Homélies

17.05.2020 / Conférence biblique

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Melkisédek

Je vous propose ce soir un commentaire d’une petite partie de la Prière eucharistique I, la plus ancienne de nos prières eucharistiques appelée aussi Canon romain.

Et comme il t’a plu d’accueillir les présents d’Abel le Juste, le sacrifice de notre père Abraham, et celui que t’offrit Melkisédek, ton grand prêtre, en signe du sacrifice parfait, regarde cette offrande avec amour et dans ta bonté, accepte-la (Missel Romain, Prière eucharistique I).

Dans cette partie de la prière eucharistique I, on trouve trois noms de l’Ancien Testament, qui rattachent en profondeur la célébration de l’Eucharistie aux premiers sacrifices de l’humanité biblique. Le Prière eucharistique I est la seule à faire mention non seulement de saints qui ont vécu après Jésus, mais aussi de « justes » ayant vécu avant lui, élargissant la communion vécue dans la célébration avec tous les temps, avant et après le Christ.

On connaît tous l’histoire de Caïn et d’Abel, l’offrande refusée de Caïn et celle acceptée d’Abel, la jalousie de Caïn qui aboutit au fratricide (Gn 4, 1-16). De cette sombre histoire, la prière eucharistique ne retient qu’un élément, l’offrande acceptée d’Abel. Il est dit en Gn 4 qu’Abel est pasteur/berger et qu’il offrit à Dieu des premiers-nés de son troupeau, c’est-à-dire des agneaux (Gn 4, 4).

Un médaillon qui se trouve sur la grande châsse de saint Maurice, dans le Trésor de l’Abbaye, représente Abel en train d’offrir à Dieu non pas des agneaux, mais un seul agneau, avec autour une inscription latine qui explique la scène de la manière suivante :

Dum dat Abel agnum, previdet paschalem agnum.
Lorsqu’Abel donne l’agneau, il prévoit (il voit par avance) l’Agneau pascal.

C’est-à-dire le Christ.
Cette inscription, qui est un vrai commentaire « christique » de l’offrande d’Abel, est tout à fait dans la lignée de la prière eucharistique : il est préfiguration de l’offrande de l’unique Agneau pascal, le Christ, dont l’Eucharistie est le mémorial et l’actualisation.

Le sacrifice d’Abraham dont il est question ici, c’est le moment où Dieu l’a contraint d’apporter son fils Isaac en sacrifice (Gn 22), qui est finalement remplacé par un bélier. Ce texte, lu dans la liturgie pendant la veillée pascale, est interprété par toute la tradition chrétienne comme une préfiguration du sacrifice du Christ : Isaac portant le bois du sacrifice devient image du Christ portant sa Croix. Abraham devient image de Dieu le Père, « qui a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique » (cf. Jn 3, 16).

Il reste ce troisième nom, Melkisédek, beaucoup moins connu que les deux autres. Ce Melkisédek est un personnage tout à fait mystérieux qui n’apparaît que dans trois versets de la Genèse, en pleine histoire d’Abraham.
A la suite d’une guerre au Moyen-Orient, le frère d’Abraham, Loth, a été enlevé. Abram, qui nomadise dans la région, part en campagne pour libérer son frère et finit par vaincre les rois qui l’ont emmené. C’est à ce moment-là qu’il rencontre Melkisédek.

18 Melkisédek, roi de Salem, fit apporter du pain et du vin : il était prêtre du Dieu très-haut.
19 Il le bénit en disant : « Béni soit Abram par le Dieu très-haut, qui a créé le ciel et la terre ;
20 et béni soit le Dieu très-haut, qui a livré tes ennemis entre tes mains. » Et Abram lui donna le dixième de tout ce qu’il avait pris (Gn 14, 18-20).

Point final. On n’aura pas un mot de plus sur Melkisédek dans l’Ancien Testament. Ah si, il y aura encore un verset du psaume 109, au verset 4

04 Le Seigneur l'a juré dans un serment irrévocable : *
« Tu es prêtre à jamais selon l'ordre du roi Melkisédek (Ps 109, 4).

