Homélies

11.04.2020 / Samedi saint

Voyez la vidéo de la conférence et de la neuvaine

Conférence du Samedi Saint : "Les femmes au Calvaire", par le prieur Roland Jaquenoud
suivie du 2e jour de la Neuvaine à la Miséricorde

Mes jeunes confrères, qui ont organisé et réparti les thèmes de cette montée vers Pâques, m’ont donné le thème des « Femmes présentes au calvaire ».
C’est un peu à la suite des conférences de carême de cette année, dont le thème était Jésus et les femmes. On a traité des femmes dans la généalogie de Jésus. On a examiné les belles rencontres que Jésus fait avec des femmes tout au long de son ministère public. On a examiné le rôle des femmes dans la proclamation de la bonne nouvelle de la Résurrection du Christ, avec au premier chef la grande Marie Madeleine. Mais on a oublié, un peu, d’examiner leur présence pendant la passion du Christ. Je pense que l’air de rien, avec un rien de malice, mes jeunes confrères ont voulu que nous réparions cet oubli. Eh bien essayons de le faire.

Mais avant de retourner au calvaire, que nous contemplions hier, restons un instant près du tombeau. Ce tombeau dans lequel Joseph d’Arimathie a mis le corps mort de Jésus. Là aussi les femmes sont présentes.

Marie Madeleine et Marie Joseph regardaient l’endroit où on l’avait mis (Mc 15, 47).

Le verbe grec utilisé pour dire « regardaient » signifie en principe plus que regarder. Il signifie « contempler ».
Voilà qu’à travers ces femmes, nous sommes invités à regarder, à contempler, à méditer.

L’homélie ancienne que nous lisions tout à l’heure à l’office, nous disait :
Que se passe-t-il ? Aujourd’hui grand silence sur la terre.

Le samedi saint : un jour de silence par excellence. Un jour où l’on se tait. Un jour où l’on médite. Un jour où l’on se souvient.
Souvenons-nous donc de ce qui s’est passé hier. Nous avons suivi Jésus sur la croix. Et là, discrètement, nous avons pu, au passage, saisir la présence des femmes. De ces femmes qui avaient suivi Jésus dans son parcours terrestre. Et qui le regardaient, fixé sur la Croix

Matthieu nous dit la chose suivante :
Il y avait là beaucoup de femmes qui le regardaient de loin : elles avaient suivi Jésus depuis la Galilée en le servant. Parmi elles, il y avait Marie Madeleine, Marie mère de Jacques et de Joseph, ainsi que la mère des fils de Zébédée (Mt 27, 55-56).

Elles « regardaient ». En fait, elles « contemplaient » : c’est le même verbe grec que celui utilisé tout à l’heure pour les femmes au tombeau.

Finalement, ces femmes ne font-elles pas déjà ce que nous faisons tout au long de ces jours ? Nous avons contemplé hier le Christ en croix. Nous le contemplons au tombeau aujourd’hui. Et demain nous accueillerons avec elle la nouvelle de la Résurrection.
Ces femmes qui contemplent Jésus en croix, qui contemplent Jésus au tombeau, qui les premières rencontreront le Christ ressuscité et recevront la mission de l’annoncer « à ses frères » (cf. Jn 20, 17), ne sont-elles pas, en ce moment, bien plus que les Apôtre, la figure de l’Eglise qui contemple et qui reçoit le trésor de la bonne nouvelle pour le communiquer au monde entier ?

L’évangile selon saint Jean est le seul à signaler que parmi les femmes qui se tiennent vers la croix se trouve Marie, Mère de Jésus.

Vers la croix de Jésus se tenaient sa mère, ainsi que la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléopas, et Marie Madeleine (Jn 19, 25).

Puis toute l’attention va se focaliser sur Marie, Mère de Jésus.

Jésus, voyant sa mère et le disciple qu’il aimait se tenir près d’elle.

