Homélies

19.09.2020 / Messe pour les enfants morts

Messe pour les enfants non/nés, morts-nés, morts en bas âge
Samedi de la neuvaine à saint Maurice

Lectures: 1 Co 15, 35-37.42-49 / Ps 55 / Lc 8, 4-15
[La maternité de la terre, la maternité humaine et la maternité spirituelle]

Mes sœurs, mes frères, chers parents, chers jeunes,
Voici que « Le semeur sortit pour semer la semence ». Il tomba des graines sur différents sols faits qui de pierres, qui de ronces ou de terre dure, et ces semences ne donnèrent aucune plante. En revanche il tomba des semences dans la bonne terre et les plantes alors poussèrent, allant donner jusqu’au centuple ; eh oui, on met un grain de blé en terre, et il en ressort un épi tout rempli de grains !

La bonne terre, la terre-mère, la terre nourricière, cette terre que le Seigneur a créée, c’est cette même terre qui a servi à modeler Adam le premier homme, cette terre d’où tout vient et où tout retourne. D’une certaine manière la terre est un élément vivifiant et en même temps un élément fait pour accueillir tout ce qui s’y dépose, comme la feuille morte tombe avec douceur dans les bras de cette terre-mère qui l’enveloppe de sa chaleur en son sein.

Saint Paul est clair quand il nous dit : « Pétri d’argile, le premier homme vient de la terre ; le deuxième homme, lui, vient du ciel. Comme Adam est fait d’argile, ainsi les hommes sont faits d’argile ; comme le Christ est du ciel, ainsi les hommes seront du ciel. » Nous remarquons ici toute la force de l’enseignement de Paul en la résurrection ; ainsi ajoute-t-il : « Et de même que nous aurons été à l’image de celui qui est fait d’argile, de même nous serons à l’image de celui qui vient du ciel ».

Dans l’image de la graine semée et de celle de l’homme fait à l’image de son Dieu, saint Paul veut nous aider à entrer dans le mystère de la Résurrection à laquelle tous les humains sont appelés. Ainsi dans ce processus de la vie à la Vie, il y a nécessairement entre elles deux le passage de la mort : « Réfléchis donc ! – dit encore saint Paul – ce que tu sèmes ne peut reprendre vie sans mourir d’abord ».

Et nous sommes attachés, de par notre nature et la volonté de Dieu, à ce phénomène de la mort corporelle, frères et sœurs. La mort nous échappe totalement, nous ne pouvons la saisir – dans les deux sens du mot –, nous ne pouvons l’apprivoiser… elle est éphémère à nos yeux alors qu’elle est la porte d’entrée dans l’éternité de Dieu. D’autre part la mort ne doit pas se mesurer à la vie, ni l’une ni l’autre n’étant constitutive de l’autre ; la vie existe pour elle-même, la mort existe pour elle-même.

Souvent, quand nous sommes confrontés à la mort nous la concevons comme venant stopper la vie. Non, la mort intervient quand la vie est appelée à se développer, et ce, dans un nouveau stade de son cours, à savoir dans un temps de germination fécond au creux du chaud de la terre, ce sein maternel naturel d’où elle rejaillira un jour, celui de la résurrection des morts. Ainsi, si le semeur qui est Dieu le Père, celui qui donne vie, qui a voulu que l’homme engendre des fils et des filles, sème dans la
bonne terre, c’est qu’il ne veut perdre aucun de ses enfants, comme dit l’Écriture. Il y a d’abord la terre-nourricière, le monde créé, puis la terre éternelle, le ciel incréé !

La vie a un cours qui lui est propre, et qui défie toutes les lois que nous avons adaptées à la nature. Je crois que l’homme n’a pas fait tout juste à ce niveau ! Ainsi à chaque vie correspond sa propre mort. Ce n’est pas la mort qui survient pour déterminer la fin de la vie, c’est la vie qui termine sa course au moment où la mort intervient. Et pour cela il n’y a pas d’âge pour mourir et vivre, car nous sommes déjà dans le temps de Dieu quand il s’agit de vie et de mort : nous avons déjà rejoint le Christ au Calvaire, puis au tombeau et enfin au matin de Pâques.

La mort d’un enfant nous est insupportable parce qu’elle contredit toutes nos règles de l’amour, du sens de la longévité, du droit à la vie, de la vie qui est faite pour vivre… toute naissance magnifie la vie, oui, mais une fois que la vie est là, c’est elle qui se prend en charge et qui se développe selon son étoile. C’est alors celle que nous recevons, que ce soit la nôtre propre, ou, pour les parents, celle de leur enfant.
La vie s’inscrit dans le temps de Dieu, et s’accomplit toujours totalement jusqu’au jour où survient la mort ; aucune vie touchée naturellement par la mort n’a pas été pleinement accomplie, n’a pas pleinement rempli totalement le désir de son Dieu créateur ; même une vie qui malheureusement se termine naturellement dans le sein de sa mère, puisqu’elle est déjà présente depuis l’heure de la fécondation, a accompli son parcours. C’est aussi difficile à dire qu’à vivre, parce que cela nous dépasse totalement, c’est incompréhensible, cela paraît contre nature et laisse un sentiment d’inachevé qui ne se terminera jamais ; dès lors il faudra, pour y parvenir, que l’inachevé puisse se transformer en accompli. Mais ça, c’est l’œuvre de Dieu dans les cœurs meurtris de parents inconsolables.

Mais alors que dire des vies qui ont été interrompues avant de trouver la lumière du jour ? Là une certaine loi humaine, qui s’arrache de la loi de Dieu, vient poser un acte fort qui, en quelque sorte, brise le processus normal de la création. À ce moment-là il ne faut plus se placer du côté des vivants qui pleurent un mort, mais de l’enfant à naître à qui on a enlevé sa vie, son bien le plus cher, lui appartenant en totalité dès le premier instant, quand bien même est-il encore en dépendance de gestation au cœur de la mère. Pour autant les souffrances engendrées dans ce cas-là sont humainement parlant tout aussi insoutenables. De l’extérieur nous sommes confrontés à une dure réalité, celle de la vie stoppée d’un enfant ; mais nous n’avons aucune emprise sur des décisions et des gestes qui touchent à un univers marqué par la souffrance, le désarroi, l’incompréhension, la brutalité ou encore la violence.

Oui, frères et sœurs, chers jeunes, il faut que le monde prie pour tous les enfants retournés au Père. La brièveté de leur vie ne doit pas impacter sur le souvenir et la force de la communion des saints. Parce que nous savons, qu’un jour ¬– celui que nous ne connaissons pas sinon Dieu lui-même – tous, et les enfants en premier, renaîtront du chaud de la terre, afin que ce « qui est semé périssable, nous dit saint Paul, ressuscite impérissable ». Le mal sera rejeté, la haine sera abolie, la vie sera le grand vainqueur dans le sein de Dieu, ce qu’elle a toujours été dès sa conception pour s’épanouir totalement dans le ciel, à l’image de celui qui est venu du ciel.

Mgr Jean Scarcella
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