Homélies

13.01.2019 / Le Baptême du Seigneur

Célébration du Baptême de Jésus : « Aujourd’hui, tu es mon fils, ma fille bien-aimée en qui je mets toute ma joie »
En ce dimanche de la solennité du Baptême de Jésus, le Prieur Roland Jaquenoud a présidé la célébration eucharistique à la Basilique de Saint-Maurice. Il propose une méditation sur l’évènement en évoquant trois points : comprendre le baptême à partir du récit du déluge, entrer dans la spiritualité de la voix du Père qui parle à chacun, garder et vivre au quotidien la joie du baptême. Le prédicateur lance une question qui ne laisse personne indifférent à notre époque actuelle : « Où est-ce que nous mettons notre joie? »

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L’Esprit-Saint sous une apparence corporelle, comme une colombe, descendit sur Jésus. La colombe est un symbole bien connu de paix dans notre société; la colombe, dans la Sainte Ecriture, a un sens un petit peu différent. Elle apparaît pour la première fois à l’époque du déluge. Noé et toutes leurs espèces animales sont dans leur arche. Il y a de l’eau partout, et on sent bien que le déluge arrive à la fin, mais on n’en est pas tout à fait sûr. Donc on envoie une colombe qui d’abord revient bredouille, puis, avec des brindilles d’arbre. Grâce à ce signe, on sait que l’eau est en train de baisser, on sait que le déluge touche à sa fin.
Ce n’est pas pour rien que le symbole de l’Esprit-Saint dans l’épisode du baptême du Christ, c’est justement cette colombe-là. Cette colombe qui descend sur Jésus, cet Esprit-Saint qui descend sur l’Oint, le Messie de toute éternité. Cette colombe, symbole de la descente de l’Esprit-Saint, dont Jésus vit de toute éternité et dès le premier jour de sa conception, cette colombe, mes frères, mes sœurs, elle n’est pas tant là pour Jésus que pour nous. Elle nous parle de la fin du déluge. Elle nous parle de la fin de la catastrophe.
La Voix du ciel qui résonnait du ciel en même temps que cette colombe descendait sur Jésus et disait : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé, en toi, je trouve ma joie ». En toi, j’ai tout mon bonheur; en toi, j’ai toute ma complaisance; en toi, je me plais. La voix du ciel nous indique le lieu où se trouve Dieu, dans le déluge qui est la vie de ce monde : Dieu se trouve justement dans ce Jésus qui n’est pas seulement homme, qui est Fils de Dieu et Dieu lui-même.
Et c’est intéressant que la voix parle de joie. Elle ne parle pas de notre joie. Elle parle de la joie du Père. Elle parle de son contentement, de son bonheur d’être là; d’être là dans le Fils, d’être là dans le monde, d’être là dans ce monde en déluge. Mais dont le déluge touche petit à petit à la fin.
Mes frères, mes sœurs, le Baptême du Christ, c’est une image extraordinaire pour nous dire deux choses. La première chose c’est que le déluge de ce monde n’est pas éternel. Il touche à sa fin. Il y a une colombe qui est descendue, il y a un peu moins de deux mille ans sur l’Homme-Jésus. Et cette colombe continue à descendre en son Corps qui est l’Eglise. Juste avant sa passion, Jésus dira : Il est bon que je m’en aille. Je vous enverrai le Paraclet, je vous enverrai l’Esprit Saint.
Et puis cette voix nous dit une deuxième chose : qu’il y a une vraie joie dans ce monde. Cette joie, c’est Jésus-Christ. C’est le lieu de la joie du Père, c’est le lieu de sa bienveillance, le lieu de sa complaisance, le lieu de son amour. Aujourd’hui, l’Evangile veut nous apprendre à vivre et à trouver notre joie dans le déluge de ce monde. Noé et sa famille, vous comprenez bien que même s’ils n’étaient pas si mal dans l’arche, en sécurité, ils étaient quand même à l’étroit. Et que s’il avait fallu vivre une éternité dans cette arche, on se serait bien vite ennuyé, disputé sans doute, entre-tué peut-être. La colombe est venue leur dire que tout cela arrivait à sa fin.
Pour nous mes frères, mes sœurs, cela nous pose une question importante. Où est-ce que nous mettons notre joie? Où est-ce que nous mettons notre contentement? Tant que notre contentement se limite aux évènements d’ici-bas, de ce monde, nous sommes un peu comme Noé dans l’arche. Nous risquons de nous contenter de quelque chose qui est trop étroit pour nous. Cela ne fait quand même pas millions d’années que les hommes se battent entre eux parce qu’ils se sentent comme à l’étroit. La colombe vient nous dire que nous sommes appelés à quelque chose de beaucoup plus large. Nous sommes appelés à un nouveau monde qui est en train de paraître, dont on voit déjà les premières branches, les premières feuilles. Peut-être même les premières fleurs.