Le psalmiste s’adresse ici au Messie. Que vient faire Melkisédek dans ce psaume ? Vous pouvez chercher dans tout l’Ancien Testament, vous ne trouverez pas un mot de plus sur Melkisédek.

Regardons d’abord le texte de la Genèse.

Melkisédek est un nom composé de deux mots :

Melki, vient de Melekh, qui veut dire « roi » en hébreu.
Sedek veut dire « justice ».
Melkisédek veut donc dire « roi de justice ».
Ensuite on nous dit qu’il est roi de Salem, mot qui veut dire « paix ».
Donc ce Melkisédek est à la foi roi de justice et roi de paix. Les habitués de la Bible, cela leur fait « tilt » ! Roi de justice et roi de paix sont des titres messianiques.

On nous dit ensuite qu’il fit apporter du pain et du vin et on ajoute tout de suite qu’il était prêtre du Dieu très-haut. Donc il n’est pas seulement roi. Il est aussi prêtre. Et visiblement, les « matières » utilisées pour son culte sont le pain et le vin.

L’exégèse nous donne deux informations intéressantes. Dans la Bible, c’est la deuxième occurrence du mot pain. Il n’a été utilisé qu’une fois jusqu’ici, lors de la malédiction d’Adam à la suite de la faute originelle « Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front » (Gn 3, 19). Quant au vin, c’est la troisième occurrence. Les deux premières apparaissent dans une histoire peu reluisante : l’ivresse de Noé. Après avoir planté de la vigne, Noé s’enivre à tel point qu’il se met tout nu, et que l’un de ses fils, Cham, voit sa nudité. Lorsque Noé se réveille de son ivresse, il maudit le fils de Cham, Canaan (Gn 9, 18-27) Donc, jusque-là, le pain et le vin apparaissent dans le contexte de la malédiction. Pour la première fois, avec Melkisédek, le pain et le vin apparaissent dans le contexte de la bénédiction. Cette fonction du pain et du vin est promise à un bel avenir.

Donc ce Roi de justice et de paix, prêtre au pain et au vin, cela nous évoque tout de suite Quelqu’un qui va venir beaucoup plus tard. Jésus reprendra le pain et le vin pour instituer le sacrifice de la Nouvelle Alliance qu’est l’Eucharistie.

Melkisédek exerce sa fonction de prêtre : il bénit Abram. Et Abram lui donne la dîme. Or la dîme, dans l’Ancien Testament, c’est ce que l’on doit donner au prêtre, Donc Abraham, par cette offrande, reconnaît explicitement le sacerdoce de Melkisédek.

Que vient rajouter le verset 4 du psaume 109 ?

04 Le Seigneur l'a juré dans un serment irrévocable : *
« Tu es prêtre à jamais selon l'ordre du roi Melkisédek (Ps 109, 4).

L’histoire de Melkisédek rapportée par la Genèse rencontre celle d’Abram, c’est-à-dire qu’elle se déroule au tout début de l’histoire du peuple hébreu, au moment où le seul représentant sur terre du peuple « élu » est Abram, puisque ce peuple doit être constitué de sa descendance et qu’il n’a pas encore d’enfant.

Par contre le Psaume 109 est composé à un moment où les institutions d’Israël sont bien établies. Or en Israël, on définit son appartenance par sa généalogie. On est du peuple d’Israël parce qu’on est de la descendance d’Abraham, d’Isaac et de Jacob… et on est prêtre parce qu’on est descendant de la famille d’Aaron, de la tribu de Lévi. On n’est jamais prêtre par choix en Israël, mais par héritage, par appartenance familiale.

Il en va de même pour le Messie, l’Oint du Seigneur, le Roi libérateur idéal : il doit être de la descendance de David, de la tribu de Judas. La tribu de Juda n’est pas la tribu de Lévi, la descendance de David n’est pas la descendance d’Aaron. Donc le Messie ne peut pas être prêtre à la manière d’un prêtre en Israël.

