Homélies

17.02.2019 / 6e dimanche ordinaire

En ce 6e dimanche du Temps Ordinaire, Mgr Jean Scarcella a présidé la célébration eucharistique en proposant une méditation à la lumière des textes liturgiques : le Kérygme de Paul et les béatitudes de Luc. Les deux forment harmonieusement la charte de la foi chrétienne à garder et à annoncer à temps et à contretemps. Références des lectures : Jr 17, 5-8 / Ps 1 / 1 Co 15, 12.16-20 / Lc 6, 17.20-26

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Mes sœurs, mes frères,

Dans quel lieu voulons-nous vivre ? Au désert, dans l’aridité et la mort, là où l’immensité des sables délimite une fin pour nos vies ? Ou voulons-nous vivre au ciel, dans le bonheur et la vie, là où l’immensité de l’amour promet l’infini à nos vies ? Sommes-nous de la terre uniquement, ou sommes-nous sur cette terre parce que nous sommes du ciel ?

À ne vouloir être que de la terre pour vivre des bonheurs directs et éphémères, à l’ombre des plaisirs immédiats, c’est avoir une vision à court terme et rester dans les limites étroites de notre humanité. Par contre rechercher, dès ici-bas, les réalités d’en haut, c’est se préparer au vrai bonheur, celui de la plénitude totalement accomplie, au soleil de l’amour infini. C’est avoir une vision à long terme… mais il vaudrait mieux dire une vision… à l’infini ! Le terme impliquant la limite du fini, donc de la mort… l’infini traduisant l’éternité, donc la vie à jamais.

C’est ainsi qu’il faut comprendre les vifs propos de saint Paul aux Corinthiens par rapport à ceux qui, autour de lui, nient la résurrection d’entre les morts du Christ. Si Jésus est mort, c’est pour libérer l’homme de l’emprise de la mort par son péché. Et ainsi, Jésus est ressuscité, triomphant de tout mal à jamais pour installer, au centre de la création ainsi sauvée du péché, le bonheur promis, celui de vivre en pleine communion, en totale unité d’amour avec celui qui nous a donné la vie. sa vie qui ne finit pas : Dieu.

C’est cela le message de l’Évangile, de la Bonne Nouvelle, frères et sœurs ; celui que Paul annonça à temps et à contretemps, celui que l’Église apporte au monde depuis toujours et que nous sommes appelés à propager durant toute notre vie : Jésus est mort, ressuscité d’entre les morts et il siège à la droite du Père pour jamais. C’est ce que nous appelons le Kéryme, ce qui fonde notre foi en la résurrection, notre foi en Dieu par Jésus son Fils. « Car si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n’est pas ressuscité », affirme saint Paul. « Et si le Christ n’est pas ressuscité, – poursuit-il – votre foi est sans valeur, vous êtes encore sous l’emprise de vos péchés ; et donc, ceux qui se sont endormis dans le Christ sont perdus ».

Perdus, frères et sœurs, non pas abandonnés ou oubliés, perdus, sans plus aucun espoir de vie, d’avenir… perdus dans les terres arides et désertiques de la mort, comme les feuilles mortes d’un arbre sans racines.
L’image du prophète Jérémie, entendue à l’instant, est non seulement forte et parlante, mis elle est — et c’est le mot — prophétique. Il annonce de manière directe et péremptoire que celui « qui met sa foi dans un mortel, qui s’appuie sur un être de chair, tandis que son cœur se détourne du Seigneur », celui-là est maudit ; « quel malheur » pour lui, dira Jésus. « Il sera comme un buisson sur une terre désolée, il ne verra pas venir le bonheur ». Le bonheur, frères et sœurs, pour ici-bas déjà, est promis à celui qui met sa foi dans le Seigneur, « dont le Seigneur est la confiance », dit encore le prophète Jérémie. Celui-là « il sera comme un arbre planté près des eaux ». L’Eau vive, l’eau de la vie qui a coulé du cœur du Christ donnant sa vie sur l’arbre de la croix.

C’est à côté de cet arbre, frères et sœurs, et de celui-ci uniquement, que nous pouvons vivre. Non pas au couvert de son ombre, mais en croissant comme de jeunes pousses cherchant leur nourriture dans sa sève de vie, poussant leurs racines vers le courant de son amour. Cet amour vivant à jamais qui nous a valu la résurrection du Christ, et auquel tous nous sommes appelés si nous mettons en lui, et en lui seul, notre Espérance.

Alors le feuillage de nos vies restera vert, et même en période de sécheresse, de doute, de fatigue, nous resterons sans inquiétude et nous ne manquerons pas de porter du fruit. Et comment ? En laissant notre foi parler, parler à nos cœurs et parler à nos frères et sœurs. Et en parlant de quoi ? Du bonheur de vivre de la vie même de Dieu, nous sachant greffés au tronc de l’arbre de vie.

C’est tout le sens des Béatitudes que saint Luc nous rapporte aujourd’hui. Il peut y avoir de la sécheresse dans nos vies, des jours de désolation, des lieux arides, des terres salées… rien ne nous détournera de Dieu et de la demeure vers laquelle nous tendons. Pauvres, confiants et abandonnés à la Providence du Seigneur, nous avons la promesse du Royaume. Affamés d’amour, errant dans notre péché, nous serons rassasiés d’amour. Nos pleurs, eux, se changeront en joies. Que les hommes nous rejettent « à cause du Fils de l’homme », notre récompense est grande dans le ciel. « Est » grande, frères et sœurs, en non pas « sera » grande, parce que la vie qui nous est promise nous la possédons déjà ; nous en vivons déjà par la foi. Alors ne laissons pas le Seigneur pleurer sur nos manques de foi, nos doutes face à sa résurrection, nos peurs, nos abandons de son amour exigeant pour des futilités de la vie : « Quel malheur » cela serait pour nous !
Ainsi soit-il

Mgr Jean Scarcella