pouvons, dès lors, rendre compte, exprimer un fait, partager l’enseignement, désirer vivre une conviction à plusieurs. Car c’est ensemble que nous sommes appelés par le Seigneur à témoigner de sa Parole quand il nous envoie, deux par deux, sur les routes du monde. Cette Parole est proclamée dans le temple, et le temple désignera un Dieu d’envoi en mission.

Finalement, un dernier axe que nous pouvons faire ressortir de notre première lecture, est celui de la prière. Et là nous touchons au sommet de l’activité qui se vit au cœur du temple, grâce à la présence de Dieu que nous reconnaissons et avec qui nous souhaitons dialoguer. La prière, ce face-à-face avec le Seigneur dans l’intimité des cœurs, cet échange favorable au bien de chacun, la prière reste le vecteur unique et privilégié de la rencontre avec Dieu. Le temple désigne alors un Dieu ouvert à l’échange.

Que pouvons-nous retenir, frères et sœurs, de ces quelques considérations qui s’attachent au temple ? C’est que le temple, construction en pierre, existe en cela pour lui-même, mais il ne vit pas en soi ; en fait il porte la vie, il est un élément de la vie chrétienne, il désigne la présence de la vie en Dieu. Et en cela l’auteur de la Lettre aux Hébreux nous apporte la réponse indiscutable qui nous vient de l’Évangile entendu à l’instant : « D’autre part, le Christ, lui, est digne de la confiance comme Fils à la tête de sa maison : et sa maison c’est nous, à condition de maintenir l’assurance et la fierté de l’espérance ».

Oui, saint Jean nous a rapporté que « le Temple dont [il] Jésus parlait, c’était son corps » ; et en cela nous pouvons comprendre que ce corps est manifesté : par l’amour qui réunit ceux qui se rassemblent autour du Dieu unique, par le pardon qui prépare à la mission les cœurs de ceux qui rendent témoignage à la Parole, et par la prière qui maintient le peuple en relation avec son Dieu. Le temple permet donc aux chrétiens de révéler le vrai visage du Seigneur, puisque c’est en lui que son corps, par eux, se manifeste. Nous sommes, frères et sœurs, le Corps mystique du Christ qui, par notre rassemblement auprès de sa Parole, de sa miséricorde et de sa présence, nous envoie de par le monde continuer l’œuvre de construction de son Royaume.

Ainsi soit-il !

Mgr Jean Scarcella