Homélies

03.03.2019 / 8e dimanche ordinaire

A entendre ces différents textes de la Bible, nous aurions presque l’impression que ceux-ci ont été choisis en fonction de l’actualité.
Quand Dieu créa le Monde, c’est par la parole qu’il le fit.
Dieu dit : « faisons l’homme à notre image comme à notre ressemblance » et Il contempla tout ce qu’il avait fait et c’était très bon.
Les premiers mots d’Adam furent pour s’exclamer et s’émerveiller de la création de sa moitié : Eve. « Pour le coup c’est l’os de mes os et la chair de ma chair »,
Reconnaissant dans l’altérité à la fois la différence heureuse et la complémentarité !
L’Interdit de l’arbre de la Connaissance du bien et du mal, exprimé par le Créateur n’avait pour seul dessein que de le prévenir mais ne relevait en aucun cas de l’arbitraire ni de la jalousie – Dieu avertissait notre humanité des dangers du soupçon et de la prétention à ce qui ne relevait pas de sa nature.
« Vous serez comme des dieux », dit le serpent et nous connaissons la suite. Voici que la Parole même, donnée en partage à l’homme, risquait de devenir Parole de mort, expression des rancœurs et des jalousies.
La suite, Caïn et Abel, Babel – (qui trouvera son contraire dans le récit de la Pentecôte), les désordres de l’humanité qui amenèrent au Déluge… nous la connaissons, mais nous savons aussi que, pas plus au sortir de l’Eden qu’au moment où Dieu fit alliance avec Noé et sa descendance, Il ne nous a laissés tomber…
Les Patriarches, les Prophètes, les Sages vinrent toujours au secours de l’homme, rappelant son prix aux yeux de Dieu et le remettant sans cesse sur la voie du Salut.
Nous aurions été en droit peut-être de penser que, avec Jésus-Christ, qui par son sacrifice unique a sauvé le Monde, nous étions définitivement rétablis dans notre relation à Dieu.
C’est un fait que nous aimerions penser que demain sera toujours meilleur, et pourtant, en regardant autour de nous, nous avons comme l’impression d’avoir contrecarré les grands projets du Rédempteur.
Dans les pays voisins du nôtre, les forces se mobilisent et beaucoup rappellent à leurs gouvernants que ceux-ci sont là par la voie du suffrage populaire, et qu’ils portent une grande responsabilité, même si la situation actuelle ne dépend pas que des hommes politiques en exercice.
La Parole mal à propos, et la communication défectueuse ont été pour une part non négligeable, à l’origine des troubles que nous constatons ; mais cela ne se vérifie pas en un seul lieu !
Par le biais des réseaux de communication tout peut se savoir mais aussi le pire peut en advenir – la mode des « tweets », des formules à l’emporte-pièce qui ravagent, de ce que l’on appelle les « fakes-news », c’est-à-dire des mensonges dont nous constatons que plus ils sont gros, plus leur impact est ravageur… Tout cela constitue aussi une porte d’entrée à l’expression des haines dont nous avions cru qu’elles appartenaient à un temps révolu :
haine contre les élites – haine contre les juifs – haine contre les migrants – détestation des différences…
Bref, cette parole même, ce langage tellement élaboré, qui est quand même le propre de l’homme, est comme en panne et nous avons l’impression que le navire coule !
Est-ce irréversible ? nos communautés de baptisés n’ont-elles pas là une responsabilité nouvelle ?
Quand Ben Sirac, maître de Sagesse de la Jérusalem du 2ème siècle avant notre ère exprime que :
« C’est le fruit qui manifeste la qualité de l’arbre – Ne fais pas l’éloge de quelqu’un avant qu’il ait parlé, c’est alors qu’on pourra le juger ! » Il nous enjoint à revenir à l’authenticité de la Parole qui crée des liens, un surcroît d’humanité !
L’évangéliste lui-même nous dit que : « L’homme bon tire le bien du trésor de son cœur »
Et voilà, Frères et Sœurs, la feuille de route, c’est du cœur que vient la conversion, c’est par là même que nous pouvons, à l’aide d’une parole assagie et créatrice, refaire du lien, redonner espoir autour de nous !
Mais cette conversion passe avant tout par une introspection :
« Qu’as-tu à regarder la paille dans l’œil de ton frère alors que la poutre qui est dans ton œil à toi tu ne la remarques pas ? »
Cette sévère admonestation s’applique, à n’en pas douter aussi et peut-être avant tout à notre Eglise, à commencer par ses pasteurs hélas. Tous les efforts actuels de notre Pape François visent à mettre en exergue les tragiques débordements au sein même de l’institution Eglise.
C’est douloureux, cela heurte beaucoup de chrétiens sincères et nous avons l’impression que l’avalanche des révélations est comme un chapelet sans fin. La tentation serait peut-être de « jeter le bébé avec l’eau du bain » et de se débarrasser de toute accointance avec une institution qui nous donne l’impression qu’elle ne peut plus guérir de ses propres failles.
Cependant, la parole se libère, on assiste aussi à des pardons possibles, et là encore c’est à une purification radicale que nous sommes appelés.
Sans doute une telle crise est-elle salutaire et pour le coup elle bénéficie des facilités de la communication moderne.
Frères et Sœurs,
Je crois que nous avons tous besoin les uns des autres, il n’y a pas moi… et les autres, mais bien l’Eglise, Corps du Christ, signe du Salut.
C’est en Eglise que nous sommes invités à nous considérer comme ressuscités à la suite du Christ et à réaliser que la mort est vaincue.
Revêtir l’immortalité, c’est revêtir le Christ sauveur, nous rendre compte que « la mort a été engloutie dans la victoire ».
Ainsi, Frères et Sœurs, la belle injonction de l’apôtre pourra être mise à l’ordre du jour dans tous les cœurs :
« Frères bien aimés, soyez fermes, soyez inébranlables, prenez une part toujours plus active à l’œuvre du Seigneur, car vous savez que dans le Seigneur, la peine que vous vous donnez n’est pas perdue ».
Si donc nous croyons comprendre, ce qu’il convient a priori de ne pas faire, de ne pas dire, nous pouvons méditer les voies de renaissance qui nous sont proposées pour que tout ce qui apporte la mort soit éradiqué.
Nous sommes un peuple, Frères et Sœurs, et tout ce qui est de ce monde nous concerne au premier chef ; portons autour de nous la Joie de l’Espérance et l’Assurance que donne le Pardon.
Amen

Antoine Salina