Homélies

26.04.2020 / 3e dimanche de Pâques

Voyez la vidéo de la messe

On a souvent rapproché le récit des disciples d’Emmaüs à une sorte de mise en scène de la Messe. Avec une liturgie de la Parole, où Jésus explique les écritures et qui aboutit à la fraction du pain, manière de désigner l’Eucharistie dans la toute première. Jésus après une longue explication des écritures, se révèle en plénitude à la fraction du pain.

En gardant en arrière-fond cette interprétation classique, j’aimerais que nous reprenions ce texte sous l’angle du chemin.

Les disciples sont en route vers Emmaüs. Où est Emmaüs ? Personne ne le sait vraiment. Et c’est une bonne chose. Le chemin vers Emmaüs peut devenir la route parcourue par chacune de nos vies. D’ailleurs, l’un de ces disciples a un nom : Cléophas. Mais l’autre n’est pas nommé. Cela peut être toi, moi.

Alors, mettons nous en route. Nous partons de Jérusalem. Jérusalem, en ce moment, c’est le lieu de la mort, le lieu des espoirs perdus. « Et nous qui espérions que c’était lui, Jésus, qui allait délivrer Israël ». Et nous qui espérions qu’il viendrait nous aider, régler nos problèmes.

Et nous voici en chemin. Nous partons tout tristes. En chemin, Jésus nous rencontre. Oh nous ne savons pas que c’est lui, nous ne sentons pas qu’il est là. Pourtant, il nous rencontre. Et il nous demande : « Qu’est-ce qu’il y a, de quoi discutez-vous tout en cheminant ». Il est intéressant que Jésus ne se mette pas tout de suite à expliquer, à parler. D’abord, il écoute. Dieu écoute. Il écoute nos peurs, il écoute nos regrets, nos pleurs. Dieu n’arrive pas rantanplan dans nos vies. Il arrive avec délicatesse. Il nous rejoint sur notre route. Là où nous sommes. Pas ailleurs. Il nous prend tels que nous sommes.

« Ils l’ont fait condamner à mort et ils l’ont crucifié. » Nous avions cru qu’il était le libérateur, le tout-puissant. Eh bien non. Il est mort. Le ciel s’est fermé. « Et voici le troisième jour qui passe depuis que c’est arrivé ». Nous pensions que nous serions confinés quelques semaines. Nous avions même accepté en nos cœurs que les belles pâques solennelles ne seraient pas célébrées cette année. Nous avions cru à cette neuvaine contre le Covid-19. Et puis finalement rien. On ne voit pas le bout du tunnel. On ne sait pas quand et comment nous pourrons nous revoir pour célébrer ensemble.

Alors Jésus leur dit : « Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que l’Ecriture a dit. » Et que dit l’écriture ? Et bien, l’Ecriture, elle dit des trucs que, certes, nous avons entendus, mais auxquels nous n’avons jamais vraiment prêté attention. Cela nous concerne si peu dans notre jolie société suisse bien à l’abri, bien au chaud. Elle dit, par exemple, en saint Luc (21,11) : « Il y aura des grands tremblements de terre et, en divers lieux des pestes et des famines » Oh oh. C’est vrai. Jamais Jésus n’a promis de venir résoudre nos problèmes. Au contraire. Dans l’Évangile, il a un don certain pour se faire une contre-publicité. Jamais il ne dit : « tout ira bien pour toi ». Ça, on peut l’entendre chez certains prédicateurs : crois en Jésus, et tous tes problèmes seront résolus. Au Kazakhstan, j’ai même entendu un prédicateur qui disait que si tu te convertissais à Jésus, tu n’aurais plus jamais de problème d’argent ! Non, Jésus n’a jamais rien dit de tel. Au contraire : « Mais avant tout cela, on mettra la main sur vous et on vous persécutera, à cause de mon nom » (Lc 21, 12) c’est-à-dire à cause de moi. De la contre-pub, je vous dis ! Jamais, au grand jamais, Jésus ne nous a promis une vie tranquille.

Mais alors, que nous dit-il ? Que nous promet-il ? « Il fallait que le Christ souffrît pour entrer dans la gloire. » Quoi ? Dieu aime la souffrance ? Non il n’aime pas la souffrance, mais il l’accepte pour te monter combien il t’aime. Jusqu’où il est allé pour toi. C’est cela sa gloire : t’aimer jusqu’au bout. Et que promet-il ? La Résurrection. La vie. Non pas une petite vie bien tranquille, mais la seule vie pour laquelle il vaut la peine de naître : celle de Dieu lui-même. Une vie parfaite pleine, dans laquelle nous avons mis un pied déjà le jour de notre baptême. Il ne nous promet pas de belles messes de fête : il nous promet la vie. Il ne nous promet pas de belles vacances cet été, il nous promet la vie. C’est quand même mieux, non ? Mais est-ce que nous croyons encore vraiment à cette promesse ? Est-ce que cette promesse nous fait vraiment vivre ? Si nous croyions à cette promesse, nous serions alors remplis d’espérance, et la joie de cette espérance, aucune épidémie, aucun confinement ne nous l’enlèvera. Si… Si vraiment notre cœur est encore tout brûlant lorsqu’il partage avec nous l’Ecriture. Si nous sommes encore capables d’écouter l’Ecriture avec un cœur brûlant, et non pas avec des bâillements de gens habitués.

La première chose à faire en ce temps si particulier, en ce temps où notre pratique religieuse, donc notre foi, est si « dérangée », ce serait peut-être de raviver notre foi. De la ramener à l’essentiel.

Eh bien, chers frères et sœurs, nous avons bien avancé sur notre chemin d’Emmaüs. Nous voici même arrivés. Et voilà que Jésus veut entrer dans notre maison, se mettre à table avec nous et… Rompre le pain. Rompre le pain, c’est le geste propre de l’Eucharistie, même si dans notre liturgie, il a un peu perdu de son importance. La toute première église, celle des Actes des Apôtres, désignait l’Eucharistie de cette manière : La fraction du pain. Et bien, c’est ce qu’est venu faire Jésus ici et maintenant, sur notre chemin d’Emmaüs de ce jour. Il est venu se révéler à nous en rompant le pain. Bien sûr, communier, en ces temps, est difficile. Mais la fraction du pain, la célébration de l’Eucharistie, elle, n’a pas cessé. C’est justement ce que Jésus va faire pour nous tout à l’heure, pendant le chant de l’Agneau de Dieu.

Alors apprenons à la reconnaître vraiment dans le pain rompu. Et puis vite, lorsque nous l’aurons reconnu, retournons à Jérusalem, ce lieu de mort, pour le remplir de l’espérance de la vie. Dans ce monde inquiet pour sa santé et son économie, devenir des porteurs d’espérance et de vie : ne serait-ce pas là notre mission, particulièrement en ces temps d’épidémie.

Alors, mes frères, mes sœurs, utilisons ces temps si particuliers que vit le monde entier pour revenir à l’essentiel. D’abord, cessons d’être tout tristes et de nous plaindre. Comme le dit le si beau chant de Pâques que chantent les chrétiens de rite byzantin : « Le Christ est ressuscité des morts, par sa mort il a triomphé de la mort. A ceux qui sont dans les tombeaux il a donné la vie. ». Que nous faut-il de plus ? Nous avons tout. Quittons notre prétendue foi faite d’oripeaux et revenons à une foi pure : celle qui nous fera porter au monde malheureux la bonne nouvelle de la résurrection.

Roland Jaquenoud
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