Homélies

11.06.2020 / Le Corps et du Sang du Christ

Lectures: Dt 8, 2-3.14b-16a / Ps147 / 1 Co 10, 16-17 / Jn 6, 51-58

Mes sœurs, mes frères,
« Celui qui mange ce pain vivra éternellement. » Voilà ce que nous dit Jésus aujourd’hui. Est-ce une promesse ? Un testament ? Non, mieux que ça, c’est une vérité. Une vérité qui a pris corps : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14, 6) a encore dit Jésus, qui rajoute aujourd’hui : « Je suis le pain vivant ».
Le pain pour un corps, parce que ce pain est un corps, celui de Jésus lui-même. Jésus s’est incarné dans notre monde, a pris corps d’homme un jour du temps, et nous, Corps du Christ son Église, nous sommes nourris de ce pain, pour devenir ce corps. Là est toute l’essence de l’Eucharistie et de ce mystère qui nous conduit bien au-delà de ce que l’on appelle la transsubstantiation. Oui, le pain de l’hostie devient le vrai corps de Jésus, mais soyons conscients que ce pain que nous recevons nous anime, pour que nous lui donnions vie, au long de notre temps.
« Le pain que je donnerai, c’est ma chair donnée pour la vie du monde », nous dit encore Jésus, qui rajoute : « Celui qui me mange, lui aussi vivra par moi » ; voilà des paroles fortes de la part du Christ, qui insistent sur cette notion essentielle liée à l’eucharistie, à savoir la vie, une vie reçue pour une vie donnée, une vie donnée au monde, au peuple des hommes de bonne volonté ; une vie pour la vie, parce que la vie terrestre est prémices de vie éternelle.
À travers l’histoire du salut, Dieu, patiemment, a préparé le peuple à accueillir cette vie qui allait se manifester un jour en son propre Fils. Si nous nous reportons au Livre du prophète Ézéchiel, nous allons écouter une parole de Dieu riche de sens : « Je conclurai avec eux une alliance de paix, une alliance éternelle. Je les rétablirai, je les multiplierai, je mettrai mon sanctuaire au milieu d’eux pour toujours. Ma demeure sera chez eux, je serai leur Dieu et ils seront mon peuple. » (Ez 37, 26-27) Voilà, frères et sœurs, tout est déjà dit ici. Cette prophétie extraordinaire nous prépare, chacun, à devenir Eucharistie. Et comment le devenons-nous, sinon en assumant cet état de peuple de Dieu à l’appel de ces mots : « Je serai leur Dieu et ils seront mon peuple » ? – Eh bien, par Jésus ! Certes le prophète ne le nomme pas, mais il nous l’annonce. Voyons comment.
Dans cette prophétie que nous venons d’entendre, il y a donc en premier lieu une affirmation, celle de l’alliance éternelle. D’autre part, si nous nous rendons à la fin de la Lettre aux Hébreux, nous allons lire ce souhait final : « Que le Dieu de la paix, lui qui a fait remonter d’entre les morts, grâce au sang de l’alliance éternelle, le berger des brebis, le Pasteur par excellence, notre Seigneur Jésus » (He 13, 20), nous voyons qu’il est précisément fait allusion à ce sang par lequel l’alliance de vie éternelle a été signée par Jésus, donnant sa vie pour nous en sacrifice sur la croix. Résonnent alors immanquablement à nos oreilles en ce moment, j’en suis sûr, ces mots du Christ lui-même : « Prenez et buvez-en tous, car ceci est la coupe de mon sang, le sang de l’Alliance nouvelle et éternelle ».
C’est ça, frères et sœurs, le sens de la vie reçue de Dieu par Jésus, en ce sang de la coupe de bénédiction qui nourrit notre vie et qui nous appelle à être un seul peuple, à savoir des hommes et des femmes qui alors, réellement, seront frères et sœurs de sang !
Et comme pour donner à sa prophétie une assise encore plus solide, Ézéchiel, vers qui nous revenons, va parler ensuite du sanctuaire. Souvenez-vous de Dieu qui dit : « Je mettrai mon sanctuaire au milieu d’eux pour toujours ». Eh bien ce sanctuaire, nous le savons n’est-ce pas, c’est le Christ Jésus, lui qui l’a formellement annoncé aux Juifs qui l’interpellaient : « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. […] Mais lui parlait du sanctuaire de son corps », poursuit saint Jean. (Jn 2, 19)
Ainsi, frères et sœurs voici où nous en sommes de notre méditation : l’alliance de Dieu scellée par le sang de son Fils est cette alliance qui nous unit à lui pour que ce même sang coule dans nos veines. Et ce sanctuaire que Dieu met au milieu de nous, c’est le Christ qui nous agrège au peuple de Dieu, qui est son Corps. Sur quoi Ézéchiel renchérit : « pour toujours » … c’est-à-dire pour l’éternité, pour que la vie de Dieu reçue en nous, par celle de Jésus dans son Eucharistie, devienne vie éternelle pour nous ; ainsi : « Celui qui mange ce pain vivra éternellement » va affirmer Jésus.
