Homélies

27.01.2019 / 3e dimanche ordinaire

« La Parole de Dieu renferme un précieux joyau dans une gangue de terre et de roc »
Ce dimanche 27 Janvier, le 3e du Temps Ordinaire C, nous poursuivons la méditation sur la manifestation du Fils de Dieu parmi les hommes. A la synagogue de Nazareth, il révèle son projet messianique et invite les siens à se réjouir de l’accomplissement des Ecritures. Le chanoine Alexandre Ineichen, présidant l’Eucharistie dominicale exhorte les fidèles de la basilique de Saint-Maurice, à recevoir avec une ferme foi ces Ecritures divines car « elles renferment un précieux joyau dans une gangue de terre et de roc ». Pour lui, la joie des chrétiens vient de l’Esprit-Saint, source qui désaltère leur soif de Dieu et du bonheur dans le Verbe fait chair.

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Les équations du mouvement des planètes ne sont pas leur mouvement. Comme la description d’un paysage n’est pas le paysage. En effet, les mots que nous exprimons pour décrire la réalité, non seulement ne sont pas la réalité, même s’ils essaient maladroitement de la décrire ou de l’atteindre. Pourtant, pendant des siècles, au temps où l’on disait que le soleil tournait autour de la terre, l’on savait, avec une bonne précision, prévoir les éclipses et fixer la date de Pâques. On aurait pu s’y contenter. Cependant, dans les temps qui sont les nôtres, nous ne tenons plus le même discours et savons que c’est la terre qui tourne autour du soleil. Cette assertion est donc vraie. Ainsi bien que les mots ne soient pas la réalité, ils se doivent de s’en approcher. Notre intention lorsque nous parlons, c’est de dire la vérité. Cependant, et nous le savons que trop, notre condition humaine nous empêche d’avoir une exacte représentation de la réalité et les justes paroles pour la décrire. Premièrement, quoique nous fassions, les mots que nous utilisons sont chargés d’une histoire que nous ignorons souvent. L’origine des mots comme leur lente et inexorable évolution nous échappe le plus souvent. Ce que nous disons n’est pas toujours l’exact effet de notre intention.
Combien de malentendus vivons-nous, parfois avec humour, parfois avec confusion, mais le plus souvent cela est source de conflit. Secondement, même si nous nous approchons de la réalité avec nos mots. Cette approche n’est que partielle. Personne ne peut prétendre avoir une claire et totale représentation de ce qui est. Les uns voient tel objet, comme ceci, les autres, comme cela. Pourtant l’un et l’autre décrivent la même réalité et ne sont pas toujours opposés.
Aussi la condition humaine n’a-t-elle qu’un outil imparfait et partiel pour appréhender le monde, son monde. Il est d’ailleurs source de combien de conflits, de malentendus ou de discussions interminables.
Pourtant, l’Evangile de ce dimanche doit nous procurer une joie profonde qui ne pourra jamais nous être enlevée. Si à Noël nous avons fêté l’incarnation du Verbe de Dieu, si nous avons célébré la naissance en notre humanité du Fils de Dieu, alors l’Evangile de ce jour, tout l’Evangile est une vraie bonne nouvelle. En effet, « cher Théophile », comme le dit saint Luc que nous venons d’entendre. « Cher Théophile » que nous pouvons traduire par « chers amis de Dieu, chers frères et sœurs », lorsque Jésus prend la parole pour commenter le passage des Ecritures qu’il vient de lire à la synagogue, nous ne pouvons que nous réjouir. En effet, Jésus nous dit : «cette parole de l’Ecriture que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit.» Cela signifie que ce que dit Jésus sont certes des mots humains, mais qu’ils renferment comme un précieux joyau dans une gangue de terre et de roc, l’exacte et totale expression de la volonté de Dieu, l’exacte et totale manifestation du Père en notre monde.
C’est de cela que nous devons nous réjouir en ce dimanche. L’Evangile, celui que nous entendons dans les Ecritures, celui que l’Eglise annonce à temps et à contretemps, résonne avec nos mots, mais, surtout, l’Evangile contient le Verbe même Dieu. D’ailleurs, en concluant, la lecture de l’Evangile, nous acclamons la Parole de Dieu et louons Jésus comme notre Seigneur car nous savons et croyons que ce que Jésus dit, en français et dans le texte, est fondé sur l’unique parole indicible du Père au Fils dans l’Esprit. Cependant, si Dieu est devenu l’un de nous pour nous partager son Verbe, ce n’est pas pour nous extraire de notre condition humaine Au contraire Jésus l’utilise pour nous associer par elle à la vie divine. Alors la première et la seconde lecture de ce dimanche s’éclairent d’une lumière nouvelle. Notre humanité, limitée et imparfaite, trouve vraiment en Jésus son rédempteur et sauveur. Premièrement, le passage de l’Ancien Testament, nous rappelait comment les Juifs, au retour de l’Exil, entendirent la Loi, lue par le scribe Esdras, traduite par les lévites et expliquée. Ils comprirent alors que cette Loi, écrite en hébreu - langue que le peuple à cette époque ne comprenait plus et qui demandait des explications - était vraiment une parole de vie.
Nous aussi, nous lisons les Ecritures, souvent traduites de langues dont nous ne connaissons que quelques brides, on nous les explique et les commente. Pourtant, nous savons qu’elles renferment ce joyau inestimable qu’est la parole de Dieu. Comme les Juifs au retour d’Exil, écoutons cette parole et vivons-en, même si parfois elle nous semble si difficile à comprendre. Secondement, les Ecritures nous ont été transmises par les témoins oculaires, les serviteurs de la Parole. Ils nous ont rapporté les événements vécus par Jésus à Jérusalem. Nous les avons vérifiés et éprouvés. Nous pouvons en vivre, même si c’est de manière partielle. En effet, si tous nous nous abreuvons à l’unique source, nous savons que nos vies sont diverses car elles se réalisent ici et maintenant. Nous sommes alors, l’un le pied, l’autre l’œil, comme l’a si bien décrit saint Paul dans sa lettre aux Corinthiens. Mais, même si nous ne sommes qu’une partie d’un tout qui nous dépasse, nous appartenons tous, grâce à Dieu, au Christ et le Christ appartient au Père. Alors nous comprenons que notre condition humaine, imparfaite et partielle, reçoit par le Christ sa vraie dignité. Ainsi, bien que multiples, partagés et imparfaits, «tous nous avons été désaltérés par l’unique Esprit.» C’est là la source de notre joie à l’écoute de l’Evangile de Dieu.

Alexandre Ineichen