Homélies

03.06.2021 / Solennité du Corps et du Sang du Christ

« Oh ! Le cadeau ! » Voilà une exclamation d’un petit gosse à sa maman, que j’ai entendue lors d’une procession de la Fête-Dieu dans les rues de Saint-Maurice, alors que je n’étais pas encore prêtre. J’ai en fait pu l’entendre parce que je me tenais juste devant l’Abbé qui portait l’ostensoir avec le Saint Sacrement. Et c’est bien cela que cet enfant avait défini comme étant un “cadeau” : le Corps du Christ. Je me souviens en avoir été bouleversé : cet enfant avait compris ! Quel fut son degré de compréhension, qu’est-ce qui a été moteur à son exclamation, de quelle formation bénéficiait-il pour en arriver là ? Tout cela n’a aucune importance : l’enfant voit le Saint-Sacrement et s’écrie au cadeau ! Il s’est passé quelque chose entre Jésus-Hostie et cet enfant, et cet événement peut, pour nous aujourd’hui encore, avoir valeur de catéchèse.

Oui, si Jésus s’est offert avec son Corps et son Sang dans le sacrifice de la croix, c’est pour donner sa vie pour le salut du monde. Jésus nous fait cadeau de sa vie, il nous fait cadeau de l’amour du Père pour l’éternité. Jésus ne nous offre pas quelque chose, il s’offre lui-même pour que nous recevions la vie en plénitude ; Jésus est, lui-même, le cadeau inestimable que nous recevons du Père.

Et, puisqu’il y a cadeau, il y a fête, car c’est surtout lors de fêtes que l’on offre des cadeaux ! Mais, est-ce notre fête, nous qui recevons ce cadeau du Corps et du Sang du Christ ? En fait, je dirais que ce n’est pas directement notre fête ; mais qu’elle l’est plutôt par rejaillissement du Christ sur nous, parce qu’aujourd’hui, c’est la fête de Dieu, et quand Dieu est en fête, c’est lui qui offre. Déjà à Noël, à la naissance de son Fils, il nous a offert le salut ; puis à Pâques, à la mort de son Fils, il nous a offert le chemin de la résurrection ; puis à la Pentecôte, il nous a offert son souffle de vie par le don de l’Esprit-Amour. Oui, quand Dieu est en fête, c’est lui qui offre. Et les cadeaux de Dieu sont des cadeaux de vie : le salut, qui nous arrache à toute emprise définitive du Mal, la résurrection, qui nous délivre de la mort éternelle, l’Amour qui nous aspire vers le bonheur sans fin.

Des trois lectures que nous avons entendues j’aimerais retenir un mot qui vient dans chacune d’elles : celui d’Alliance. Parce que cette notion est première dans le don du Corps et du Sang du Christ que nous fêtons aujourd’hui ; Jésus est lui-même l’Alliance que son Père veut réaliser entre le monde et Dieu. Ainsi au Livre de l’Exode tout d’abord est décrite la cérémonie d’alliance entre Dieu et son peuple par Moïse. L’alliance est ainsi vue comme un traité de cohabitation entre Dieu et son peuple, il est comme mis par écrit et chaque partenaire en garde un exemplaire : c’est l’image du sang versé pour moitié sur l’autel – représentant Dieu, et pour moitié sur le peuple. Cela veut signifier que la vie circule entre les membres alliés, puisque le sang, chez les Hébreux, est principe de vie. Et, chose primordiale, on écoute d’abord la Parole de Dieu et on s’engage, à chaque commémoration de l’Alliance, à la mettre en pratique et à lui obéir. C’est ce qui se passe lors du sacrifice de la sainte Messe, qui est une cérémonie d’alliance où nous écoutons la Parole et recevons le Corps et le Sang du Christ, force vivifiante pour vivre de la Parole.

