Homélies

15.02.2019 / Fête de la Sainte-Epine

Vénération de la Sainte Epine du Christ à la basilique de Saint-Maurice
Des sources historiques, la Sainte Epine du Christ est vénérée à l’Abbaye de Saint-Maurice depuis le 13ème siècle. Elle est le don inestimable du roi Saint Louis de France en Février 1262. Il s’agit d’une épine de la couronne que les soldats ont posée sur la tête de Jésus après sa condamnation par Pilate, selon les récits de la Passion. Aujourd’hui encore, tous les 15 février, les chanoines sortent cette sainte relique du Trésor de l’Abbaye pour la pieuse vénération des fidèles de la basilique.
A cette fête, le Père-Abbé, Mgr Jean Scarcella a prononcé cette homélie en commentant les textes liturgiques : Ct 3, 7-11 ;4, 1.8 / Ps 20, 2-7 / Jn 19, 1-5

Frères et sœurs,

On dit que la rose est la reine des fleurs ! C’est vrai qu’elle est belle, qu’elle irise avec délicatesse sa couleur, qu’elle exhale un parfum délicieux, enivrant… et pourtant elle a des épines. Sont-elles là pour défendre sa beauté ou bien pour garder enclos le jardin de son mystère ? Le mystère de l’amour.

Je suis sûr que chacun d’entre nous peut avoir maintenant à l’esprit cette image bien répandue du Sacré-Cœur de Jésus entouré d’une couronne d’épines. Faut-il y voir une volonté jalouse de maintenir inatteignable l’accès à ce cœur, ou plutôt l’expression du cœur ouvert prêt à laisser couler cet amour en autant de gouttes de sang qu’il y a d’hommes à aimer ?

Oui, frères et sœurs, l’épine blesse, mais c’est pour ouvrir le chemin de la Rédemption. Nous venons d’entendre cet extrait du Livre biblique du Cantique des Cantiques, ce merveilleux chant d’amour qui nous présente ici le couronnement du roi Salomon, « portant le diadème […] de ses épousailles ». Le diadème des noces, le diadème de la royauté, le diadème du pouvoir. Et toutes les filles de Sion sont invitées à venir contempler le roi Salomon.

De là à nous retrouver au prétoire de Ponce Pilate il n’y a qu’un pas. Le roi c’est Jésus, le diadème c’est une couronne d’épines, le pouvoir c’est l’amour : « honneur à toi, roi des Juifs ! » crient les fils et filles de Sion, descendants d’Abraham, au jour des noces de sang de Jésus avec l’humanité.

Oui, Jésus est roi, revêtu de la couronne de vie, de la couronne d’amour d’où s’échappent les gouttes d’un sang rédempteur. Ce sang que nous recevons du calice du salut à chaque eucharistie, Ce Corps que nous recevons, Pain de Dieu pour notre vie. Le corps de Jésus fait homme pour mener l’homme à sa ressemblance originelle avec Dieu, pour appeler l’homme à partager sa propre divinité, voici celui que tout homme est invité à contempler.

Mais Jésus, au moment de sa condamnation, est aussi revêtu du manteau de pourpre, du manteau couleur de l’amour. Et de ce manteau, Jésus veut envelopper chacune de nos vies, parce qu’il nous aime.

«Alors Jésus sortit, portant la couronne d’épines et le manteau de pourpre. Et Pilate leur dit : ”Voici l’homme”.» Image triste et à la fois belle comme la vie, image ténébreuse et à la fois colorée du salut, image putride et à la fois exhalant le parfum de l’amour. Image du Christ Rédempteur, Sauveur du monde, qui se donne à nous pour que nous nous donnions à lui : « Le Corps du Christ ! — AMEN ! ».

Mgr Jean Scarcella