Quittons maintenant le prophète Ézéchiel pour retrouver Jésus en compagnie de Pierre à qui il s’adresse ainsi : « Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle ». (Mt 16, 18) Jésus, sur cet homme pas meilleur qu’un autre, va bâtir son Église. C’est-à-dire qu’il considère Pierre, lui qui sera chargé de rassembler le troupeau, comme l’archétype même de ce peuple de Dieu qui forme l’Église. Et cette Église, nous le savons frères et sœurs, est le Corps du Christ, ce corps né de sa victoire sur la mort.
Nous avons donc là trois réalités fondamentales qui disent l’Eucharistie : Le sang de l’alliance, le sanctuaire du corps, le pain de la vie, et qui font dire à Jésus : « De même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi. Tel est le pain qui est descendu du ciel » ; c’est ce pain que nous honorons dans le Très Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ.
Que mystère insondable, frères et sœurs ! Et en même temps un mystère qui nous parle à travers les paroles et les gestes de Jésus, un mystère qui tend à se dévoiler à nos yeux dans les saintes espèces du corps et du sang du Christ que nous contemplons, mais qui reste un mystère entier réclamant l’entier de notre foi pour l’approcher vraiment. Et comment ? Humblement, pauvrement, comme nous l’a rappelé à l’instant le Livre du Deutéronome, parce que la pauvreté « fait sentir la faim ». Nos pères dans le désert ont mangé la manne, et nous mangeons le pain de la Parole, Jésus Verbe de Dieu fait chair. Ainsi dit le texte sacré : « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur ». Oui, avoir faim de Dieu c’est se nourrir du pain de vie, Jésus la Parole de vie, et ainsi édifier son Corps qui est l’Église et que nous, peuple de Dieu, nous formons.
Et enfin tournons-nous vers saint Paul qui nous relatera les paroles de Jésus au soir de la scène, mais qui aujourd’hui nous parle de la coupe comme communion au sang du Christ, ainsi que du pain rompu comme communion au corps du Christ. Voici donc la fine pointe du mystère de l’Eucharistie, frères et sœurs : communier au corps et au sang du Christ, c’est faire l’Église, se nourrir de la vie donnée de Jésus lui-même, c’est recevoir dès ici-bas la vie éternelle, contempler et adorer Jésus-Eucharistie, c’est se reconnaître membres de son Corps.
Oui, frères et sœurs, l’Eucharistie fait l’Église ; elle n’est pas qu’un petit bienfait personnel qui permet de dire son amour pour Jésus. Si on l’appelle ”communion”, c’est parce qu’elle nous lie les uns aux autres, transfusés que nous sommes du sang même du Christ, et formés par son propre corps. Communier au corps et au sang du Christ, ce n’est pas d’abord pour nous, mais pour lui, parce que dans l’Eucharistie pleinement vécue de toute notre foi, c’est le véritable Corps du Christ que nous manifestons, c’est le sacrifice de sa vie donnée que nous rappelons, c’est l’appartenance à son peuple dont nous témoignons.
Si l’Église nous propose de fêter solennellement le corps et le sang du Christ, ne serait-ce pas précisément pour nous rappeler que, par la communion, nous affirmons la totale réalité de son corps visible ? Frères et sœurs, nous ne pouvons pas communier simplement, comme ça du bout des lèvres, ce serait faire injure à celui qui veut nous nourrir de sa propre vie de sorte que, comme l’a dit saint Augustin, nous devenions ce que nous recevons. Nous ne pouvons pas communier machinalement en un geste compris comme favorisant une union affectueuse avec nos frères et sœurs ; ce serait oublier que cette union trouve sa source dans le sacrifice du Christ, vécu à chaque Eucharistie.
Frères et sœurs, en communiant nous devons nous extraire des réalités physiques du pain et du vin, sous peine de faire de la communion une chose, au contraire, nous devons pénétrer pauvrement et de tout notre cœur au tréfonds de ce mystère insondable de la vie donnée pour notre salut.
Le Très Saint Sacrement est une présence, puisqu’il est le corps même du Christ, une présence que l’on qualifie de réelle, certes, mais qui en même temps est relayée par notre propre présence au Seigneur et au monde. Quand nous adorons le Saint-Sacrement, tout en nous effaçant humblement devant lui, nous ne devons pas oublier, jamais oublier, que nous sommes les saints de l’Histoire sainte, et que Jésus a besoin de nous pour dire son amour au monde, cet amour du soleil de l’Eucharistie qui brûle les cœurs. Saint Paul nous rappelle clairement comment y parvenir, et c’est cette dernière parole de lui que je souhaite vous laisser ce matin : « Ne savez-vous pas que vous êtes un sanctuaire de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? […] Le sanctuaire de Dieu est saint, et ce sanctuaire, c’est vous. » (1 Co 3, 16-17)

Mgr Jean Scarcella
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