La Lettre aux Hébreux, elle, nous fait tout un commentaire sur le sacrifice de l’alliance ; l’ancienne, celle de Moïse au Sinaï, comme la nouvelle, Jésus au soir de sa passion. Et quand l’auteur de cette Lettre parle du Christ en disant de lui qu’il est “le grand prêtre des biens à venir”, il a tout dit. C’est-à-dire que l’accomplissement des prophéties, des paroles et des actes de l’Ancien Testament, l’ancienne Alliance, se réalise en Jésus et par lui. Ces rites d’alors n’étaient que purification des péchés, mais aujourd’hui nous savons, qu’à cause du péché nous accompagnant toujours, le Christ nous a valu une libération définitive. C’est le mystère de la rédemption qui est cette alliance nouvelle, spirituelle, décisive. Jésus va beaucoup plus loin que la matérialité d’un contrat. Il nous engage dans le seul sacrifice qui plaît à Dieu : le don de soi, le cadeau dont nous parlions à l’instant.

Et ceci nous conduit tout naturellement à l’Évangile du récit de la Sainte Cène au soir du Jeudi Saint. Ce repas est préparé avec minutie. Rien n’est laissé au hasard. Un repas de fête, ça se prépare ! Ainsi notre messe, toutes les messes qui sont ce même repas à chaque fois revécu jusque dans sa substance la plus intime, sont-elles repas de fête. Ce repas réclame de notre part une attitude festive : que nos cœurs soient en fête, que nos corps soient en fête, par nos chants, nos gestes et nos enthousiasmes. A chaque messe nous revêtons des habits d’alliance, c’est-à-dire que nous habillons notre être entier de la joie sponsale à laquelle Jésus nous convie par le don de son Corps et de son Sang. Un repas qu’ensemble nous aurons préparé, vécu et glorifié.

Oui, se préparer à la fête, intérieurement et extérieurement, pour être beaux intérieurement et extérieurement, beaux de Dieu, comme lui-même est beau, d’une manière primordiale quand il se donne à nous, un Dieu beau à voir et à entendre, beau à manger, même ! Oui, frères et sœurs, le Très Saint Sacrement est beau, nous le goûtons avec nos yeux, il est enveloppé de la majesté d’un ostensoir qui devient son trône à la droite du Père. Et voilà qu’il nous ramène nécessairement au repas de l’Alliance éternelle où Jésus s’applique à lui-même un rite juif ancestral dont les gestes traditionnels qu’il pose montrent qu’il est la victime offerte. Quatre gestes : prendre, bénir, rompre, donner. Prendre du pain peut paraître banal, mais ce geste veut nous apprendre la manière de nous prendre en mains, de maîtriser notre vie jusqu’à en bénir Dieu chaque jour, et être capable de la partager pour pouvoir la donner.

Mais finalement, ce qui met en avant l’Alliance que ce repas commémore et dont nous ont entretenus les deux premières lectures, c’est la parole de Jésus sur le sang : « Ceci est mon sang, le sang de l’alliance, versé pour la multitude ». Jésus veut donc mener à terme toutes les alliances avec les hommes, autant de tentatives pour faire de la terre un havre de paix. Et il le fait en donnant sa vie ; en effet, Jésus dira que c’est la dernière fois qu’il boira “le fruit de la vigne”… lors de cette dernière fête en humanité, certes, mais qui veut renforcer les liens de sang de la nouvelle famille chrétienne et qui anticipe la fête éternelle. L’Eucharistie, frères et sœurs est présence du souvenir de demain. La fête de ce jour nous révèle que le pain et le vin de l’eucharistie sont la preuve que Dieu fait alliance avec nous, son Peuple, son Église. Au sortir de cette célébration nous serons le Peuple-Corps du Christ, porteur du Christ. Oui, par nous le Christ veut agir dans le monde pour être connu, pour établir une relation avec les hommes, pour faire alliance : pour faire de nous un ostensoir où il se donne à voir. L’Eucharistie que nous fêtons, que nous célébrons, perpétue la présence historique du Christ parmi nous et appelle de ses vœux une table fraternelle où Jésus serait pain et chance pour le monde.

Mgr Jean Scarcella
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