Or le verset 4 du psaume 109 affirme avec solennité le sacerdoce du messie, puisque Dieu s’exprime par un serment « irrévocable » :

Le Seigneur l'a juré dans un serment irrévocable : Tu es prêtre à jamais selon l'ordre du roi Melkisédek.

Prêtre non pas de l’ordre d’Aaron, mais de l’ordre de Melkisédek : or ce Melkisédek n’a aucune origine. On ne sait strictement rien de sa vie, il est comme « sans naissance » - sans identité de peuple ou de famille.

C’est l’épître aux Hébreux, dans le nouveau Testament, qui va clairement désigner Melkisédek comme une préfiguration du Christ. Ce passage se situe dans l’une des parties de l’épître où l’auteur donne son enseignement sur le sacerdoce du Christ.

Avant le chapitre 7, l’épître cite trois fois le verset 4 du psaume 109. Puis elle dit :

01 Ce Melkisédek était roi de Salem, prêtre du Dieu très-haut ; il vint à la rencontre d’Abraham quand celui-ci rentrait de son expédition contre les rois ; il le bénit,
02 et Abraham lui remit le dixième de tout ce qu’il avait pris. D’abord, Melkisédek porte un nom qui veut dire « roi de justice » ; ensuite, il est roi de Salem, c’est-à-dire roi « de paix »,
03 et à son sujet on ne parle ni de père ni de mère, ni d’ancêtres, ni d’un commencement d’existence ni d’une fin de vie ; cela le fait ressembler au Fils de Dieu : il demeure prêtre pour toujours (Hébreux 7, 1-3)

Versets 1 et 2 : Résumé de tout ce que l’on a dit ci-dessus.
Verset 3 :
- ni père, ni mère, ni ancêtres : cela signifie l’universalité.
- ni d’un commencement d’existence ni d’une fin de vie : cela signifie l’éternité.
Ce qui permet de faire le lien avec le Fils de Dieu : cela le fait ressembler au Fils de Dieu.
Et le verset 3 se termine comme un très bref commentaire du Ps 109, 4 : il demeure prêtre pour toujours, insistant sur l’éternité du sacerdoce du Christ : à la différence du sacerdoce lévitique, c’est-à-dire de l’Ancien Testament, fait d’hommes pécheurs et mortels, le sacerdoce du Christ est éternel, parce qu’il est Fils de Dieu.

Ainsi les trois figures de l’Ancien Testaments citées par le Prière eucharistique I sont, chacune à sa manière, des figures annonciatrices du Christ. Elles soulignent l’unité profonde de la Révélation.

La révélation :
1- trouve son accomplissement dans l’offrande que fait de soi-même le fils de Dieu, cause du salut des hommes, réalisée par sa mort et sa résurrection,
2- elle est commémorée et rendue présente et actuelle dans le sacrifice eucharistique que célèbre l’Eglise,
3- elle est préfigurée dès le commencement de l’histoire sainte, avec les sacrifices offerts par trois figures emblématiques :

a. Abel fils d’Adam et Eve, 2e génération de l’humanité . le premier sacrifice de la Bible est déjà annonciateur du sacrifice de l’Agneau de Dieu
b. Abraham, fondateur du peuple élu
c. Melkisédek, qui n’a ni ancêtre ni descendance, et qui est une préfiguration de la divinité de Jésus.

De ce qu’on vient de dire, on pourrait tirer un schéma, qui vaut ce qu’il vaut comme tous les schémas, mais qui pourrait enrichir notre compréhension de l’Eucharistie :

1- Sacrifices des « justes » de l’Ancien Testament : préfiguration
2- Sacrifice du Christ (sa mort et sa résurrection) : cause de notre salut
3- Sacrifice eucharistique : mémorial, actualisation
ici et maintenant du sacrifice du Christ et de ses fruits.

C’est toute cette histoire sainte de la Rédemption de l’homme qui est contenue dans la célébration de l’Eucharistie, dont les fruits parviennent jusqu’à nous dans le pain et le vin devenus corps et sang du Christ.

Roland Jaquenoud
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