Homélies

10.02.2019 / 5e dimanche ordinaire

Ne manquez surtout pas de prendre votre smartphone pour filmer les deux séquences de l’Evangile dans ce décor admirable du lac de Tibériade. Première scène : une barque seule sur l’étendue bleue, un homme debout… et en face de lui, sur le rivage, une foule silencieuse qui écoute des propos admirables portés par l’eau sur plusieurs centaines de mètres.
Deuxième scène : la même barque cette fois s’enfonçant sous le poids de milliers de poissons, au point qu’une autre barque doit venir lui porter secours.
Cette barque, au cœur du tableau, c’est la barque de Pierre, c’est la barque de l’Eglise, d’une Eglise qui doit assumer cette double tâche :
- Répandre la Parole de Dieu, la Bonne Nouvelle
- Pêcher de nouveaux disciples et repêcher des gens qui se noient, les sauver

Répandre la Parole de Dieu
De cette chair improvisée, Jésus parlait et sa parole bouleversait les cœurs ; la foule disait : On resterait des heures à l’écouter… mais où va-t-il chercher tout ce qu’il nous dit ?
De la barque de l’Eglise, la Bonne Nouvelle est toujours proclamée. Mal, disent certains, qui trouvent que l’Eglise ne sait pas communiquer, bien utiliser les médias, quitte à avoir les siens propres. Insuffisamment, disent les autres, qui rêvent d’une Eglise plus musclée, avec des évêques comme le Pape François montant au créneau pour dénoncer les bavures de la modernité, comme lors des débats éthiques qui font rage un peu partout autour de l’avortement, de l’euthanasie ou le mariage entre personnes de même sexe, mais aussi sur des thèmes plus sociaux comme l’accueil des migrants et la gestion des ressources naturelles et le climat.
Mais, même imparfaite, et avec un équipage qui se fait sous nos latitudes bien vieillissant, l’Eglise continue d’avoir à son bord le Christ. La barque de Pierre continue à voguer, ballottée par les tempêtes, mais toujours présente et efficace, dans la mesure où ses membres ne se contentent pas de rames, mais dressent en plus une voile au souffle puissant de l’Esprit.

Pêcher des hommes
Les apôtres reçoivent la mission de pêcher des hommes… des milliers d’hommes, quitte à faire chavirer la barque. Ce n’est pas rien pour les responsables des Eglises chrétiennes d’aujourd’hui de diriger selon l’Evangile deux milliards de chrétiens de cultures différentes.

Comme au temps de Jésus, les apôtres de tous les siècles ont pu peiner sans rien prendre. Les prêtres d’aujourd’hui souffrons de voir tant de jeunes déserter les églises, et le manque de pêcheurs professionnels devient criant. Mais le Christ continue à dire : Avancer au large et jeter les filets… Autrement dit : « Ecoutez ma parole, allez là où je vous dis, faites-moi confiance, il y a des poissons ! Si vous faites votre travail d’hommes, moi, je ferai le mien ; les pêches miraculeuses, c’est de mon ressort ! »

Oui, l’Esprit-Saint, aujourd’hui comme au temps d’Isaïe ou de saint Paul, est capable de susciter une jeunesse généreuse qui laissant tout, suivra le Christ, des jeunes apôtres qui pêcheront des hommes dans le filet de l’amour du Père. A ce propos l’abbaye se réjouit de ses deux novices et de son postulant : Simone, Maurice, Jean-Pierre.
Celles et ceux que le Christ appelle ne sont pas des purs, des saints, des parfaits, des superbrillants et des superqualifiés. Loin de là !
Saint Pierre était pêcheur. On sait qu’il était aussi un pécheur. Il l’a prouvé. Ses compagnons, pêcheurs et pécheurs aussi.
Saint Paul était certes un homme brillant. Il avait fréquenté les grands maîtres. Homme tout d’une pièce, il a cependant persécuté les chrétiens. Le Christ lui est apparu sur le chemin de Damas et a fait de lui un des plus grands prédicateurs de tous les temps.
Isaïe maintenant : pas un saint non plus ! Il le reconnaît sans hésiter : Malheur à moi ! Je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres impures.
Voilà le genre de gens que Dieu et Jésus choisissent. Bons et moins bons, brillants et moins brillants, saints et pécheurs. Tous sont candidats pour devenir disciples et prêcher l’Evangile. Nous sommes donc candidats nous aussi.

Tous ont commencé par dire non, à se trouver indigne, incapables. Tous font volte-face après avoir fait l’expérience de Dieu : pour Isaïe, c’est un songe dans son sommeil. Pour Saint-Paul, la rencontre du Christ ressuscité qui le retourne comme une crêpe. Pour Pierre et ses compagnons, l’expérience de la pêche miraculeuse. Mais tout ne se passe pas toujours ainsi. Le Christ parle aussi dans les cœurs, lors d’un temps d’Adoration devant le Saint-Sacrement par exemple. Il se fait entendre à travers les événements de la vie dont la relecture peut être longue et difficile.

« Ils laissèrent tout et le suivirent » nous dit saint Luc. Quelle disponibilité ! Comment ne pas examiner un peu nos vies après le récit de telles expériences ! Comment ne pas nous demander si nous ne sommes pas des disciples trop mous, trop centrés sur nous-mêmes, des pêcheurs endormis qui ont peur du large, trop peu audacieux. Beaucoup sont prêts à donner un coup de main, mais combien à se donner tout entier ?…Question de priorité, me direz-vous… Aujourd’hui la priorité c’est gagner et se divertir.
Sommes-nous encore prêts à aider l’Eglise du Christ à grandir et à remplir sa mission ? Sommes-nous engagés pour rendre notre paroisse plus évangélisatrice, notre société plus humaine ? Et pour certains, prêts à tout laisser pour se donner entièrement ?

Je profite de remercier celles et ceux qui d’une façon ou d’une autre, s’engagent au côté des prêtres dans l’annonce de la Parole, la liturgie et les groupes de prière, l’aide aux plus démunis ; celles et ceux, qui dans leur façon de vivre leur engagement professionnel, sur la place publique, sur le plan culturel, éducatif et médiatique et associatif défendent les valeurs de l’Evangile.

Les temps sont durs, la mer est agitée. Des voix s’élèvent pour limiter notre influence, confiner l’Eglise et la foi dans la sphère privée alors que l’ignorance en matière religieuse est énorme : 80% des catholiques ne connaissent ‘plus leur foi parce qu’ils ne fréquentent plus l’Eglise. Ces personnes construisent alors une société sans âme, sans Dieu et par conséquent de plus en plus déshumanisée. Ils se noient dans le matérialisme. Votre témoignage est vital pour permettre au Christ de rejoindre celles et ceux qui sont au loin. L’Eglise a besoin plus que jamais de marins expérimentés, formés pour la pêche en haute mer. Sans vous, les laïcs, nous, les prêtres, n’arrivons pas à rejoindre le large, les eaux profondes, là où Jésus nous demande d’aller.
Puissent la jeune génération suivre l’exemple des anciens qui a christianisé cette terre et porté l’Evangile aux quatre coins du monde ! Qu’ils soient nombreux à entendre cet appel radical à tout laisser pour le Christ !

A chacun, à chacune de choisir le terrain et la mesure de ses combats, après avoir tendu l’oreille à l’appel que le Christ lui fait entendre. Que l’Esprit, donné dans l’Eucharistie, éclaire nos réponses.

Abbé Pascal Burri