Ici, ce n’est plus les femmes qui contemplent Jésus. C’est Jésus qui voit. Le verbe grec, un autre que celui qui a été utilisé ci-dessus, signifie simplement « voir, regarder ». Jésus ne contemple pas. C’est lui que l’on doit contempler. Mais il voit, regarde, il est attentif, même dans la situation d’extrême souffrance dans laquelle il se trouve.

Donc :

Jésus, voyant sa mère et le disciple qu’il aimait se tenir près d’elle, dit à sa mère : femme, voici ton fils. Ensuite, il dit au disciple : voici ta mère. Et depuis cette heure, le disciple la prit chez lui (Jn 19, 26-27).

Tout au long de la vie de Marie, telle qu’elle est rapportée par touches dans les Évangiles, on peut discerner une « pédagogie » de Jésus concernant le rôle de sa mère.

Après le rôle central qu’elle joue dans le mystère de l’incarnation et de la naissance de Jésus, petit à petit, elle reçoit un autre rôle. C’est Jésus qui enseigne, à elle, comme à nous, cette nouvelle mission.

Au temple :

« Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois comme ton père et moi, nous avons souffert en te cherchant ! ». Il leur dit : « Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut m’occuper des affaires de mon père » ? (Lc 2, 48-49).

Le verset suivant nous dit que Marie et Joseph ne comprennent pas bien ce qu’il veut dire. Ce que signifie « Les affaires de mon Père ».
Mais Marie, bien loin de se vexer, « garde dans son cœur tous ces événements » (Lc 2, 51). Elle saisit que quelque chose est en train de se passer.

A un autre moment, Jésus va prendre une distance radicale avec sa famille terrestre.

31 Alors arrivent sa mère et ses frères. Restant au-dehors, ils le font appeler.
32 Une foule était assise autour de lui ; et on lui dit : « Voici que ta mère et tes frères sont là dehors : ils te cherchent. »
33 Mais il leur répond : « Qui est ma mère ? qui sont mes frères ? »
34 Et parcourant du regard ceux qui étaient assis en cercle autour de lui, il dit : « Voici ma mère et mes frères.
35 Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère. » (Mc 3, 31-35)

Dans l’Evangile de Jean, Marie n’apparaît que deux fois. La première fois, c’est aux noces de Cana.
Là aussi, on a l‘impression que Jésus veut mettre une distance entre sa mère et lui. Quand sa mère lui fait remarquer qu’il n’y a plus de vin, Jésus répond des paroles difficiles à traduire littéralement, mais que l’on peut parfaitement comprendre de la manière suivante :

« Qu’y a-t-il entre toi et moi, femme ? Mon heure n’est pas encore venue ».
On sait l’importance de l’heure chez saint Jean : l’heure, c’est le moment du salut par la croix. Et pourtant, malgré ces paroles, Jésus va changer l’eau en vin. Mystère de l’intercession de l’être humain, qui peut même agir sur le plan divin !

Toute cette histoire de distanciation aboutit à la présence de Marie près de la Croix et aux paroles que Jésus dit.
La mère de Jésus devient la mère du disciple. Non pas de Jean, mais du disciple bien aimé. C’est-à-dire de chacun d’entre nous. Au cœur même du mystère de la rédemption, sur la Croix au moment même où Jésus nous sauve, il donne sa mère à son disciple. Le don de Marie est intimement lié au don que Jésus fait de sa vie. Au don qu’il fait de lui-même.
Il serait tellement dommage de passer à côté de ce don, de ce cadeau.

Et depuis cette heure, le disciple la prit chez lui.

Chez lui. Là encore, des mots intraduisibles littéralement. Eis ta idia en grec. Ce qu’il y a de plus propre à soi. Ce qu’il y a de plus intime. Marie fait partie du don de Jésus sur la Croix. Du don fait à ce qui nous est le plus intime. Le plus intérieur.

Marie devient mère du disciple, Marie devient mère DES disciples de Jésus. Nous sommes ici à l’origine de la dévotion mariale, du rôle de Marie dans la vie des croyants : le rôle d’une mère qui intercède pour ceux qui sont devenus ses enfants sous la croix de Christ.

