Homélies

07.06.2020 / La Sainte Trinité

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A l'occasion des 80 ans de messes radiodiffusées à St-Maurice, cette messe de la Sainte Trinité est diffusée en direct de l'Abbaye de Saint-Maurice à la télévision RTS2 et à la radio Espace2.
Présidence et prédication: Chanoine Roland Jacquenoud, prieur
Chantres: Rosalie Délèze-Schaller, Marie Veuthey, Emmanuel Pittet et Charles Barbier à la direction musicale
Orgue: Thomas Kientz
Présentation: Grégory Roth (RTS)


Messe de la Solennité de la Sainte Trinité

Introduction

Chers frères et sœur,

Le jour de la Pentecôte 1940, on célébrait la première messe radiodiffusée depuis cette Basilique. 80 ans et une fête liturgique plus tard, nous nous retrouvons tous ensemble grâce aux ondes de la radio et de la télévision. 1940 – 2020 : deux moments particuliers de l’histoire de ce monde. 1940 : la guerre fait rage dans les pays voisins. 2020 : un virus nous a contraints à mettre plus que jamais en avant la valeur des célébrations retransmises. En période extraordinaire, c’est grâce aux ondes que l’on peut encore se rassembler, prier, célébrer. D’une autre manière, avec ses difficultés, mais aussi ses moments de grâce propres. C’est donc véritablement que nous sommes tous réunis, où que nous nous trouvions physiquement, dans cette Basilique des Martyrs, en ce lieu d’où la prière monte vers Dieu chaque jour depuis plus de 1500 ans, afin de célébrer notre Dieu, Un et Trois, en cette belle fête de la sainte Trinité.
Laissons nous attirer, séduire, par son amour, et avec confiance, demandons-lui de nous purifier au commencement de cette eucharistie.

Homélie

La Trinité est le mystère central de notre foi, nous dit le Catéchisme de l’Eglise catholique. Tout de suite on s’arrête sur le mot mystère et il nous fait peur. Comment parler d’un mystère ?
Pourtant, avant d’être un mystère indicible, la Trinité est une réalité spirituelle que chaque chrétien vit – expérimente – dans sa vie de foi. Regardez ce qui s’est passé depuis la fête de Noël. Nous avons contemplé la naissance du Fils, et nous avons su alors que Dieu est Père. Depuis, jour après jour, dimanche après dimanche, nous faisons mémoire de la vie terrestre du Fils et à travers lui, nous apprenons la force de l’amour de Dieu.
Le Père nous aime au point de nous donner son Fils : c’est ce que nous disait tout à l’heure l’Evangile de saint Jean : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique » (Jn 3, 16). N’importe qui devrait réagir à l’écoute de cette phrase. Se donner soi-même pour sauver quelqu’un d’autre. C’est beau, c’est héroïque. Mais donner son fils, son enfant : ce n’est plus héroïque – c’est incompréhensible – c’est presque scandaleux – c’est fou. Et pourtant, c’est de cet amour fou jusqu’à l’incompréhensible que Dieu nous aime.
Le Fils, lui, nous aime au point de se donner totalement pour nous. Le philosophe Pascal, quelque part, fait dire à Jésus : « Je pensais à toi dans mon agonie, j'ai versé telle goûte de sang pour toi ». En Jésus, c’est Dieu lui-même qui se sacrifie pour chacun de nous. Ce mystère du don d’amour jusqu’au bout se transforme en victoire de la vie : c’est ce que nous avons contemplé à Pâques.
Et ensuite, en nous préparant à la Pentecôte, nous avons entendu Jésus nous promettre la venue de l’Esprit Saint Consolateur, afin que tout ce dont nous avons fait mémoire ne soit pas seulement une belle histoire, mais que cela s’incarne dans notre vie ici et maintenant. C’est par l’Esprit que le Père et le Fils habitent en nous, par l’Esprit aussi que les sacrements de l’Eglise nous rendent présent le Christ : c’est par l’Esprit, en particulier, que le pain et le vin deviennent son Corps et son Sang, présence réelle de Dieu dans l’humanité de Jésus offerte à chacun de nous.
La Trinité, avant d’être un mystère incompréhensible, nous révèle en fait l’absolue radicalité de l’amour, par lequel Dieu s’engage pour nous.
Dans le passage du livre de l’Exode, que nous avons entendu en première lecture, Dieu passait devant Moïse en proclamant son nom « Le Seigneur, le Seigneur ». En fait, le mot Seigneur, traduit ici le Nom de Dieu tel qu’il est révélé dans l’ancien Testament, que nous transcrivons souvent en Yaweh. Ce mot Yaweh est difficile à traduire. Il est en lien avec le verbe être : on le rend souvent par l’expression « Je suis ». Dieu se révèle comme celui qui est : ce qui n’est pas vraiment un nom propre. La tradition dira que c’est un nom de transcendance. D’ailleurs la tradition juive a toujours évité de le prononcer.
Avec la naissance du Fils en notre monde, nous avons reçu en cadeau un nom propre pour nous adresser à Dieu : ce nom, c’est Jésus. Je dis bien que c’est un cadeau. Pouvoir appeler quelqu’un par son nom, c’est pouvoir nouer avec lui une vraie relation. Tant qu’on ne sait pas comment quelqu’un s’appelle, il manque quelque chose d’essentiel pour établir la relation. En Jésus, c’est Dieu lui-même qui nous dit comment l’appeler et qui nous permet d’entamer une vraie relation avec lui. En plus ce nom est si beau. Il signifie « Dieu sauve » : il nous laisse entendre que notre salut – notre vie – notre joie - sont au centre des préoccupations de Dieu. En Jésus, Dieu se fait si proche !
Et c’est Jésus qui nous apprend à nous adresser à Dieu comme à un père. « Notre Père, qui es aux cieux ». Ce nom de Père peut apparaître un tantinet solennel. En principe, je ne dis pas « Père » à mon père, je lui dis papa. Et bien saint Paul, dans l’épître aux Romains, nous révèle quelque chose d’incroyable. Il nous dit : « Vous n’avez pas reçu un esprit qui fait de vous des esclaves et vous ramène à la peur ; mais vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; et c’est en lui que nous crions « Abba ! », c’est-à-dire : Père ! » (Rm 8, 15). Ici saint Paul, alors qu’il écrit toute sa lettre en langue grecque, sent la nécessité d’utiliser le mot araméen Abba, qui est beaucoup plus intime que Père. Dans une catéchèse, le pape François propose de traduire le mot Abba par Papa, ou même petit Papa. Et c’est le Saint-Esprit qui fait que nous pouvons prendre conscience de cette extraordinaire intimité établie par Dieu avec nous. Saint Paul le dit dans la suite du texte que nous venons de citer : « C’est donc l’Esprit Saint lui-même qui atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. » (Rm 8, 16).
Chers frères et sœur,
L’enseignement sur la Trinité ne nous a pas été donné afin de nous casser la tête avec des concepts théologiques incompréhensibles. L’enseignement sur la Trinité est nécessaire – vital – pour nous dire tout l’amour que Dieu a pour nous. Il est l’essence-même de la bonne nouvelle de Jésus-Christ, qui nous révèle le Père et nous envoie l’Esprit. Amen !

Roland Jaquenoud
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