Ce nouveau monde, il ne faut le chercher ni sur une terre éloignée, ni au loin dans le ciel, sur quelques nuages, comme on nous représente parfois le paradis. Ce nouveau monde, c’est quelqu’un, quelqu’un qui est bien là, quelqu’un qui nous est bien donné, quelqu’un qui nous est donné très concrètement, tous les jours, en chaque Eucharistie. Bien sûr, le monde est encore en déluge; Bien sûr, beaucoup de choses en nos vies ne sont pas très heureuses, nous éloignent de la joie. Mais l’évènement de ce jour, le baptême du Christ veut nous dire quelque chose de fort important : il est possible, ici et maintenant, de trouver déjà quelque chose de la joie éternelle. Il est possible de l’éprouver. Mais cela n’est possible que si nous approchons toujours plus de Celui en qui Dieu a mis toute sa joie. Et nous nous approchons, mes frères, mes sœurs, nous nous en approchons.
Les paroles du Père, la voix venant du ciel qui dit à Jésus aujourd’hui : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé, en toi, je trouve ma joie », ces paroles-là sont déjà venues jusqu’à nous. Peut-être nous ne les avons pas bien entendues. D’ailleurs la plupart d’entre nous n’étions pas encore bien capables d’entendre, et encore moins capables de parler lorsque ces paroles sont venues jusqu’à nous. Ces paroles sont venues jusqu’à nous le jour de notre baptême.
Si le Christ est baptisé aujourd’hui dans le Jourdain, ce n’est pas pour lui, il n’en a pas besoin. C’est pour nous. Les Pères de l’Eglise nous disent qu’en sanctifiant les eaux du Jourdain lorsqu’il est baptisé, Jésus sanctifie toute eau, par qui Dieu va donner le salut à tous les peuples, dans le sacrement du baptême. Et donc, chaque fois que l’un de nous est baptisé, mes frères, mes sœurs, chaque fois arrive à lui cette voix qui résonne, et puis qui disparaît, comme toute voix, comme tout son. Mais les paroles qui sont dites, elles, ne disparaissent pas. Elles entrent en lui : Toi, tu es mon fils bien aimé. Toi, tu es ma fille bien-aimée, en toi, je trouve ma joie : c’est cela que Dieu a prononcé sur nous le jour de notre baptême.
Nous avons dit qu’il nous fallait essayer de trouver notre joie en Jésus et nous apprenons qu’en Jésus, Dieu lui-même trouve sa joie en nous. Alors mes frères, mes sœurs, peut-être que cette fête du Baptême nous aidera à entrer résolument dans la recherche d’une vie intérieure. La vie intérieure n’est pas une vie où l’on se referme dans un égocentrisme qui est une prison. La vie intérieure, c’est une vie où l’on va chercher à travers le déluge de ce monde, à travers les déluges de nos vies, où l’on va chercher la source de la vraie joie. Cette source de la joie ne se trouve ni au ciel, ni sur les montagnes, ni au bout des mers. Cette source de la vraie joie, elle se trouve en toi, elle se trouve en moi. Elle a été semée comme une graine le jour de notre baptême. Elle est nourrie et développée chaque fois que nous nous approchons du sacrement de l’Eucharistie. Elle est purifiée chaque fois que nous venons demander pardon à Dieu, dans le sacrement de la réconciliation.
Cette source-là, personne ne peut nous l’enlever. Elle est là et nous avons une vie entière pour la découvrir. Nous sommes encore dans l’arche, mais Dieu nous appelle à nous réjouir d’une réalité qui est largement au-delà de cette arche, qui dépasse largement les frontières de ce monde.
Mes frères, mes sœurs, à Noël, Dieu s’est fait homme. Il est là avec nous. Il est là en nous. Alors, n’hésitons pas à le chercher là où il se trouve. Apprenons à descendre en nous-même pour le rencontrer et lui nous élèvera; lui, nous fera sortir de nous-même vers une joie qui est au-delà de toutes les limites qu’on peut connaître. Une joie qui va se trouver dans notre capacité d’aimer un peu mieux et un peu plus – car Dieu se trouve aussi dans notre prochain. Une joie qui va nous renouveler, nous transfigurer.
Que le Seigneur nous accorde en ce jour de retrouver, de vivre de la joie de notre baptême. Amen!

Roland Jaquenoud