Cela pourrait être ici le début de tout un enseignement sur le rôle de Marie dans la vie des chrétiens et dans la vie de l’Eglise. Mais cela nous mènerait trop loin.

Restons au calvaire et à ce qui suit. Et justement, quittons le calvaire et revenons au tombeau de Jésus et aux femmes qui le contemplent. Là, il n’est plus question de la Mère de Jésus. Même chez saint Jean.
Petit à petit, la caméra se focalise sur Marie-Madeleine, qui va avoir un rôle si important dans l’annonce de la résurrection, accompagnée d’une autre Marie, qui n’est certainement pas la Mère de Jésus, puisque saint Marc l’appelle Marie Joseph. Marie, la mère de Jésus, on ne la retrouvera clairement mentionnée qu’après l’Ascension, où elle sera en prière avec les premiers disciples et les premières disciples de Jésus, dans l’attente de l’effusion de l’Esprit à la Pentecôte.
Mais jusque-là, plus de Marie, mère de Jésus, dans les Évangiles.
Où donc a-t-elle disparu ?
Pour comprendre ce qui se passe, il faut voir quel est le rôle des femmes à ce moment. Saint Luc nous dit qu’après avoir regardé le tombeau et comment le corps de Jésus y avait été mis,

Elles s’en retournèrent et préparèrent aromates et parfums (Lc 23, 56)

C’est-à-dire qu’elles préparent ce qu’elles vont utiliser pour embaumer le corps de Jésus. C’est justement avec ces aromates et ces parfums qu’elles vont revenir le matin de la résurrection et qu’elles découvriront que le corps qu’elles sont venues embaumer n’est plus là.

Les femmes, comme les disciples hommes, passent par une nuit de la foi. Jésus est mort. C’est fini. Tout le monde a oublié qu’il parlait de résurrection au troisième jour. On l’a tellement oublié que même après que les femmes, au matin de Pâques, seront venues avertir les disciples hommes qu’il est ressuscité, on aura beaucoup de peine à les croire.

Les femmes au tombeau, les femmes avec leurs aromates représentent toutes nos nuits de la foi : les moments où c’est tellement dur qu’on oublie toutes les paroles de Jésus qui nous ont donné espoir jusqu’à présent.

Or Marie, elle qui est « établie en grâce » selon les paroles de l’Ange Gabriel à l’Annonciation, elle qui est sans péché selon la foi de l’Eglise, ne peut pas être passé par cette perte de foi. D’ailleurs, la tradition liturgique catholique, qui fait mémoire de la Vierge Marie le samedi, veut justement dire par là que le Samedi saint, la foi ne se trouvait plus sur terre que dans un seul être : la Vierge Marie.

Donc ce sont d’autres Maries, et en particulier Marie Madeleine, qui va signifier pour nous le passage de la non-foi à la foi.
Au matin de Pâques, Marie-Madeleine va être « convertie », au sens premier de ce mot : retournée. Elle est venue chercher un corps mort : elle ne le trouve pas et c’est pour elle une tragédie. Même lorsque Jésus l’appelle et qu’elle se retourne une première fois, elle ne le reconnaît pas et pense que c’est le jardinier.
Il faut que Jésus l’appelle une seconde fois, par son nom cette fois, et qu’une seconde fois Marie se retourne, pour qu’elle le reconnaisse dans ce Vivant qui est devant elle. Ce second retour, c’est une CONVERSION, au sens le plus fort du terme. L’entrée joyeuse dans la foi au Christ ressuscité, suivi immédiatement, dans le cas de Marie Madeleine, de l’envoi en mission.

Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. (Jn 20, 17).

Nous avons besoin de Marie, Mère de Jésus, comme notre mère, cadeau que Jésus nous donne. Nous avons besoin de Marie-Madeleine comme modèle de conversion. Que les deux Maries intercèdent pour nous. Amen.

Roland Jaquenoud
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